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Liban

Mohammad Safadi, un milliardaire de l’establishment

Portrait

L’ancien ministre et député est l’un des principaux actionnaires de Zaytunay Bay, et son nom a été cité dans une affaire de ventes d’armes entre la Grande-Bretagne et l’Arabie saoudite.

16/11/2019

L’ancien ministre et député de Tripoli Mohammad Safadi, pressenti pour diriger le prochain gouvernement, ne répond à aucun des critères posés par les manifestants qui protestent depuis près d’un mois à travers le Liban : âgé de 75 ans, ce milliardaire est une figure traditionnelle de la classe politique libanaise.

Alors que le mouvement de protestation cible les responsables accusés de corruption et s’en prend au dossier des biens maritimes, M. Safadi est l’un des principaux actionnaires de Zaytunay Bay dans la marina de Beyrouth. La société de gestion de Zaytunay Bay est un joint-venture, une coentreprise codirigée par la société immobilière Solidere et le groupe britannique Stow Group, dont Mohammad Safadi est le principal actionnaire. Une autre société de M. Safadi est en outre accusée d’être impliquée dans des projets en bord de mer qui empiètent sur des biens publics. Après avoir fait fortune à l’étranger, notamment en Arabie saoudite, c’est en 1995 que Mohammad Safadi réimplante le Safadi Holding Group au Liban. En 2000, il restructure la Fondation Safadi, active depuis le début de la guerre civile, qui mène de nombreuses actions caritatives et éducatives, principalement à Tripoli et au Liban-Nord.

La même année, Mohammad Safadi entame sa carrière politique, lorsqu’il est élu député de Tripoli. Au Parlement, il forme le Bloc tripolitain avec Mohammad Kabbara et Maurice Fadel, qui se tient à équidistance des différentes figures politiques de la grande ville du Liban-Nord, comme Omar Karamé, Najib Mikati et les responsables du courant du Futur.

Après avoir voté la prorogation du mandat du président Émile Lahoud en 2004, Mohammad Safadi se range dans l’opposition antisyrienne après l’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005. Lors des élections de 2005 qui suivent le retrait de l’armée syrienne, Mohammad Safadi et ses collègues du Bloc tripolitain, auquel s’ajoute le député Kassem Abdel Aziz, sont réélus. M. Safadi est nommé ministre des Travaux publics et des Transports dans le gouvernement de Fouad Siniora. Trois ans plus tard, il est nommé ministre de l’Économie et du Commerce.

Réélu député de Tripoli pour la troisième fois en 2009, Mohammad Safadi conserve son portefeuille ministériel dans le gouvernement de Saad Hariri. En 2011, il est nommé ministre des Finances dans le gouvernement de Nagib Mikati, fonction qu’il occupe jusqu’en 2014. En 2018, M. Safadi décide de ne pas se présenter aux élections et d’appuyer le Premier ministre Saad Hariri avec lequel il entretient d’excellentes relations. En contrepartie, son épouse Violette Khairallah sera nommée en 2018 ministre d’État pour l’Insertion sociale et économique de la jeunesse et des femmes.

Le scandale al-Yamama

Né le 27 mars 1944 à Tripoli, Mohammad Safadi, qui a neuf frères et sœurs, est issu d’une famille de commerçants. Lorsque Mohammad a 10 ans, sa mère tombe malade et ses parents l’envoient à l’internat. Les sept ans qu’il passe à la Broumana High School, une école créée par un missionnaire quaker suisse, le marqueront à vie. Après avoir obtenu l’équivalent du baccalauréat à Londres en 1962, il revient au Liban et intègre l’Université américaine de Beyrouth (AUB) où il obtient un diplôme en gestion des entreprises en 1968. Il a alors 24 ans.

Mohammad Safadi se lance dans les affaires l’année suivante, entre son Tripoli natal et Beyrouth, avec son père et ses oncles Badr, Abdel Rahmane et Moustapha, au sein de la société familiale « al-Safadi Brothers ».

Lorsque la guerre civile éclate en 1975 au Liban, il s’installe en Arabie saoudite, où il se lance dans la construction de complexes résidentiels, notamment pour le compte d’entreprises étrangères comme la société britannique BAE Systems spécialisée dans les secteurs de la défense et de l’aérospatiale. Ses affaires dans les travaux publics, l’immobilier, l’aviation, la technologie, le tourisme et le secteur bancaire sont florissantes et dépassent progressivement les frontières du royaume saoudien pour s’étendre dans le monde arabe et en Europe.

Mohammad Safadi quitte alors Riyad pour la Grande-Bretagne et devient le chargé d’affaires du chef des forces aériennes saoudiennes, le prince Turki ben Nasser, gendre du prince héritier de l’époque Sultan. Selon un article du quotidien britannique The Guardian, les intérêts britanniques de M. Safadi sont nombreux. Il a investi dans plusieurs sociétés aux capitaux saoudiens implantées au Royaume-Uni. Il a également investi dans une compagnie aérienne, la British Mediterranean Airways, créée en 1994 avec un l’homme d’affaires saoudo-syrien Wafic Saïd. Au conseil d’administration de cette compagnie, qui a cessé ses activités en 2007, siégeait notamment Charles Powell, ancien conseiller diplomatique de la Première ministre Margaret Thatcher.

En 2006, Mohammad Safadi fait la une des journaux britanniques, dans le scandale entourant le contrat al-Yamama, une série de contrats de vente d’armements conclus entre le Royaume-Uni et l’Arabie saoudite depuis 1985. Le 2 décembre 2006, The Guardian titre : « Un milliardaire libanais entraîné dans l’enquête sur les ventes d’armes en tant que “second intermédiaire des Saoudiens”. » Ce milliardaire qui joue les intermédiaires, c’est donc Mohammad Safadi. Selon cet article, le nom de M. Safadi, « qui est intervenu pour des proches du prince Sultan, le prince héritier d’Arabie saoudite », est apparu dans une enquête du Bureau britannique des fraudes graves (SFO) sur « des ventes d’armes controversées aux Saoudiens ». Des soupçons de commissions occultes ont été évoqués, mais l’enquête britannique n’a jamais mis en cause le ministre.

Mohammad Safadi est marié, depuis 2015, avec Violette Khairallah. De précédents mariages, il a eu trois enfants, dont Ramzi, décédé en 2008 dans un accident de voiture à Londres à l’âge de 25 ans.

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