Éclairage

Médias occidentaux : pourquoi le Liban n’a pas fait la une

La couverture de la révolte libanaise a pâti notamment des évènements dans le Nord syrien.


Un manifestant hier à Beyrouth. Anwar Amro/AFP

Une minute et quinze secondes, pas plus. C’est ce que TF1, la chaîne la plus regardée en France, a accordé à la couverture de la révolte libanaise, trois jours après le début des manifestations, durant le journal télévisé de 13h, dimanche 20 octobre. Loin d’être une exception, même si tous les médias ne peuvent pas être logés à la même enseigne, cet exemple reflète la faible attention accordée par les médias occidentaux à la situation actuelle au pays du Cèdre lors des premiers jours des manifestations.

Si Le Monde ou CNN ont couvert les événements d’emblée, la majorité des médias ont mis plusieurs jours à réagir. Un contraste saisissant avec les chaînes des pays arabes telles al-Jazeera ou al-Arabiya, qui couvrent les manifestations sans répit depuis vendredi.

« Ma famille en France n’a entendu parler des événements qu’à partir de samedi », raconte Estelle, étudiante française habitant à Beyrouth pour l’année.

Comment expliquer ce retard ? « Je pense que c’était peut-être dû à une fatigue vis-à-vis du printemps arabe, une forme de cynisme chez beaucoup de rédacteurs en chef », souligne Nadim Houry, directeur exécutif de l’Arab Reform Initiative, vivant à Paris. « Ils ont dû se dire que ce serait l’affaire de quelques jours seulement, et ils ont mis du temps à comprendre ce qu’il se passait en réalité », ajoute-t-il. La société libanaise semblait plutôt résignée au cours de ces dernières années malgré la détérioration de la situation économique et politique. L’ampleur de la révolte a été, dans ce sens, une surprise pour tout le monde.

« On a décidé de couvrir les manifestations dès le premier jour, comprenant que c’était différent cette fois-ci », raconte pour sa part à L’OLJ Hwaida Saad, correspondante du New York Times à Beyrouth.

Au même moment, la plupart des journaux occidentaux étaient focalisés sur l’offensive turque, lancée le 9 octobre dans le Nord syrien. « C’est vrai que le réveil a été un peu lent. La semaine dernière, je n’ai pas fait de chronique sur le Liban car j’étais concentré sur l’affaire des Kurdes syriens », explique Pierre Haski, président de Reporters sans frontières, qui tient une chronique géopolitique sur France Inter. « Le Liban a pâti de l’affaire des Kurdes, nous étions tous en plein dedans quand les manifestations ont commencé à Beyrouth », renchérit-il.

Depuis, les journaux occidentaux ont tenté de rattraper leur retard. Le Liban faisait hier la une du journal Le Monde, et la plupart des journaux français ont désormais publié plusieurs articles à ce sujet. « Ça s’est un peu amélioré », confirme Nadim Houry, « j’ai l’impression qu’il y a eu une prise de conscience au sein des rédactions durant ces dernières 48 heures ». « Le Liban a toujours été un lieu compliqué avec une histoire difficile à expliquer, mais cette fois, cela devenait plus simple puisque toutes les communautés se révoltaient pour la même raison », dit Hwaida Saad.


(Lire aussi : La révolte libanaise est-elle comparable aux printemps arabes ?)


Baby Shark
Nadim Houry critique néanmoins l’« aspect superficiel » de cette couverture. Une fête à Tripoli relayée sur les réseaux sociaux, la fameuse vidéo de Baby Shark diffusée par BBC, une piscine gonflable au milieu de la foule… De nombreux médias offrent une vision réductrice des manifestations et « sont à côté de la plaque », martèle Nadim Houry. Il remarque notamment que l’aspect féministe de la révolution libanaise n’est que très peu abordé, ce qui est étonnant, « alors qu’on parle tout le temps de la place de la femme dans les pays arabes ». De leur côté, plusieurs médias tels que France Inter, la BBC ou Le Parisien ont tenté de « rattraper le loupé » en rassemblant en une même publication les différentes crises au Chili, à Hong Kong, au Liban ou encore en Espagne. « La comparaison est venue du fait que ces pays se sont tous révoltés pour des raisons semblables », dit Hwaida Saad.

« L’inconvénient, c’est que cela fait disparaître la spécificité libanaise dans cet événement », déplore Pierre Haski. Cependant, il ne décèle pas « une volonté de minimiser ni d’ignorer le Liban » de la part des médias internationaux, et rajoute qu’« en temps normal, cela aurait fait la une ».


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Une minute et quinze secondes, pas plus. C’est ce que TF1, la chaîne la plus regardée en France, a accordé à la couverture de la révolte libanaise, trois jours après le début des manifestations, durant le journal télévisé de 13h, dimanche 20 octobre. Loin d’être une exception, même si tous les médias ne peuvent pas être logés à la même enseigne, cet exemple reflète la...

commentaires (5)

Because l'Occident est paralysé par la PUISSANCE DE L'AXE DE LA RÉSISTANCE LIBANAISE DU HEZB LIBANAIS DE LA RÉSISTANCE. QUE FAUDRAIT IL QU'ILS FASSENT, LÂCHER LEURS LARBINS LOCAUX C'EST TOUT CE QUILS POURRONT FAIRE ? JK

FRIK-A-FRAK

18 h 21, le 25 octobre 2019

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Commentaires (5)

  • Because l'Occident est paralysé par la PUISSANCE DE L'AXE DE LA RÉSISTANCE LIBANAISE DU HEZB LIBANAIS DE LA RÉSISTANCE. QUE FAUDRAIT IL QU'ILS FASSENT, LÂCHER LEURS LARBINS LOCAUX C'EST TOUT CE QUILS POURRONT FAIRE ? JK

    FRIK-A-FRAK

    18 h 21, le 25 octobre 2019

  • Il y a peut être aussi d'autres raisons; si le mouvement populaire libanais réussit cela risque de donner des idées à d'autres peuples, pas seulement en Afrique et au M-O. Toutes les chancelleries des Etats œuvrent à ne pas valoriser ce type de mouvements (Catalogne, Chili, etc.) pour éviter "un appel d'air" ailleurs car aucun pays n'est à l'abri.

    MGMTR

    15 h 45, le 25 octobre 2019

  • C,EST QU,ILS NE SONT PAS CONVAINCUS DU CHANGEMENT !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    11 h 52, le 25 octobre 2019

  • Ensuite , quand il n'y a pas assez de sang écoulé et de violences , le pacifisme ne fait pas la sellette ! Le scoop ne survient que si les batailles font rage .

    Chucri Abboud

    09 h 40, le 25 octobre 2019

  • Les occidentaux s'intéressent plutôt aux kurdes soutenus par Israel ! et pensent que ces tribus belliqueuses sont des gens raffinés ! Le Liban , hélas , n'a plus la côte d'amour des occidentaux depuis belle lurette . Il a trop fait parler de lui depuis des décennies , il a lassé l'opinion internationale qui a tendance à n'y voir qu'un cas incurable . C'est  ce que j'ai toujours perçu dans tous les postes où j'ai travaillé depuis quarante ans .

    Chucri Abboud

    09 h 27, le 25 octobre 2019