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Culture - Art Public

À Batroun, une fresque tente d’échapper au décor Instagram

Entre mémoire maritime, art urbain et tourisme balnéaire, le projet Urban Blooms cherche à réintroduire du sens dans l’espace public de la ville côtière.

À Batroun, une fresque tente d’échapper au décor Instagram

Une vue de la soirée de lancement de l'initiative Urban Blooms de Bey Art. Photo avec l'aimable autorisation de BeyArt

Une semaine après son inauguration à Batroun, la fresque Mare Nostrum de Marie-Joe Ayoub continue de faire face à la mer. Les lumières du lancement se sont éteintes, les conversations se sont déplacées ailleurs, les vidéos publiées ce soir-là ont disparu des écrans. Reste un mur bleu traversé de poissons, d’éponges marines et d’une sirène flottante. Et, derrière cette image lumineuse, une question plus large : que peut encore produire l’art public dans une ville de plus en plus façonnée par le tourisme, l’événementiel et la mise en scène de soi ?

À Batroun, où les cafés débordent chaque week-end jusque sur le front de mer, où les terrasses se remplissent avant même le coucher du soleil et où chaque façade semble désormais participer d’un même décor balnéaire soigneusement orchestré, Urban Blooms tente d’introduire un autre rythme. Lancée par la plateforme BeyArt, l’initiative entend réinvestir les murs de la ville à travers des fresques pensées comme des points de rencontre entre création contemporaine, mémoire locale et espace public.

À l’origine du projet, Ranine el-Homsi évoque une frustration ancienne : celle de voir l’art libanais circuler essentiellement dans des galeries, des institutions ou des cercles déjà familiarisés avec ces pratiques. Son ambition n’est pas de produire un simple embellissement urbain, mais de déplacer l’expérience artistique hors des espaces qui lui sont traditionnellement réservés, au plus près des usages quotidiens. « L’art façonne la société et la société façonne l’art », résume-t-elle.

Cette réflexion prend une résonance particulière à Batroun. Derrière l’image d’une destination festive et photogénique, la ville porte aussi une histoire maritime, des récits populaires et un patrimoine souvent relégué à l’arrière-plan. Urban Blooms cherche précisément à rouvrir cet espace de mémoire, en faisant des murs des surfaces narratives plutôt que de simples éléments décoratifs.

La première fresque du parcours, Mare Nostrum, réalisée par Marie-Joe Ayoub près du front de mer, s’inscrit dans cette logique. L’artiste y convoque un univers sous-marin inspiré de son propre lien à Batroun et à la Méditerranée. Sirène centrale, poissons, végétation marine et éponges disparues composent une image immédiatement accessible, presque joyeuse au premier regard, avant de laisser apparaître un discours plus discret sur la fragilité de l’écosystème marin. « Nous avons déjà perdu les éponges marines autrefois récoltées par les plongeurs », rappelle-t-elle.

L’œuvre ne se limite pas à sa dimension visuelle. Des QR codes placés à proximité permettent d’accéder à des archives, des textes et des éléments historiques liés à Batroun. Des ateliers accompagnent également les interventions artistiques, notamment avec des écoliers. Cette dimension pédagogique, développée avec le soutien du BeMA, inscrit le projet dans une temporalité plus longue que celle de l’inauguration elle-même.

Car c’est peut-être là que se joue désormais l’enjeu du projet : dans ce qui subsiste une fois l’événement terminé. Lors du lancement, la fresque se trouvait parfois absorbée par le mouvement général de la soirée, entre musique, conversations et animation du front de mer. Comme si l’art devait désormais lutter, lui aussi, pour exister au milieu du flux continu des images, des distractions et des sociabilités contemporaines.

Une semaine plus tard, le regard change. La foule s’est dispersée. Le mur demeure. Et la fresque semble enfin trouver son propre espace : un fragment de bleu face à la Méditerranée, discret mais persistant, dans une ville où tout va souvent trop vite pour laisser une image s’installer durablement.

Une semaine après son inauguration à Batroun, la fresque Mare Nostrum de Marie-Joe Ayoub continue de faire face à la mer. Les lumières du lancement se sont éteintes, les conversations se sont déplacées ailleurs, les vidéos publiées ce soir-là ont disparu des écrans. Reste un mur bleu traversé de poissons, d’éponges marines et d’une sirène flottante. Et, derrière cette image lumineuse, une question plus large : que peut encore produire l’art public dans une ville de plus en plus façonnée par le tourisme, l’événementiel et la mise en scène de soi ?À Batroun, où les cafés débordent chaque week-end jusque sur le front de mer, où les terrasses se remplissent avant même le coucher du soleil et où chaque façade semble désormais participer d’un même décor balnéaire soigneusement orchestré, Urban Blooms...
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