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Économie

Crise de liquidités : Salamé renvoie la balle dans le camp des banques

Finance

Il n’y aura pas de contrôle formel des capitaux, a insisté le gouverneur de la Banque centrale. Il a toutefois précisé que les liquidités en dollar fournies par la BDL aux banques ne doivent pas sortir du territoire.

12/11/2019

Malgré la crise de liquidités en dollar et l’incertitude politique régnant dans le pays qui a poussé les banques à mettre progressivement en place une série de mesures restrictives qui s’apparentent à celles prévues par un contrôle des capitaux, le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, a été très clair : il n’y aura pas de contrôle formel des capitaux. « On parle de la possibilité d’instaurer un contrôle des capitaux ou des restrictions légales sur les transferts. Ce n’est pas envisageable. La BDL n’a pas les prérogatives, dans le cadre du code de la monnaie et du crédit, pour le faire. Le Liban est un pays qui vit de la liberté de circulation des capitaux et est financé par les transferts des Libanais non résidents. Et ce ne serait pas normal que ceux qui envoient des fonds vers le Liban ne soient pas autorisés à les rapatrier. C’est pourquoi, le contrôle des capitaux n’est pas envisageable et ne le sera pas », a insisté le gouverneur lors d’une conférence de presse tenue hier à la BDL.


(Lire aussi : Les agences bancaires fermées, les négociations avec le syndicat des employés lancées)



Les banques devront assouplir leurs mesures restrictives

Riad Salamé a appelé dans ce sens les banques à assouplir leurs mesures restrictives, qu’il a jugées « trop conservatrices ». « L’ouverture des banques en l’absence de solution politique a fait qu’elles ont pris des décisions très conservatrices. Nous avons demandé aux banques de réguler leurs mesures afin qu’elles répondent favorablement aux nécessités et besoins des Libanais, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, tout en tenant compte des circonstances exceptionnelles », a indiqué le gouverneur. La BDL a, plus concrètement, demandé aux banques de « réexaminer les réductions des facilités bancaires qu’elles avaient resserrées à partir du 17 octobre et de les reconsidérer, ainsi que de répondre favorablement aux chèques retournés du fait de ces réductions de facilités » ; « de ne pas abaisser les plafonds des facilités de caisse lorsqu’il y a des paiements » ; « de maintenir les mêmes plafonds des cartes de crédit utilisées au Liban et à l’étranger » ; « de permettre aux clients de rembourser en livres leurs prêts contractés en dollars, et de ne pas leur demander d’effectuer la conversion auprès des bureaux de change » ; « d’octroyer aux clients détenant des comptes en devises des cartes de débit dans ces devises afin qu’ils puissent effectuer leurs paiements ». « Les banques tiendront une réunion pour adopter ces mesures et les mettre en œuvre immédiatement afin d’assurer la continuité de l’activité économique », a précisé Riad Salamé. Dans un communiqué publié quelques heures après la conférence de presse de M. Salamé, l’Association des banques du Liban s’est dit favorable aux directives du gouverneur.

Pour cela, le gouverneur a demandé aux banques d’utiliser les liquidités en dollar fournies par la BDL mais aussi en puisant dans leurs réserves auprès de leurs banques correspondantes. « Nous avons informé les banques qu’elles pouvaient contracter des prêts en dollars auprès de la BDL à 20 % pour répondre à leurs besoins de liquidités en dollar. Mais ces fonds empruntés ne peuvent être transférés à l’étranger », a lancé Riad Salamé. Un message, à peine voilé, destiné aux banques qui préfèrent ne pas répondre aux besoins de leurs clients en dollar plutôt que de réaliser un tel emprunt auprès de la BDL, selon un banquier interrogé. Mais un économiste y voit surtout une reconnaissance implicite par le gouverneur de l’existence de facto d’un contrôle des capitaux, étant donné que la BDL interdit le transfert de ces liquidités à l’étranger. Car en ce qui concerne les transferts à l’étranger, le gouverneur a exigé des banques qu’elles répondent favorablement aux demandes de leurs clients pour « les transferts de nécessité (...) en utilisant leurs propres fonds », c’est-à-dire « en utilisant leurs crédits disponibles auprès de leurs banques correspondantes ». « C’est délicat, car c’est une lourde responsabilité pour les banques. Elles assument en quelque sorte le rôle d’une autorité de régulation, car c’est à elles de définir les critères de priorité et d’urgence avant de répondre ou non aux demandes de transferts à l’étranger de leurs clients », estime le banquier interrogé.


(Lire aussi : Plus de 60 % des stations-service sont à sec, affirme Samy Brax)



Les actionnaires appelés à soutenir leurs banques

Riad Salamé a également adressé un message aux actionnaires des banques. « Les actionnaires des banques doivent soutenir leurs banques en ces temps difficiles », a-t-il affirmé. Rappelant que la BDL avait émis une circulaire la semaine dernière demandant aux banques de ne pas redistribuer à leurs actionnaires les profits réalisés en 2019 et d’augmenter de 20 % leurs fonds propres à travers des apports en dollars de leurs actionnaires, le gouverneur a estimé que cette recapitalisation « rassurera les banques correspondantes (sur la solvabilité des banques locales) et assurera les liquidités supplémentaires nécessaires ».

Certaines banques essaient de négocier et de repousser le délai de la première augmentation (de 10 %) prévue pour fin décembre (la deuxième doit avoir lieu avant fin juin 2020), mais d’autres sont plus sceptiques quant à sa faisabilité car les actionnaires ne sont pas légalement obligés de répondre favorablement à la requête de la BDL.

Riad Salamé a également souligné qu’un problème de liquidités « ne signifiait pas qu’il y avait un problème de solvabilité » ou encore que les dépôts étaient en danger. Il a écarté toute possibilité de voir une banque en situation d’insolvabilité et a indiqué que les mécanismes mis en place par la BDL protègent les déposants en toutes circonstances.

C’est dans ce cadre qu’il a également insisté sur le fait qu’il n’y aura pas de « haircut », c’est-à-dire pas de ponction sur les dépôts, balayant ainsi les informations circulant dans la presse à ce propos. « La BDL n’a pas les prérogatives de mettre en place une telle mesure. Et une telle loi ne pourra pas passer, car il s’agit là des propriétés des Libanais résidents et non résidents », a-t-il martelé. Le gouverneur en a également profité pour réitérer l’engagement de la BDL à maintenir la stabilité du taux de change et assurer qu’elle était en mesure de le faire. « Les réserves de la BDL, excluant l’or, s’élèvent à près de 38 milliards de dollars, notamment en eurobonds et investissements, et à 30 milliards de dollars pour les réserves mobilisables », a-t-il précisé. Il a expliqué dans ce contexte que si les taux de change sont plus élevés chez les agents de change qu’à la BDL, où les taux sont fixes, c’est parce que les changeurs fixent leur prix en fonction de l’offre et de la demande. « Ce phénomène d’augmentation des taux et de restriction de l’accès au dollar s’apaisera lorsque la situation s’apaisera dans le pays », a estimé M. Salamé. Il a également affirmé que les montants nécessaires pour rembourser les eurobonds qui arrivent à échéance fin novembre ont été garantis par la BDL, en accord avec le ministère des Finances.


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Antoine Sabbagha

Des lingots d'or qui disparaissent , le dollar à deux mille livres libanaises , tout ceci est à cause des banaques ?

JiJii

https://www.lorientlejour.com/article/1194655/un-plan-durgence-pour-le-sauvetage-economique-au-liban.html

"Il semble que près de 800 millions de dollars aient quitté le pays entre le 15 octobre et le 7 novembre, soit la période durant laquelle le système bancaire a été en grande partie officiellement fermé"



L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BIEN TRISTE QU,IL Y AIT EN CES TEMPS OBSCURS UN MATCH DE FOOT ENTRE LA BDL ET LES BANQUES.

Zovighian Michel

Dire que "le recul des mouvements économiques et la croissance négative en 2019 ont causé une augmentation du chômage et ont fortement impacté certaines classes sociales" n’est pas correct. C’est le contraire qui est vrai. Les taux d'intérêts super élevés attirent les investisseurs et repoussent les entrepreneurs à investir d’où la croissance du chômage et la chute du pouvoir d'achat du citoyen qui font chuter la consommation d'où la croissance négative.

La banque centrale doit intervenir vigoureusement auprès des banques. Le volume des transactions des agents de change a multiplié par cent en deux mois. Qui les financent ? Les banques prennent un chèque en dollars et le paye en livres libanaises. Si les banques adhéraient au taux officiel de change de la livre libanaise, elles auraient payé le chèque dans la monnaie du chèque. Les banques chargent 3 à 5 pour mille quand un déposant retire du cash de son compte créditeur qui est domicilié à 0 % d'intérêt. Comment se fait-il que les banques introduisent les mêmes régulations en même temps et où est le rôle de l'association des banques du Liban dans tout ça ?

BOSS QUI BOSSE

Oui mais lui, ses capitaux on est pas sûr qu'ils sont pris en otage au Liban.

Les corrompus libanais que pompeo dénonce sont dans leur majorité des alliés des usa.

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