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Jour XXVIII : le Liban sous haute tension après la mort d'un cadre du PSP et l'interview de Aoun

Liban

Les manifestants rendent hommage à Ala' Abou Fakhr, tué par balles dans la nuit à Khaldé.

OLJ
13/11/2019

Au 28ème jour d'un mouvement sans précédent de contestation contre la classe dirigeante libanaise, les principaux axes routiers à Beyrouth et en province étaient toujours coupés mercredi matin par des manifestants en ébullition après une longue nuit de tensions du nord au sud du pays. Ce regain de contestation fait suite à l'interview télévisée la veille du président Michel Aoun qui a remis le feu aux poudres. Une nuit de tension lors de laquelle un cadre du Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Joumblatt, Ala' Abou Fakhr, a été tué par balles à Khaldé.


A Beyrouth, la voie express du Ring, dans le centre-ville, qui était bloquée par des manifestants depuis mardi soir, a été rouverte. En fin de matinée, la place Sassine, à Achrafieh, avait été bloquée.

A Baabda, l'armée libanaise s'est déployée en masse aux abords du palais présidentiel, où des centaines de manifestants ont afflué de plusieurs régions.

Dans le secteur de Chevrolet, la troupe s'est déployée en force pour tenter de rouvrir la route, provoquant de violentes échauffourées avec les protestataires diffusées en direct sur les chaînes de télévision.

Une manifestante dans le secteur du croisement dit de Chevrolet. AFP / ANWAR AMRO

En soirée, des protestataires ont bloqué l'autoroute de Cola à l'aide de pneus brûlés, avant que l'armée n'intervienne pour rouvrir cet axe à la circulation.

Au nord de la capitale, l'autoroute côtière est coupée en plusieurs points à Zalka, Dora, Jal el-Dib dans le Metn, à hauteur de Nahr el-Kalb, Zouk, Ghazir dans le Kesrouan, ainsi qu'à Jbeil.

La route de Nahr el-Kalb bloquée le 13 novembre. Photo Suzanne Baaklini

"Nous comptons rester là jusqu'à la formation d'un nouveau gouvernement. Nous voulons retrouver notre dignité", lance l'un des manifestants à Nahr el-Kalb à notre journaliste sur place Suzanne Baaklini. L'armée et la police se tenait loin des protestataires et n'a toujours pas tenté de rouvrir les routes dans la région.

Sur la route intérieure de Jal el-Dib, un groupe de manifestants a coupé les routes, provoquant la colère des riverains. Des bagarres ont éclaté entre eux, avant que les Forces de sécurité intérieure n'interviennent. La tension est remontée d'un cran en cours d'après-midi lorsqu'un homme a ouvert le feu à l'aide d'un fusil d'assaut en direction des manifestants, sans faire de blessés. L'homme a été arrêté par la police et son véhicule saccagé par les protestataires. Les député et ancien député du Courant patriotique libre Ibrahim Kanaan et Nabil Nicolas ont démenti tout lien avec le suspect.

Au Liban-Nord, les routes ont été bloquées à hauteur de Chekka dans le Koura, dans plusieurs secteurs de Tripoli, sur la place al-Nour, ainsi qu'à Bohsas, à Minié et à Zghorta, de même que dans le Akkar, notamment à Abdé.


Des barrages sur l'autoroute Beyrouth-Tripoli. AFP / Ibrahim CHALHOUB


Dans le sud du pays, les routes menant au carrefour Élia, rebaptisé "place de la révolution du 17 octobre", ont été coupés à Saïda. Certains y ont passé la nuit après avoir dressé des tentes sur les lieux. Aujourd'hui, la ville est en situation de grève générale. Les banques, les bureaux de change et les écoles sont fermées, et comme la veille, les protestataires se sont dirigés vers les branches d'institutions publiques comme Electricité du Liban, l'Office des eau et la compagnie publique de téléphone Ogero.

A Baalbeck, dans la Békaa, les protestataires ont fermées les routes à l'entrée de la ville à l'aide de pneus incendiés. La situation est la même autour de Zahlé et sa région, notamment à hauteur de Kab Élias.

Dans la région du Chouf et de Aley, les routes sont également bloquées à Naamé, BarjaChoueifate, ainsi qu'à Khaldé, où dans la nuit un cadre du Parti socialiste progressiste du leader druze Walid Joumblatt, Ala' Abou Fakhr, a été tué par balles.


Des pneus brûlés sur la route entre l'aéroport de Beyrouth et Khaldé. REUTERS/Alaa Kanaan


Sur les barrages de pneus qui fument encore, les protestataires rendent tous hommage à la deuxième victime en marge de la contestation qui secoue le Liban depuis le 17 octobre. Selon un communiqué de l’armée, une rixe a eu lieu entre un groupe de protestataires qui coupaient la route et des militaires qui passaient à bord d'un véhicule appartenant à l'armée. Un soldat a alors ouvert le feu pour les disperser. L’institution militaire ajoute avoir ouvert une enquête après l'arrestation du militaire qui a ouvert le feu.

Dans ce contexte de tension, le ministre sortant de l’Éducation Akram Chehayeb avait appelé les écoles et universités à rester fermées mercredi.



(Lire aussi : Chorale de crise, l'éditorial de Issa GORAIEB)



Appels au calme

Dans la matinée, le chef du Parti démocratique libanais Talal Arslane, rival traditionnel de Walid Joumblatt sur la scène druze, a condamné la mort d'Ala' Abou Fakhr, et présenté ses condoléances à la famille du cadre du PSP tué et aux habitants de Choueifat, appelant que les Libanais à "se fier à l'Etat". "La période demande calme et sagesse, pour prévenir toute sédition", a-t-il ajouté sur son compte Twitter.

De son côté, l'ancien ministre druze Wi'am Wahhab, qui affirme partager les revendications des manifestants, a appelé à cesser le blocage des routes et les incendies de pneus "qui sont vécus comme une provocation par une grande partie des gens". 

Dans la nuit, le Premier ministre démissionnaire Saad Hariri avait lancé un appel au calme, exhortant "l'ensemble des citoyens dans toutes les régions à préserver le caractère pacifique de leur mouvement", et à la responsabilité des "autorités, des leaders, des forces de sécurité et des manifestants, qui doivent protéger le Liban et faire montre de solidarité pour affronter les défis". M. Hariri a également salué la position prise par M. Joumblatt. Dans la nuit, ce dernier avait appelé ses partisans au calme. "L’État est notre seul recours, sinon nous allons vers le chaos", a-t-il affirmé.

Dans son entretien, le président Michel Aoun avait déclaré : "Nous avons bien entendu vos revendications et vos appréhensions mais ne détruisez pas le pays et cessez d'assiéger les institutions publiques". "S'ils estiment qu'il n'y a pas de personne intègre dans cet Etat, qu'ils émigrent, a encore lancé le président. Qu'ils revoient mon passé et qu'ils restent avec moi si ce passé leur plaît, sinon c'est moi qui partirai".

Ces propos ont suscité un tollé sur les réseaux sociaux, poussant la présidence à publier une mise au point quelque peu alambiquée. "Ces propos ont été mal interprétés, peut-on y lire. Le chef de l'Etat voulait dire que si les contestataires n'arrivent pas à trouver des personnes intègres pour participer à un dialogue, qu'ils émigrent car de cette façon ils n'arriveront pas au pouvoir".



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Eleni Caridopoulou

,je pense que le discours de Mr. Aoun n'était pas très catholique

Sissi zayyat

Alors la mafia s’active.
A cours d’argumentation on commence les assassinats pour faire peur à la rue?
Si les LIBANAIS mécontents quittent le pays et les chefs de partis opposants sont tués sur qui va t-il faire semblant d’exercer sa fonction de président de la république?
Ce pays est le nôtre. Nous sommes sa base et à coups de larmes ,de sang, de sacrifices et de sueur nous l'avons porté à bout de bras.
S’ils ont par leur manigance décidé ( où nous ou pas de Liban), la réponse ne sera pas celle qu’ils espèrent.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

APRES L,INTERVIEW DU CHEF DE L,ETAT LES CHOSES IRONT VERS LE PIRE ! LES GENS S,ATTENDAIENT A QUELQUE CHOSE DE POSITIF OR RIEN DE TEL NE SE REFLETA DE SES PAROLES. OTAGE DES DEUX MILICES IRANIENNES.

Marionet

L'OLJ aurait dû traduire l'intégralité de l'interview présidentielle. Au lieu de quoi, on a droit à des bribes par-ci par-là, au gré des papiers (et des journalistes qui les écrivent). Ici, on apprend par exemple que le PR a enjoint les manifestants de "cesser de détruire le pays". Sauf à lire l'entière interview sous forme de QR, ça ressemble fort à une provoc. Depuis, la rue s'est enflammée. Comment nous, expats, pouvons comprendre la situation si on nous livre l'info par petits bouts? A moins de lire la presse arabe ou de s'abonner au bouquet des chaînes télé libanaises, impossible. Or quand on travaille, on ne peut pas rester scotché devant la télé.

BOSS QUI BOSSE

En attente du jour XXIX..LOL...

Un avertissement avait été donné pour ne jamais bloquer la route du sud.
Paix à son âme.

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