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Liban

Place des Martyrs, le PSP « fait entendre sa voix » au pouvoir

Partis

« Il est temps que le sexennat respecte ses engagements en matière de réformes », affirme Walid Joumblatt à « L’OLJ ».

Yara ABI AKL | OLJ
15/10/2019

Après les mouvements contestataires organisés par la société civile, c’est le Parti socialiste progressiste de Walid Joumblatt qui a décidé de manifester hier pour exprimer son ras-le-bol quant à la crise économique grave dont souffre le pays, ainsi que contre les multiples atteintes aux libertés publiques enregistrées récemment. L’occasion aussi pour le PSP de se livrer à une violente diatribe tant contre le sexennat du général Michel Aoun que contre le Courant patriotique libre et son chef, Gebran Bassil.

À l’initiative du département des jeunes et des étudiants au sein du PSP, des centaines (plus de deux mille personnes, selon les organisateurs) de membres et sympathisants de cette formation se sont rassemblés devant le siège du parti à Wata Mousseitbé, avant de se diriger vers la place des Martyrs du centre-ville de Beyrouth, au moment où le gouvernement était réuni au Grand Sérail. Une façon pour les joumblattistes de « faire entendre (leur) voix », comme l’indiquait le thème de la manifestation. Le slogan du mouvement contestataire joumblattiste rappelle notamment la polémique suscitée, il y a une semaine, par le ministre de l’Environnement, Fady Jreissati (Courant patriotique libre), qui avait appelé les citoyens qui ne pratiquent pas le tri à la source à ne pas lui faire entendre leurs voix.

Les députés et ministres joumblattistes, mais aussi plusieurs figures hostiles à la ligne politique actuelle, ont pris part à la manifestation, notamment les anciens députés Farès Souhaid, Fadi Habre (Kataëb) et Antoine Zahra (Forces libanaises), mais aussi Mouïn Mereebi, ancien ministre d’État pour les Affaires des réfugiés (courant du Futur).


(Lire aussi : Hariri choisit d’éviter l’épreuve de force avec Bassil)



Rapports fortement perturbés

Bien au-delà de l’effectif des participants à la manifestation, celle-ci ne saurait être isolée du contexte politique tendu dans lequel elle s’est tenue. Elle est intervenue à l’heure où les rapports entre le leader de Moukhtara et le tandem Baabda-CPL sont fortement perturbés, moins de deux mois après la rencontre, le 24 août, entre le président de la République, Michel Aoun, et Walid Joumblatt, à Beiteddine, pour un retour à la normale après les accrochages sanglants de Qabr Chmoun (caza de Aley) du 30 juin dernier.

En témoignent, bien entendu, les récentes et violentes critiques lancées par M. Joumblatt contre le pouvoir en place, et son forcing dans le sens de la mise sur pied d’un budget 2020 qui inclurait les réformes exigées par la communauté internationale, dans le cadre du programme de la conférence de Paris, dite CEDRE (avril 2018). C’est d’ailleurs spécifiquement dans ce cadre que Walid Joumblatt place la manifestation d’hier, la première du genre pour le PSP depuis la mise sur pied du compromis politique élargi de 2016 qui a mené Michel Aoun à la tête de l’État. Contacté par L’Orient-Le Jour, M. Joumblatt explique que son parti a toujours manifesté. « Mais dans certaines phases, nous prenions en compte notre présence au sein des gouvernements successifs », précise-t-il.

« Sauf qu’aujourd’hui, la situation ne tolère plus d’atermoiements. Il est grand temps que le sexennat remplisse ses engagements en matière de réformes. Nous attendons celles-ci chaque semaine lors des séances du Conseil des ministres, mais sans aucun résultat concret », ajoute le leader druze, avant de rappeler que « si les réformes ne sont pas approuvées, c’est le pays tout entier qui perdra ». Walid Joumblatt n’a jamais caché son opposition au mandat Aoun, en dépit de la présence de son parti au sein du gouvernement Hariri. Un positionnement dont il semble plus que jamais convaincu. « Il est vrai que nous faisons partie du gouvernement que nous ne quitterons pas. Mais cela n’occulte aucunement notre opposition en matière de réformes », affirme le leader druze, avant de poursuivre : « Il est vrai que notre projet concernant ces réformes n’a pas été adopté. Mais ils (la caste politique) feraient mieux de commencer par (collecter les revenus des) les biens-fonds maritimes, un point qui fait l’unanimité des protagonistes. »


(Lire aussi : Geagea : Le mot secret est « les réformes »)



Le discours incendiaire de Bou Faour

De son côté, dans un discours incendiaire devant les manifestants, le ministre de l’Industrie, Waël Bou Faour, a adressé de forts messages politiques, aussi bien à Michel Aoun qu’au Premier ministre, Saad Hariri, et au chef du CPL.

« Vous voyez comment des appareils de sécurité quasi oubliés et qualifiés d’inutiles et d’inefficaces tels que la Sécurité de l’État se sont transformés en une police secrète chargée de poursuivre les gens libres qui croient en la démocratie », a-t-il affirmé.

M. Bou Faour réagissait ainsi aux arrestations, par la Sécurité de l’État, de membres du PSP qui avaient critiqué le pouvoir en place sur les réseaux sociaux avec, en toile de fond, la récente crise économique et sociale.

« Nous ne permettrons pas que le pouvoir instrumentalise certains appareils de sécurité », a-t-il enchaîné, avant d’exhorter Saad Hariri « à user de toutes ses prérogatives pour tracer des limites (au pouvoir) de la Sécurité de l’État, et à tous ceux qui osent s’en prendre aux activistes ».

« Vous vous rassemblez place de la liberté, alors qu’ils (les partisans du CPL) ont rempli celle de l’esclavage. Vous vous rassemblez dans la place de l’unité nationale pour défendre les libertés et la démocratie, victimes de nouvelles agressions, à commencer par le (procès contre) le quotidien Nida’ al-Watan et les convocations de journalistes et activistes. » Se livrant à une virulente attaque contre le tandem Baabda-CPL, Waël Bou Faour n’a pas mâché ses mots : « Par le passé, vous avez bloqué la formation des gouvernements pour nommer ceux qui ont perdu les élections à des postes ministériels. » Allusion au blocage, par Michel Aoun, du processus de formation du premier cabinet de Saad Hariri pour obtenir la nomination de Gebran Bassil, alors candidat malheureux aux législatives de juin 2009.


(Lire aussi : Réformes : pourquoi les élites libanaises traînent des pieds)



Et le ministre de l’Industrie de poursuivre à l’adresse du pouvoir : « Vous avez bloqué le pays pendant des années pour arriver à la présidence de la République. Vous êtes la cause de la paralysie du pays. » « Les gens libres en ont assez de vous. Et il est temps que le peuple vous demande de partir », a encore déclaré le ministre.

Réagissant à la « théorie du complot » brandie par certaines figures gravitant dans l’orbite de Baabda pour expliquer la dernière crise économique, M. Bou Faour s’est demandé comment un camp politique qui « confisque la décision politico-sécuritaire, qui contrôle tous les ministères, mais aussi l’économie nationale, peut-il se plaindre de complots ».

Regagnant après la manifestation la réunion du gouvernement, M. Abou Faour a affirmé aux journalistes : « Je n’ai dit que dix pour cent de ce que j’avais dit en Conseil des ministres. »


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Pierre Hadjigeorgiou

Pour une fois qu'ils disent la vérité et qu'ils sont du bon coté des tranchées, nous n'allons pas commenter. C'est le signe que les Druzes commencent a comprendre que leurs intérêts et celui du Liban est identique a celui des Chrétiens. Cependant je voudrais souligner et rappeler une petite chose a ceux qui croient que le Hezbollah et le CPL peuvent se permettre tout et n'importe quoi et que, et que, etc...
Le Hezbollah, a travers ses mercenaires du CPL, a essayé de museler le PSP avec l'affaire de Qabr Chmoun. Juste après cela les Israéliens ont détruit une petite usine au Hezbollah au sein même de la banlieue sud leur prouvant que ceux ci détiennent encore la puissance de nuisance que l'ont ne connait que trop bien mais aussi que qui qui s'approche trop de Joumblatt c'est se frotter a Israël. Du coup le cas s'est éteint et personne n'a trouvé a redire et le cas a été classé.
Celui-ci a repris du poil de la bête et maintenant se permet ouvertement de demander la chute du régime présent... Le Hezbollah sachant qu'il est impuissant contre les FL, puisqu'il a tout fait pour les isoler, réduire leur présence politique etc... en vain, il a pu neutraliser Hariri le faible, et finalement essayé de réduire le PSP mais c'est raté. Il n'avait pas compté avec Israël qui est prête a en découdre "Big time" s'il touche a Joumblatt... Je leur souhaite bonne chance!

Mounir Doumani

J'avais la vague impression que le PSP est une des "composantes" essentielles du pouvoir et qu'il avait des ministres au gouvernement...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

VAUT MIEUX LA FAIRE ENTENDRE DIRECTEMENT PLUTOT QUE DANS LA RUE !

ON DIT QUOI ?

Vous verrez que les joumgirouette et les geagix seront les 1ers à suivre les pas de Bassil direction Damas.

Paris ouverts.

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