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Liban

WhatsApp, Facebook, Instagram : les réseaux sociaux, vecteurs de la contestation

Mobilisation

Qui lance ces initiatives ? Et comment sont-elles véhiculées et suivies ? Des activistes expliquent à « L’OLJ » comment sont adoptées les stratégies des militants.


07/11/2019

« Adlieh, 8h30 a.m. ». Le message est succinct. Mais il n'est que le titre d’un groupe WhatsApp qui invitait hier les contestataires de Beyrouth à se rendre devant le Palais de justice pour réclamer une justice indépendante. D’autres messages appelaient « les lycéens à se mobiliser devant le ministère de l’Éducation pour demander la fermeture des écoles jusqu’à ce que les demandes du peuple libanais soient prises en considération » ou « les étudiants à protester devant la Cour des comptes et d’autres institutions publiques comme Électricité du Liban ». On invitait aussi la population qui n’était pas en mesure d’aller dans la rue à taper sur des casseroles pour faire entendre sa colère.

Depuis que les militants ont cessé d’utiliser la fermeture de routes comme moyen de pression contre le pouvoir, des milliers de messages brefs sont ainsi véhiculés sur Facebook, WhatsApp, Twitter ou Instagram informant les internautes des mouvements prévus pour la journée ou le lendemain. Hier, des messages ont aussi invité les manifestants à organiser un sit-in devant le complexe hôtelier Eden Bay construit à même la plage de sable de Ramlet el-Bayda. Ils appellent aujourd’hui à un sit-in devant la centrale électrique de Zouk.


(Lire aussi : Ceux qu’on n’a pas vu venir, le billet de Fifi Abou Dib)



Leaders d’opinion, lanceurs d’alerte, influenceurs…

Mais qui donc lance ces initiatives? Et comment sont-elles véhiculées et suivies ? « Nous nous concertons entre militants sur les places publiques, explique à L’Orient-Le Jour l’activiste et avocat Wassef Haraké, initiateur de l’Observatoire populaire de lutte contre la corruption. Nous proposons des actions, en discutons entre nous et finissons par adopter les plus populaires, tout en sachant que les fausses notes sont parfois inévitables. » L’avocat n’en soutient pas moins que l’objectif ultime des contestataires est « quasi unanime » : après avoir obtenu la chute du gouvernement, ils exigent désormais la formation d’un gouvernement de spécialistes qui demanderait des comptes aux gens du pouvoir, lutterait contre la corruption et préparerait une loi pour des législatives anticipées. Pour le militant Gilbert Doumit, « les initiateurs peuvent être des leaders d’opinion, des influenceurs, des lanceurs d’alerte ou les activistes eux-mêmes qui multiplient débats et rencontres dans l’espace public ». Ensuite, les réseaux sociaux font ce qu’il font de mieux : diffuser. Diffuser des messages, des propositions et des directives à la population et aux différents groupes qui la composent, secteurs socio-professionnels, étudiants, enseignants, avocats, ingénieurs…

Fraîchement diplômée de la LAU, Lynne Taha et une poignée de militants comptent sur leurs réseaux universitaires pour relayer l'information. « Après nous être concertés, nous proposons quelques initiatives pour la journée à des groupes

WhatsApp (200 personnes par groupe) qui rassemblent des étudiants de la LAU, d’autres universités du pays, et même de l’Université libanaise », souligne-t-elle. De son côté, Véréna Amil, membre du club laïc de l’Université Saint-Joseph, explique que l’information est distribuée aux présidents des clubs universitaires de l’institution qui, eux, la transmettent aux présidents de clubs d’autres universités, lesquels les partagent à leur tour avec leurs adhérents. « Nous sommes en contact avec toutes les universités et coordonnons étroitement nos actions. Chaque étudiant est actif sur plusieurs réseaux et groupes à la fois », précise-t-elle. D’où la démultiplication de l’effet. Parmi les groupes particulièrement actifs sur les réseaux sociaux, Daleel thawra, Mada Network, le Salon culturel de l’Université libanaise, les clubs laïcs de l’USJ et de l’AUB…

C’est ce même processus qui a servi à mobiliser les lycéens de l’école publique qui ont refusé d’aller en classe hier « dans de nombreuses régions du pays et même dans la Békaa », comme le rapporte notre correspondante dans la Békaa centrale, Sarah Abdallah. Elle précise que les enseignants du secteur public secondaire sont aussi invités par WhatsApp « à se rebeller contre leurs syndicats considérés comme proches des partis politiques Amal et CPL », à lancer un ordre de grève aujourd’hui à 16 heures, depuis le siège de la Ligue des enseignants du secondaire de l’école publique au ministère de l’Éducation, avant d’aller grossir les rangs des manifestants place Riad el-Solh.


(Lire aussi : Deux rencontres en 48 heures entre Hariri et Bassil, le décryptage de Scarlett Haddad)



Nouvelle étape ou diversification ?

À l’heure où le mouvement de rue semble changer de stratégie, une question s’impose. Sommes-nous passés à une nouvelle forme de mobilisation, à une nouvelle étape de la révolte citoyenne ? Wassef Haraké rappelle l’évolution de la contestation populaire, qui n’est « pas un simple mouvement, mais pas encore une révolution ». « Cette contestation a d’abord pris la forme de manifestations sur les places publiques et de fermeture de routes. À présent, tout en poursuivant notre mobilisation sur les places, nous fermons les institutions qui font obstacle à la lutte contre la corruption afin de demander des comptes à leurs responsables », martèle-t-il, exprimant « sa grande satisfaction » quant à la réussite, pour l’instant, de ce mouvement qui est « amené à grandir ». Prochaine étape? « Nous l’évoquerons en temps voulu », assure-t-il.

Pour Gilbert Doumit, « nous avons atteint la seconde étape politique de notre contestation ». L’activiste explique qu’après avoir fait chuter le gouvernement, il faut désormais pousser à la formation d’un gouvernement qui réponde aux revendications de la rue. Pour ce faire, il estime « nécessaire de diversifier les stratégies de confrontation », « d’aller sur les places publiques en soirée et en week-end, de recourir aux grèves, de boycotter les institutions, de manifester devant les résidences des hommes politiques ». « Mais au final, il ne faut pas oublier le caractère spontané de ces mobilisations », rappelle-t-il.

Le chercheur en neurosciences sur les processus de changements cognitifs, Albert Moukheiber, également activiste, met, pour sa part, en garde « contre une volonté de modéliser ces mouvements populaires spontanés dont le point d’orgue a été, hier, la mobilisation des lycéens » des deux secteurs public et privé. « L’étude par étapes de ce processus risque d’aboutir à des scénarios anxiogènes. Or, cette révolution est agile. Elle s’adapte et diversifie les stratégies », constate-t-il, saluant « le caractère pacifique » des manifestants, « la grande maturité » des contestataires et « leur créativité dans le recours aux moyens de pression ».


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Gebran Eid

IL FAUT DÉLOGER AOUN, SINON C'EST UNE PERTE DE TEMPS TOUT CES MOUVEMENTS.

Chucri Abboud

UNE CACOPHONIE NE FAIT PAS UNE SYMPHONIE !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

STRATAGEMES BIEN PAYANTS. ET LA CONTESTATION CONTINUE.

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