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Moyen Orient et Monde - Éclairage

En Irak comme au Liban, l’Iran confronté à une situation inédite

L’influence de la République islamique dans ces pays arabes est directement visée par les slogans des manifestants irakiens et pointée du doigt au Liban de manière plus subtile.

Des manifestants irakiens, hier, à Bagdad. Ahmad al-Rubaye/AFP

La République islamique a actuellement les yeux rivés sur le Liban et l’Irak. Les deux pays sont secoués par des mouvements de contestation depuis plusieurs semaines alors que les populations dénoncent des conditions de vie difficiles et la corruption de leurs classes dirigeantes. L’Iran est l’acteur extérieur le plus influent à Bagdad comme à Beyrouth. Celui qui, par conséquent, a le plus à perdre, dans un cas comme dans l’autre, de la fin du statu quo. L’influence iranienne dans ces pays arabes est directement visée par les slogans des manifestants irakiens et pointée du doigt au Liban de manière plus subtile. À Beyrouth, les protestataires expriment leur rejet de l’ensemble des partis politiques confessionnels dont le Hezbollah, bras de l’Iran au pays du Cèdre, dont des membres siègent au Parlement et au gouvernement dont Saad Hariri a remis la démission hier. En Irak, Téhéran a un rôle prédominant sur la scène politique au sein du gouvernement de coalition dirigé par le Premier ministre Adel Abdel Mahdi, mêlant le leader chiite Moqtada Sadr et le Fateh, parti politique composé de milices chiites pro-iraniennes dont celles du Hachd el-Chaabi.

Le soulèvement des populations irakiennes dans le Sud, à majorité chiite, et les slogans contre l’Iran ne sont pas nouveaux. Des centaines d’Irakiens s’en étaient pris à des groupes pro-iraniens lors de manifestations l’année dernière avant de brûler le consulat iranien à Bassora.

Les revendications de manifestants libanais chiites, ces derniers jours, notamment au Liban-Sud, sont pour leur part inédites, visant nommément le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, et le dirigeant du mouvement Amal, Nabih Berry.

Les contestations en Irak et au Liban « constituent sans doute les événements les plus importants du déclin du soft power iranien dans les “rues arabes”, après la déclaration de soutien de Téhéran au régime syrien de Bachar el-Assad », observe Ali Fathollah-Nejad, chercheur associé au Brookings Doha Center et spécialiste de l’Iran, interrogé par L’Orient-Le Jour. Ce soft power « avait atteint son apogée sous l’administration de Mahmoud Ahmadinejad, après l’invasion et l’occupation de l’Irak par les États-Unis », rappelle-t-il. Si l’Iran n’a jamais réussi à imposer sa pax iranica dans la région, sa domination n’a jamais été aussi contestée, non par les autres puissances, mais par les populations arabes, et même par ce qu’on appelle la rue chiite. Des manifestations qui semblent faire le bonheur du média saoudien al-Arabiya, qui voit en elles le réveil de la rue chiite contre l’Iran. Signe du malaise de Téhéran face à ces manifestations, les médias iraniens officiels sont restés assez vagues à propos des derniers événements au Liban tandis que l’Irak est quasiment passé sous silence. « L’Iran essaye de ne pas faire de commentaires publics sur les manifestations tout en renforçant ses relations avec le Hezbollah et les divers groupes irakiens », note Sanam Vakil, chercheuse au sein du programme sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord à Chatham House, contactée par L’OLJ. « Voir ses alliés et ses partenaires affaiblis ou compromis est un grand défi pour Téhéran. Il ne peut pas se mettre trop en avant dans sa défense de ces groupes ou individus car il sait que cela augmentera la colère de la population à leur égard », ajoute-t-elle.


(Lire aussi : « On espère tous que le Liban ne subira pas le même sort que la Syrie »)


République de la peur

Dans une rare intervention au sujet des manifestations au Liban, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a exprimé la semaine dernière l’espoir que le gouvernement libanais et les partis politiques prêteront « attention aux demandes du peuple ». La démission du Premier ministre Saad Hariri hier après-midi n’est toutefois pas une bonne nouvelle pour Téhéran. Elle pourrait remettre en cause le partenariat conclu entre le leader sunnite du mouvement du Futur et le Hezbollah, qui a permis l’accession de Michel Aoun au pouvoir. La possible démission de Adel Abdel Mahdi en Irak serait un coup encore plus dur, même si Téhéran a suffisamment de poids, dans les deux cas, pour bloquer toute tentative de former un gouvernement qui pourrait porter atteinte à ses intérêts.

Selon certaines informations, le commandant de l’unité d’élite iranienne al-Qods, Kassem Soleimani, l’incarnation de l’influence iranienne dans le monde arabe, aurait été présent à Beyrouth la semaine dernière. Si cette rumeur n’a pas été confirmée, elle n’en demeure pas moins symbolique, donnant des indications sur l’influence attribuée à Téhéran au pays du Cèdre. « En fin de compte, l’objectif à long terme de l’Iran au Liban est d’avoir le Hezbollah au sein du gouvernement et de ne pas voir son influence diminuer », explique Sanam Vakil.

Contrairement au mouvement libanais qui se déroule dans un cadre relativement calme (si l’on exclut les attaques violentes perpétrées hier dans le centre-ville de Beyrouth par des partisans du Hezbollah, NDLR), les contestations irakiennes ont été violemment réprimées, faisant près de 250 morts et plus de 6 000 blessés depuis le début du mois. Tirant avantage de sa proximité avec l’Irak, l’Iran aurait prêté main-forte aux forces de sécurité irakiennes alors que des milices chiites pro-iraniennes ont été accusées d’avoir tiré sur les manifestants. « Téhéran est conscient des dangers que les mobilisations populaires spontanées pourraient poser pour la survie du régime, ce qui contribue à la réaction musclée de ses supplétifs », observe Ali Fathollah-Nejad.

L’instabilité croissante dans plusieurs pays de la région pourrait également faire craindre à Téhéran un débordement de ces mouvements à l’intérieur du pays alors que de nombreux Iraniens partagent les mêmes revendications sociales, économiques et politiques qu’au Liban et en Irak. Les manifestations en janvier 2019 avaient déjà montré les frustrations des classes populaires iraniennes. « Il est peu probable que ces manifestations aient un impact à l’intérieur de l’Iran car le gouvernement emploie diverses stratégies coercitives pour gérer la dissidence et créer une république de la peur », nuance néanmoins Sanam Vakil.



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commentaires (3)

Les deux turbulence inédites au Liban et en Irak surgissent immédiatement après la débâcle des américains dans toute la région et le retrait presque général des armées américaines . Le monde entier reconnaissait en Poutine le grand vainqueur de cette minutieuse partie d'échecs et le prochain chef-d'orchestre des partenaires officiels de presque tous les pays concernés . Israel perdait l'assurance d'une protection US sur place et regardait avec méfiance un Hezbollah qui rentrait chez lui victorieux après sa longue guerre en Syrie et renforcé sur ses frontières . Or les services secrets américains et israéliens ne pouvaient laisser cette situation perdurer : La DÉSTABILISATION DU LIBAN ET DE L'IRAQ EN SUBISSENT LE CONTRE-COUP ! C'est bien clair !

Chucri Abboud

08 h 24, le 31 octobre 2019

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Commentaires (3)

  • Les deux turbulence inédites au Liban et en Irak surgissent immédiatement après la débâcle des américains dans toute la région et le retrait presque général des armées américaines . Le monde entier reconnaissait en Poutine le grand vainqueur de cette minutieuse partie d'échecs et le prochain chef-d'orchestre des partenaires officiels de presque tous les pays concernés . Israel perdait l'assurance d'une protection US sur place et regardait avec méfiance un Hezbollah qui rentrait chez lui victorieux après sa longue guerre en Syrie et renforcé sur ses frontières . Or les services secrets américains et israéliens ne pouvaient laisser cette situation perdurer : La DÉSTABILISATION DU LIBAN ET DE L'IRAQ EN SUBISSENT LE CONTRE-COUP ! C'est bien clair !

    Chucri Abboud

    08 h 24, le 31 octobre 2019

  • L'Iran NPR est aussi impliquée au Chili, en Bolivie en Equateur , à Barcelone etc... et même au gros incendie en Californie, non ? Ah bon pourtant il y a des troubles aussi dans ces pays. Donc qui est derrière ? Looollll....

    FRIK-A-FRAK

    22 h 23, le 30 octobre 2019

  • C’est simple, l’iran n’a pas grand chose a apporter aux peuples de la region excepté du populisme et de l’extremisme religieux, on conseil fortement au Iranien de dégager du Liban, they are unwelcome here. Quand au manifestation, elles ne sont nullement dirigé contre le hezbollah et encore moins contre les chiites, sans qui le liban ne peux las se construire et se developper. Arrêtons de confondre Iran, hezbollah et les chiites libanais. Le premier est un etat faillit et pariat, religieux et extremiste. Le deuxième est son laquais et frole l’anti-libanité et et composé de voyous qui frappent des femmes et enfants a cout de batons au centre ville, et les 3eme sont des libanais tout court. IRAN OUT! and all its garbage with it!

    Thawra-LB

    12 h 14, le 30 octobre 2019

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