Liban

Les dessous de la parenthèse Mohammad Safadi

Décryptage
18/11/2019

Sitôt ouverte sitôt refermée, la parenthèse Mohammad Safadi n’a pas duré plus de 48 heures. Simple manœuvre ou véritable projet, les versions divergent et les accusations et contre-accusations commencent à apparaître au grand jour entre le camp du Premier ministre démissionnaire et celui du chef du CPL. Ce qui est certain, c’est que l’idée de charger l’ancien ministre de former le nouveau gouvernement n’a pas obtenu l’aval des trois anciens Premiers ministres (Salam, Siniora et Mikati), ni la couverture du mufti, tout en provoquant la colère de la rue. Au point que Saad Hariri a dû se rétracter et retirer son appui à cette candidature, rendant ainsi la désignation de Safadi impossible dans un tel contexte : un rejet sunnite et un appui chiite qui auraient pu dégénérer en discorde entre les deux communautés.

Que s’est-il réellement passé au cours des derniers jours ? Les sources proches du CPL racontent que tout a commencé avec les contacts qui ont suivi la démission de Saad Hariri. Au cours des trois rencontres entre le Premier ministre démissionnaire et le chef du CPL, la première option était de s’entendre sur une nouvelle désignation de Hariri. Mais ce dernier avait ses conditions. Il voulait présider un gouvernement de technocrates purs, une option totalement rejetée par Amal et le Hezbollah. C’est alors que Gebran Bassil a proposé un gouvernement mixte « techno-politique ». Amal et le Hezbollah ont accepté la proposition, en allant même jusqu’à suggérer que les 4 portefeuilles régaliens (Défense, Intérieur, Finances et Affaires étrangères) soient confiés à des personnalités politiques, les 20 maroquins restants allant aux technocrates. Saad Hariri a encore refusé, affirmant aux émissaires des deux formations chiites (Ali Hassan Khalil et Hussein Khalil) qu’il ne voulait pas de Gebran Bassil au sein du gouvernement. Mais à ce dernier, il a déclaré qu’il n’avait pas de problème avec lui, mais qu’il souhaitait former un cabinet qui ne comporterait pas des figures controversées et sans le Hezbollah. C’est alors que le chef du CPL a proposé un gouvernement « techno-politique » avec des figures de second plan, c’est-à-dire que lui-même et Saad Hariri, ainsi que Ali Hassan Khalil et d’autres n’en feraient pas partie, prévoyant aussi une participation de représentants des protestataires. Le Premier ministre sortant n’aurait pas apprécié la suggestion, rappelant à Gebran Bassil que « le compromis présidentiel » prévoyait Michel Aoun à la présidence et lui à la tête du gouvernement... Il aurait alors sollicité le soutien des deux émissaires chiites, qui ont réitéré leur appui à une formule mixte qu’il présiderait. Hariri aurait alors répété qu’il refusait de former un tel gouvernement, et c’est là qu’aurait commencé l’examen d’autres possibilités. Dans sa dernière rencontre avec Gebran Bassil, selon les sources proches du CPL, plusieurs noms ont été avancés. L’option Tammam Salam aurait été ainsi évoquée, mais l’ancien Premier ministre aurait refusé de présider le nouveau gouvernement dans un tel contexte. C’est alors que le nom de Mohammad Safadi aurait été cité. Toujours selon les mêmes sources, Saad Hariri aurait évoqué cette option dans sa dernière rencontre avec les deux émissaires chiites. Il faut préciser à cet égard que la relation est bonne entre MM. Hariri et Safadi, notamment depuis les dernières élections législatives en 2018, au cours desquelles ce dernier s’était abstenu de présenter sa candidature, tout en donnant toutes ses voix aux candidats du chef du courant du Futur.



(Lire aussi : Nouveau gouvernement : les compteurs remis à zéro)



Ali Hassan Khalil et Hussein Khalil auraient donc accepté l’option Safadi, et selon des sources proches des deux hommes, Saad Hariri se serait engagé à assurer la couverture sunnite à l’ancien ministre, d’abord en poussant le courant du Futur à participer sous une forme ou une autre au gouvernement en gestation, et ensuite en lui assurant une couverture de la part du mufti de la République et des anciens Premiers ministres. Toujours selon les mêmes sources, en soumettant cette proposition aux trois anciens Premiers ministres, Saad Hariri aurait perçu une vive opposition, notamment de la part de Fouad Siniora et de Nagib Mikati. Les trois anciens chefs de gouvernement ont ainsi publié un communiqué pour réitérer leur appui au Premier ministre démissionnaire. Le message était clair et il signifiait qu’ils n’accordaient pas leur soutien à la désignation de Safadi. Ce communiqué a d’ailleurs constitué le signal pour la fermeture de la parenthèse Safadi. Les sources proches des deux émissaires chiites ont été les premières à évoquer le contenu de la dernière rencontre entre Saad Hariri d’une part, Ali Hassan Khalil et Hussein Khalil de l’autre, pour en conclure que Hariri n’a pas assuré la couverture sunnite nécessaire à Safadi. Les milieux proches du Premier ministre démissionnaire ont d’ailleurs laissé entendre que le nom de Safadi a été lancé par Gebran Bassil, et qu’il n’y a eu aucun engagement de la part de Saad Hariri. Les sources proches de Bassil ont répondu à ces allégations et la situation en est restée là.

Toutefois, les sources proches des deux formations chiites tirent quelques conclusions de ce qui s’est passé. D’abord, elles louent le souci du Premier ministre démissionnaire de ménager les formations chiites, sachant que leur principale inquiétude actuellement est d’éviter une discorde entre sunnites et chiites dans la foulée des protestations dans les rues. Ensuite, les mêmes sources précisent que les deux formations sont convaincues que Saad Hariri souhaite former le prochain gouvernement, mais à ses propres conditions, c’est-à-dire qu’il voudrait diriger une équipe de technocrates et qu’il mise pour cela sur un changement de position de la part d’Amal et du Hezbollah.

À ce stade, c’est donc comme si chacun des deux camps attendait que l’autre cède en premier. Et pendant ce temps, la rue continue de crier sa colère...



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Sissi zayyat

Le CPL a toujours misé sur des alliés extérieurs pour renforcer et appuyer ses prises de positon contre la volonté du peuple libanais.
La présence de Aoun et de Bassil en est la meilleure preuve.
Ce qu'ils ignorent c'est que ce temps est dorenavant révolu.
Le peuple a découvert le pot au roses et ils sont grillés.

Yves Prevost

Il n'y a pas 50 options, deux seulement: techno-politique ou technocrate pour.
Le premier choix est exigé par le CPL, Amal, le Hezbollah et ses armes.
Le second est exigé par plus de deux millions de libanais.
Aucun compromis n'est possible entre les deux. Toute discussion est inutile. On pourra attendre 3 nouvelles semaines sans arriver à un résultat accepté par les deux parties. Il faut donc choisir, et dès maintenant avant que le Liban cesse d'exister.
Et si on est incapable de faire un choix il reste une solution : jouer à pile ou face!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE CPL A CHOISI ET SUPPORTE LA MAUVAISE PERSONNE CONTRE LES REVENDICATIONS DE LA RUE QUI NE VEUT QUE DES TECHNOCRATES. ILS EN SONT SEULS ET COMPLETEMENT RESPONSABLES.

Wlek Sanferlou

La situatiin du pays est trop critique pour se donner le luxe de ces papotages:
Fonnons le pouvoir à larmee poir 6 à 9 mois, formont un gouvernement de technocrates qui avec le support de l'armée et les forces de sécurité remettra de l'ordre, préparera des élections, donnera la3 confiance au peuple et aux états étrangers.
Savoir qui a fait quoi à qui ne fait que perdre du temps et nous rapproche d'une fin désastreuse.

LA VERITE

Il voulait présider un gouvernement de technocrates purs, une option totalement rejetée par Amal et le Hezbollah. C’est alors que Gebran Bassil a proposé un gouvernement mixte « techno-politique ». Amal et le Hezbollah ont accepté la proposition,

MAIS POURQUOI M BASSIL DOIT TOUJOURS SE MELER DE TOUT?
HARRIRI VEUT UN GOUVERNEMENT 100% TECHNOCRATES POUR FAIRE CE QUE LE PEUPLE DEMANDE CAR IL DOIT ETRE LE SEUL ( peut etre avec Geagea qui a fait demissionner ses ministres )) A AVOIR COMPRIS LA RUE

À ce stade, c’est donc comme si chacun des deux camps attendait que l’autre cède en premier. Et pendant ce temps, la rue continue de crier sa colère…

VOUS ETES COMPLETEMENT EN ACCORD AVEC LA VRAIE REALITE

C'EST HARRIRI AVEC DES TECHNOCRATES UNIQUEMENT OU PAS DE GOUVERNEMENT POUR LE RESTE DES 3 ANS DE AOUN mr HARRIRI NE CEDERA PAS CETTE FOIS CI, SOYEZ SUR

LE REGNE DES PARTIS POLITIQUES EST FINI (

DES INDEPENDANTS ( TROUVES DANS LA LUNE DIXIT LE LOCATAIRE DE BAABDA) SAUVERONT LE PAYS DU MARASME DANS LEQUEL L'ONT MIS LES POLITICIENS VERREUX ET CORROMPUS QUI NE PENSAIENT QU'A SE REMPLIR LES POCHES AU LIEU DE RESOUDRE LES PROBLEMES QUI FAISAIENT FACE AU LIBAN ET A TOUS LES LIBANAIS

LES TROIS , AOUN BERRY HARRIRI RESTENT POUR LE MOMENT A LEUR POSTE ET TOUS LES AUTRES DEGAGENT

C'EST LA SEULE SOLUTION POUR SAUVER CE QUI PEUT ETRE ENCORE SAUVE MAIS IL EST TEMPS QUE Mr AOUN FASSENT LES CONSULTATIONS OBLIGATOIRES

Chucri Abboud

La formation d'un gouvernement de technocrates pourrait vite mener à une insurrection , voire à une guerre civile .

Naji KM

La formule Safadi a échoué parcequ'elle a fuité trop tot et qu'elle a été annoncée en grande pompe par Gebran Bassil qui, comme d'habitude, n'a aucun respect des règles de bienséances ou de la constitution.

Irene Said

Ils reviennent toujours au même système qui a pourtant amené le Liban à la catastrophe actuelle:
le partage du gâteau entre les divers responsables politiques...
Sont'ils vraiment incapables, TOUS, de comprendre que les temps ont changé...et le peuple libanais aussi...qu'il ne les veut plus, un point c'est tout ?
Irène Saïd

Liberté de Penser

Encore un article de petite politique politicienne...décidément ni les hommes politiques ni les journalistes n’ont compris ce qui se déroule actuellement au Liban. Pourtant il parait très clairement que la population en a ras le bol de ces magouilles de couloir et ne veut plus la présence de cette classe politique tous bords confondus. Les libanais veulent être tout simplement être gouvernés par des hommes et des femmes compétentes, intègres et au service du pays et non le contraire. Contrairement à ce que pensent certains, ces hommes et femmes sont nombreux au sein de la Société Civile.

Yves Prevost

Toute cette histoire montre que l'on n'a fait que chercher à partager le gâteau comme à l'accoutumée, sans tenir aucun compte de l'opinion du peuple qui n'accepte qu'un gouvernement de "technocrates purs".
La faute de l'échec n'incombe donc pas à Hariri qui, seul contre tous les autres, a défendu cette solution, la seule valable. Les autres, Hezbollah, Amal et CPL n'on fait que lui mettre des bâtons dans les roues.

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