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Jour VII : des dizaines de manifestants blessés à Nabatiyé, les principales routes restent fermées

Liban

Des échauffourées entre des manifestants et l'armée qui tentait d'ouvrir les routes ont fait plusieurs blessés. Des images de soldats en larmes, solidaires des manifestants ont également circulé.

OLJ
23/10/2019

Au septième jour de la mobilisation populaire contre le pouvoir, deux éléments marquants sont à retenir : la tentative par l’armée de rouvrir les axes routiers bloqués par les protestataires, et les affrontements entre manifestants et hommes du Hezbollah et de Amal à Nabatiyé, au Liban-Sud.

Des hommes du Hezbollah et du mouvement Amal ont en effet attaqué mercredi les manifestants qui se rassemblent chaque jour, depuis une semaine, sur la place devant le Grand Sérail à Nabatiyé, selon plusieurs témoignages. D’après des manifestants interrogés par L’Orient-Le Jour, des dizaines d’employés de la municipalité de la ville, affiliés au Hezbollah, dont plusieurs étaient armés, ainsi que des partisans du président du Parlement, Nabih Berry, au total une centaine de personnes, se sont infiltrés parmi les manifestants rassemblés et les ont roués de coups.

Selon un manifestant qui a requis l’anonymat, 25 protestataires ont été blessés. Les manifestants ont un peu plus tard réinvesti la place, et de nouvelles bagarres ont éclaté. "Le tandem chiite ne veut plus voir Nabatiyé participer à la révolution. Pour les deux formations, la ville doit rester dans leur giron. Elles interdisent au peuple d'exprimer son opposition", a dénoncé une manifestante qui a également requis l’anonymat. Certaines personnes munies de bâtons ont également empêché des journalistes de filmer sur place. L'armée, présente sur les lieux, s’est finalement interposée entre les deux parties, les manifestants entonnant l’hymne national et répétant "Silmiyé" (pacifique), toujours selon ces témoins.

En soirée, le conseil municipal de Nabatiyé a publié un communiqué pour se défendre. Il affirme avoir chargé la police municipale de rouvrir les routes "après avoir reçu des plaintes" des citoyens et des propriétaires de commerces qui se disent lésés par les mouvements de blocages effectués par les protestataires. Le conseil municipal appelle enfin l'armée et les forces de l'ordre à garder les routes de la ville accessibles, prévenant que si elles ne ne le faisaient pas, la police municipale s'en chargera.


L'armée tente de rouvrir les routes

Ailleurs dans le pays, l'armée tentait de procéder à l'ouverture de plusieurs routes dans plusieurs régions au prix de tensions et d'échauffourées avec les manifestants qui bloquaient ces axes. Ces incidents ont fait plusieurs blessés. Si l'armée veut dégager les axes, elle n'empêche toutefois pas les protestataires de manifester, aussi longtemps qu'ils ne bloquent pas la circulation.

"L'armée se tient à vos côtés et soutient vos demandes justes. La troupe reste engagée à protéger la liberté d'expression et de manifestation pacifique, mais rejette le blocages de routes, les pressions sur les citoyens, et votre instrumentalisation au profit d'actions de vandalisme", a écrit l'armée sur Twitter. "Nous sommes tous Libanais. Nous formons tous une seule famille", a également écrit l'armée sur son compte Twitter en commentant ces images les soldats submergés par l'émotion et solidaires des manifestants.

Selon notre correspondante sur place Suzanne Baalklini, l'armée s'est déployée à Zouk Mosbeh, dans le Kesrouan et Jal el-Dib, dans le Metn, tentant de déloger les manifestants qui bloquaient l'autoroute, mais les protestataires refusent de dégager les voies. L'armée s'est aussi employée à rouvrir les axes d'accès à Saïda, au Liban-Sud.


Des manifestants bloquant l'autoroute de Jal el-Dib, le 23 octobre 2019. Photo Elie Kayal

A Jal el-Dib, le chef des Kataëb et député de la région, Samy Gemayel, un opposant déclaré au gouvernement, est descendu aux côtés des manifestants. En fin de matinée, alors que l'armée, avait, un temps, rouvert la route, les manifestants ont fini par la reprendre, alors que leurs rangs avaient considérablement gonflés. Sur les lieux, un soldat, refusant de faire usage de la force contre les manifestants, a versé quelques larmes submergé par l'émotion.



Maroun, père de quatre enfants, qui tentait de s’opposer à la réouverture de la route, montre son T-shirt déchiré. "La révolution ne se fait pas avec des chansons seulement, ce sont aussi des sacrifices à faire", déclarait-il à notre correspondante sur place.

A Zouk, plusieurs manifestants ont été blessés dans le cadre d'échauffourées avec l'armée. Parmi eux, une jeune fille blessée au genou. Selon notre correspondante sur place, l'armée a divisé les manifestants en deux groupes, les repoussant des deux côtés de la route. L'armée tient ses positions fermement. "J'ai arrêté d'aller au boulot. Les autres doivent nous rejoindre", lançait un jeune, alors qu'autour de lui les rangs des manifestants grossissaient. Elias Hankache, député Kataëb, s'est joint aux manifestants.


(Lire aussi : L’aveul'éditorial de Issa GORAIEB)


Le rond-point de Hammana, dans le Metn, a également été bloqué par des manifestants, une première sur les hauteurs de cette région, depuis le début de la contestation. Et à Achrafié, en face de l'école de la Sagesse, le drapeau des Forces libanaises de Samir Geagea a été retiré par des manifestants et remplacé par le drapeau libanais.

Le député Nehmat Frem, membre du groupe parlementaire affilié au Courant patriotique libre du ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil, a tenté de rejoindre les manifestants à Zouk. "Je suis l'un des vôtres !", a lancé cet homme d'affaire et notable de Kesrouan. "Vous devez démissionner !", lui ont rétorqué des manifestants dans une ambiance tendue, au milieu d'un déploiement massif des militaires. "Je démissionnerai s'il le faut, mais je ne vais pas annoncer ma démission ici", a lancé Nehmat Frem, abondamment hué par les protestataires.


Photo Rita Bou Raad

Dans la matinée, la troupe déployée en masse, hommes et véhicules, a forcé les protestataires à débloquer la route à la hauteur de Nahr el-Kalb, permettant ainsi à la circulation de reprendre dans les deux sens.

A Saïda, des échauffourées ont également opposé des manifestants à l'armée, qui a fini par rouvrir la route à l'entrée nord de la ville. Plusieurs manifestants, qui s'étaient allongés à même la chaussée pour empêcher la réouverture de la voie, ont été blessés, d'autres ont été arrêtés.

Échauffourées entre manifestants et militaires à Saïda, le 23 octobre 2019. AFP / Mahmoud ZAYYAT


Néanmoins, plusieurs routes ont été rouvertes sans heurts par l'armée libanaise, notamment dans le Liban-Sud, où l'autoroute à hauteur de Ghaziyé, Bayssarié, Ansariyé et Adloun. En certains endroits, des tensions avaient opposé dans la matinée les manifestants aux citoyens qui voulaient pouvoir circuler. A Furn el-Chebbak par exemple, ils ont empêché le juge d’instruction militaire Marcel Bassil de passer.


(Lire aussi : Les Eglises maronite et orthodoxe appellent Aoun à répondre aux demandes des manifestants)


A Abbassiyé, au nord de Tyr, des heurts entre l’armée et des manifestants qui fermaient la route principale ont fait quatre blessés, selon des activistes. Les militaires ont pu rouvrir la route pendant la journée. Dans la ville même de Tyr, les manifestants ont marché de la place où ils se rassemblent chaque jour vers la branche de la BDL dans la ville, aux cris de "Riad Salamé voleur, à bas les banques", selon des habitants. "Nous voulons la restitution de l’argent volé", criaient encore les manifestants, qui évitent, depuis les affrontements de la semaine dernière avec les partisans d’Amal, de s’en prendre nommément aux responsables politiques.

Sur la place des martyrs, dans le centre-ville de Beyrouth, les contestataires ont nettoyé les lieux en matinée, comme chaque jour. Le centre-ville est, depuis le début de la mobilisation, jeudi, le centre névralgique de la contestation. Une mobilisation qui n'a pas faibli, au contraire, depuis l'annonce, lundi, par le Premier ministre Hariri d'une liste de réformes économiques drastiques. Les manifestants réclament toujours la chute du gouvernement. Faute de réformes structurelles promises, le Liban est toujours dans l'attente du versement d'une aide de 11 milliards de dollars promise en avril dernier par les pays donateurs.

A travers le pays, les banques, écoles et universités sont elles restées fermées jusqu'à nouvel ordre.


L'autoroute du Ring, à Beyrouth, bloquée par les manifestants, le 23 octobre 2019. Photo Mohammad Yassine








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Bery tus

Que SONT ALLER FAIRE SAMY GEMAYEL ET HANKACHE 2 MEMBRE DE L’APPAREIL DE L’ÉTAT ?!?!? Ne sont ils pas députés ?!?! ONT ILS ANNONCÉS LEUR DÉMISSION ?!?!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HONTE AU HEZBOLLAH ET AMAL A H.N. ET BERRY DONT LES FANATIQUES INTIMIDENT ET FRAPPENT LES MANIFESTANTS LIBRES DE LA COMMUNAUTE CHIITE POUR LES OBLIGER A SE RETIRER DES MANIFESTATIONS. HONTE ! VOTRE CHUTE EST PROCHAINE.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QU,EST-CE QU,IL FOUT LA SAMI GEMAYEL... EST-CE POUR DONNER DES RAISONS AU HEZBOLLAH QUE LES MANIFESTATIONS SONT POLITIQUES ? SAMI, DEGUERPISSEZ SANS RETARD. CA NE TE REGARDE PAS. CA REGARDE LE PEUPLE LIBANAIS DANS TOUTES SES COMPOSANTES.

Honneur et Patrie

C'est de l'ingratitude totale de s'opposer à un soldat de l'armée libanaise, unique rempart de l'Etat républicain contre tous les dangers qui le guettent de toutes parts intérieures et extérieures.
Aux prochaines élections législatives, ne votez pas pour les voleurs de l'argent de la Nation.

ON DIT QUOI ?

Il est temps que les choses sérieuses se mettent en route.

On demande à voir comment va re démarrer l'État libanais, fort nouveau et libre, après cette claque donnée aux dirigeants laxistes.

Que des déceptions, des cris et des chuchottements à venir.

Thawra-LB

Oui, quand le HEzb et Amal et le CPL ont paralysé le centre ville de 2006 a 2009, ainsi que la presidence de 2014 a 2016 personne n'a ouvert sa bouche. En fait, certains s'en sont rejouis.

Maintenant que les manifestations ne sont pas controlable par la classe politique on appelle soudainement a "l'intervention de l'armée". Allez oustttt on en veux plus de cette classe pourris jusqu'a la moelle, et de cette ancienne generations qui a conduit le pays au bord du gouffre depuis 40 ans. KELLON YAANE KELLON!

ON DIT QUOI ?

Les manifestations bien que légitimes et fondées ne devraient pas permettre un blocage qui paralyserait le reste du pays.

Ni d'ailleurs les services médicaux ni les banques.

Dans l'urgence l'armée se doit d'intervenir.

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