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Moyen Orient et Monde

Pourquoi la révolte libanaise résonne avec son époque

Éclairage

Le caractère apolitique, l’absence de leader, l’usage des réseaux sociaux sont autant d’éléments communs entre les nouveaux mouvements sociaux.

29/10/2019

Le pays du Cèdre n’est pas le seul à contester ses dirigeants. Du Chili à Haïti, de l’Équateur à l’Irak, les populations se soulèvent aussi contre ceux qui les gouvernent. Dans les moyens et les méthodes, plusieurs éléments frappent par leurs similarités, au-delà des spécificités propres à chacun de ces nouveaux mouvements sociaux.

Les réseaux sociaux d’abord. Ils sont le fer de lance des mobilisations actuelles. Exit les partis politiques, le cœur des protestations bat au rythme des hashtags. Facebook, Twitter, Instagram ou encore WhatsApp servent de plates-formes organisationnelles. Ces moyens sont représentatifs de ceux qui les utilisent : 41 % de la population mondiale à moins de 24 ans.

Ils créent du lien et sont aussi l’occasion de remettre en question le récit « dominant », celui dont les médias traditionnels sont accusés de faire la promotion au détriment de la « vérité ». Le Financial Times rapporte qu’un reporter télé chilien s’est vu opposer cette remarque d’une manifestante qu’il tentait vainement d’interviewer : « Éteignez vos télévisions, les médias mentent ! Obtenez vos informations des réseaux sociaux ! »

Lors du mouvement des gilets jaunes en France, déclenché en octobre 2018, des scènes similaires étaient survenues, nombre de protestataires prenant à parti les journalistes sur place, fustigés pour leur proximité supposée avec le pouvoir.

Au Liban en revanche, les journalistes ne sont pas stigmatisés dans leur ensemble. Pas de slogan à charge contre les médias, mais des attitudes individuelles qui peuvent être hostiles. À titre d’exemple, à plusieurs reprises, la télévision affiliée au président de la République Michel Aoun, la OTV, s’est vu refuser les commentaires des manifestants qui lui reprochent d’être de parti-pris.

Autre aspect crucial, le caractère spontané et sans leader de ces mouvements. Toutes les institutions politiques et leurs représentants sont remis en question au profit d’un discours rassembleur autour d’un même dénominateur commun. Au Liban, il s’agit du rejet de la corruption et de la démission du gouvernement.

« L’avantage de ces mouvements réside dans leur spontanéité et dans le capacité à rassembler les gens. Leur désavantage réside dans leur incapacité à produire des leaders. Les partis ont perdu la confiance de tous. Et la mobilisation de la société civile n’est pas suffisante dans de telles circonstances », analyse Fawaz Traboulsi, historien et professeur associé à l’Université américaine de Beyrouth. « Au Liban, les gens sont en train de se détacher de leurs anciens partis. La situation actuelle avec le blocage des routes ne pourra pas durer éternellement. Il va falloir s’accorder sur des représentants et sur un plan. Cela prend du temps. Quel programme économique et social alternatif va t-on défendre face à celui du gouvernement ? » ajoute-t-il.


(Lire aussi : « On espère tous que le Liban ne subira pas le même sort que la Syrie »)


Des facteurs communs ?

A priori, peu de liens existent entre les motifs de la colère au Liban et ceux qui animent les manifestants à Santiago ou à Quito. Sauf un. La dénonciation de l’accroissement des inégalités, de la corruption et d’une fiscalité perçue comme injuste.

« Le Liban ressemble beaucoup au Chili et à l’Irak. Tous s’inscrivent dans la nouvelle vague de rébellion contre les politiques néolibérales. Dans ces pays, les populations font face à une augmentation du coût de la vie et l’État n’assure pas ses fonctions de redistribution sociale », analyse M. Traboulsi.

Au Liban, l’annonce d’une taxe sur l’application WhatsApp a tôt fait de mettre le feu aux poudres dans un contexte explosif marqué par l’aggravation de la crise économique et la défaillance des services publics. Un élément déclencheur qui n’est pas sans rappeler la taxe carbone à l’origine du mouvement des gilets jaunes en France.

Aujourd’hui, un an plus tard, en Équateur, c’est l’annonce de la fin des subventions sur les carburants qui suscite la prise d’assaut de la rue. Au Chili, la hausse du prix du ticket de métro a constitué la goutte de trop. Dans certains contextes, les raisons de soulèvement sont plus explicitement politiques. C’est le cas à Hong Kong où la modification de la loi sur les extraditions a fait craindre aux protestataires un renforcement de la mainmise chinoise sur cette région semi-autonome.

Le Liban n’échappe pas aux revendications politiques, bien qu’elles n’aient pas constitué l’étincelle du mouvement. De nombreux manifestants scandent ainsi des slogans contre les partis.

Les cadres dans lesquels ces mobilisations ont lieu diffèrent d’un pays à l’autre, selon l’état des libertés publiques dans chacun d’entre eux. L’espace civique au Liban est plus ouvert qu’en Irak où il est réprimé, ou qu’en Égypte où il est fermé. Ces différences soulignent une prise de risque autrement plus importante dans certains pays que dans d’autres. En Égypte, les accusations de corruption lancées par un homme d’affaires en exil contre le président Abdel Fattah el-Sissi avaient poussé les Égyptiens à descendre dans la rue le mois dernier. Mais la contestation a vite été étouffée, dans un pays où l’armée n’a aucun contre-pouvoir de poids. En Irak, les manifestations qui ont eu lieu tout au long du mois d’octobre ont fait au moins 200 morts là où les manifestations au Liban se sont déroulées de manière relativement pacifique.


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Chucri Abboud

Mais où ont disparu les articles de Scarlett Haddad qui mettaient un peu de vie dans cette feuille de chou qu'est devenu LORIENTLE JOUR ?

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