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Liban

Hariri choisit d’éviter l’épreuve de force avec Bassil

Liban-Syrie

Le Premier ministre formule quand même une réserve : la visite à Damas n’engage pas l’exécutif.

15/10/2019

C’est une réaction nuancée, dans la forme aussi bien que dans le fond, que le Premier ministre Saad Hariri a exprimée hier, suite à l’annonce tonitruante par le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, de son intention de se rendre prochainement en Syrie. En déclarant de manière on ne peut plus claire que cette visite ne concerne que le chef du CPL et n’engage pas l’exécutif, et qu’elle ne devrait en aucun cas servir de prétexte pour un retour intempestif du régime syrien, M. Hariri a tracé les lignes rouges minimales attendues sur un sujet aussi sensible et épineux.

« Si le chef du CPL veut se rendre en Syrie pour discuter du retour des déplacés syriens, c’est son affaire... c’est le résultat qui importe », a dit le chef du gouvernement en allusion aux objectifs fixés par M. Bassil qui s’est engagé à assurer le retour des réfugiés chez eux et à œuvrer en vue donner de l’oxygène à l’économie libanaise, notamment par le biais du poste-frontière syro-irakien de Boukamal.

Autant d’objectifs que M. Hariri a souhaité voir se réaliser, notamment le rapatriement des réfugiés, tout en mettant en doute les intentions à ce sujet du régime syrien qui n’a jamais démontré à ce jour une réelle volonté de s’atteler sérieusement au règlement de ce dossier. À ce jour, Damas n’a accepté d’accueillir des réfugiés qu’au compte-gouttes, par le biais d’un mécanisme d’un retour dit volontaire que coordonne la Sûreté générale.

Le Premier ministre a d’ailleurs pris soin de s’adresser hier à M. Bassil en tant que chef du CPL et non pas en tant que ministre des Affaires étrangères en évoquant la visite à Damas, une manière de marquer les frontières en laissant entendre qu’en sa qualité de chef d’un courant politique, il a la latitude d’effectuer les visites qu’il souhaite, mais ne peut par contre le faire en tant que ministre des Affaires étrangères représentant le Liban. Un avis réitéré en soirée par le ministre de l’Information du même bord, Jamal Jarrah, à l’issue du Conseil des ministres.


(Lire aussi : Place des Martyrs, le PSP « fait entendre sa voix » au pouvoir)



Une réaction timorée

Judicieusement dosée à la mesure de la complexité de la position dans laquelle se trouve M. Hariri, lié par un compromis présidentiel qui lui impose au quotidien un jeu d’équilibriste, sa riposte aux propos du chef du CPL a suscité des réactions mitigées. Si elle n’est pas « assez ferme » face au ton provocateur de M. Bassil, la réponse de M. Hariri a le mérite, font valoir certains analystes, de répercuter son souci majeur, à savoir la priorité à accorder à la situation économique et financière drastique qui requiert un minimum de stabilité et d’entente au sein de l’exécutif. M. Hariri a insisté sur cette priorité dans son communiqué, en rappelant qu’il cherche à éviter les polémiques en ces temps difficiles, sa préoccupation étant principalement de juguler la crise économique. Faute de quoi, a-t-il dit, « la table se renversera d’elle-même sur la tête de tout le monde ». Il répondait par là à M. Bassil qui, la veille, avait appelé le chef de l’État à « taper du poing sur la table » pour résoudre la crise, ajoutant : « Nous sommes prêts à renverser la table. »

C’est ce qui fera d’ailleurs dire à un membre du bureau politique du courant du Futur, Moustapha Allouche, que M. Bassil sait pertinemment que l’urgence économique « est en tête des priorités de M. Hariri. En suscitant un sujet aussi controversé, il cherche à exercer un chantage sur le chef du gouvernement, mais aussi sur l’ensemble des Libanais en leur faisant miroiter la promesse d’une amélioration des échanges commerciaux et un allégement de la pression après le départ des réfugiés », affirme-t-il à L’Orient-Le Jour.

Joignant l’acte à la parole, le Premier ministre a d’ailleurs refusé, hier, de laisser libre cours aux échanges, qui s’annonçaient houleux autour de cette question en Conseil des ministres, en limitant les discussions sur le budget uniquement.

Depuis le Canada où il se trouve en tournée, le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, avait souhaité que le gouvernement prenne position et « reconnaisse que les propos de Bassil relèvent de la prise de position personnelle, et pas de celle de l’exécutif ».


(Lire aussi : Aoun : Le destin du Liban est d’être une terre de rencontre)



FL et PSP montent au créneau

Les FL, qui sont quasiment les seules, avec le Parti socialiste progressiste, à contester avec autant de virulence toute tentative de normalisation avec Damas, sont montées au créneau hier pour dénoncer une visite « éminemment politique » que le chef du CPL cherche à rentabiliser auprès du Hezbollah et de Damas. « M. Bassil a été vraisemblablement mandaté par Hassan Nasrallah (le secrétaire général du Hezbollah) pour orchestrer cette visite », affirme un responsable FL qui a requis l’anonymat à L’OLJ, en allusion à la réunion de près de sept heures qui a eu lieu entre les deux responsables, jeudi dernier.

Plusieurs analystes s’accordent à dire que l’annonce surprise du chef du CPL dimanche lui aurait été insufflée lors de ce tête-à-tête. Selon le responsable FL, M. Bassil est désormais mis à l’épreuve par le parti chiite qui attend de voir s’il va passer le test de faire avaler la pilule de la visite à Damas et défier ceux qui lui résistent. « S’il le réussit, c’est la présidence qui lui sera promise », affirme le responsable FL. Des propos qui font écho au discours incendiaire prononcé hier par le ministre de l’Industrie, le joumblattiste Waël Bou Faour, lors d’une manifestation organisée par le PSP à Beyrouth pour protester contre le musellement des activistes et la répression des libertés publiques, ainsi que contre la crise économique (voir en page 3). Évoquant la visite que compte entreprendre M. Bassil en Syrie, M. Bou Faour a accusé à son tour ce dernier de cacher ses intentions réelles « parce qu’on lui a dit que la route vers la présidence libanaise passe par Damas ». Le prix à payer en retour serait « la restitution de la légitimité politique à Bachar el-Assad », comme l’a souligné hier M. Geagea.


(Lire aussi : Bassil franchit un nouveau cap : Je me rendrai à Damas)



Pour sa part, le chef du PSP Walid Joumblatt a appelé sur Twitter à « se souvenir que (les Syriens) sont entrés au Liban au prix du sang de Kamal Joumblatt et en sont sortis au prix du sang de Rafic Hariri ». « Vous falsifiez l’histoire et méprisez vos sacrifices et les nôtres. Vous pillez le pays et détruisez Taëf », a accusé M. Joumblatt en s’adressant au chef du CPL.

Moustapha Allouche s’est félicité pour sa part du fait que M. Hariri ait rappelé à qui veut l’entendre que « c’est le sang de Rafic Hariri qui a renvoyé l’armée syrienne en Syrie ».

Le responsable a toutefois regretté que la riposte de M. Hariri n’ait pas été « assez ferme » pour rappeler à M. Bassil et au chef de l’État que c’est précisément « le retrait des troupes syriennes qui a permis à Michel Aoun d’accéder à la présidence de la République à la faveur d’un compromis » consenti par Saad Hariri.


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Lebinlon

"avec Bassil" est superflu dans le titre.
avez-vous deja vu Harriri engager une epreuve de force avec qui que ce soit ?

Tony BASSILA

Dans une autre démocratie, le ministre Bassil aurait été limogé de suite, pour avoir gravement dérogé à ses attributions et responsabilités politiques. Les propos de M. Bassil sont certainement le fruit d’une décision prise lors de sa récente réunion avec le chef du Hezbollah sheikh Hassan Nasrallah. Est-ce le rôle du chef d’un parti certes armé jusqu’aux dents et très puissant, qui plus est, n’a d’allégence qu’à un pays étranger non Arabe, de dicter ou imposer un volet si important de la politique étrangère du pays ? Hélas, au Liban cela semble bien être le cas, suite aux propos de M. Bassil qui est entièrement responsable et redevable devant son patron le Premier Ministre qui malheureusement a préféré l’apaisement à la fermeté envers son ministre des affaires étrangères. C’est triste et regrettable.

Remy Martin

Monsieur le PM si vos voulez sauver votre carrière politique il ne vous reste qu'une seule chose à dire à un certain ministre: "YOU'RE FIRED!"
Les vrais Libanais vous en seront reconnaissants et prêts à en assumer les conséquences.

ON DIT QUOI ?

La question des prisonniers libanais en Syrie est très sérieuse et mérite une réponse .

Si Bassil pouvait revenir avec ne serait ce qu'un semblant de réponse cela serait un exploit souhaité par tous .

Je suggererais entre temps que ceux qui soulèvent à juste titre cette question qu'ils fassent comme les résistants du hezb libanais de la résistance qui s'est jeté dans la fournaise en 2006, qui a réussi à libérer à la suite de cette victoire , les derniers prisonniers libanais et même quelques palestiniens , et même un prisonnier à qui l'usurpation avait dit que l'homme qui le libérerai n'est pas encore né, il s'agit de Samir Kantar le druze du chouf.

Et JE VOUS JURE DEVANT DIEU QUE PERSONNE N'IRA DIRE À CES VAILLANTS RÉSISTANTS QUI AURAIENT RÉUSSI CET EXPLOIT DE LIBERER NOS PRISONNIERS LIBANAIS , QU'ILS N'AVAIENT PAS À LE FAIRE PARCE QUE "S'ILS AVAIENT SU" . ........ bla bla bla .....

LA VERITE

le gendre fera accepter quelques dixaines de milliers de syriens refugies a retourner en Syrie, cela est sur car HN le lui a promis , autrement il n'oserait pas aller pour essuyer un refus qui sera catastrophique pour son but d'acceder a la presidence et a son prestige

IL REVIENDRA EN HERO ET JUSTIFIERA SA VISITE PAR LES RESULTATS OBTENUS tout en negligeant de recuperer les prisonniers encore vivant ou leurs corps pour les morts


Quand au premier ministre , sa faiblesse est tellement visible qu'il faudrait en pleurer

C'est bien un ministre des affaires etrangeres qui a parle au NOM DU LIBAN a la ligue Arabe et c'est bien un ministre des affaires etrangeres du Liban qui va en Syrie et pas un chef de parti

C'est bien un ministre qui a dit "« Nous sommes prêts à renverser la table. »

Honte a vous M Bassil et honte a vous M Harriri de vouloir eviter une epreuve de force aujourdh'ui qui sera encore plus difficile a executer demain car evidement HN ne s'arretera pas la

Demain la justice international nommera implicitement les membres de HB donc de la Syrie qui ont tue votre pere et des dizaines d'autres personalites Libanaises et vous direz " priorite a l'economie, PASSONS "

UNE FAIBLAISSE QUI VOUS COUTERA CHER UN JOUR
AGISSEZ FERMEMENT AUJOURDH'UI AVANT DEMAIN
EXIGER LA DEMISSION DE CE PYROMANE OU PRESENTEZ LA VOTRE, LE PEUPLE EST AVEC VOUS PAS AVEC LE GENDRE

gaby sioufi

et rebelote !
NO NEWS HERE- encore moins un scoop !
les des on ete jetees depuis 2006/2016.
sans espoir de les ramasser et en annuler les effets

Bery tus

Mais une question à ceux qui veulent une normalisation ... ou sont passer les prisonniers politique libanais détenus en Syrie ?!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

EVITER LE COUP DE FORCE AVEC LE GENDRE OU AVEC CEUX QUI LUI DONNENT LES ORDRES QU,IL EXECUTE POUR LEUR PLAIRE ET EN PENSANT A SON AVENIR POLITIQUE CAR SANS EUX... UN ZERO !

Chucri Abboud

Cheikh Saad a pris une attitude pleine de sagesse : Il a probablement suivi en ce sens les conseils de Poutine !
Tout ce problème des réfugiés pase par Poutine l'incontournable , qui saura certainement rassurer tout le monde ici .

ON DIT QUOI ?

Bassil fait le bon choix , le choix du progrès vers des solutions au drame des réfugiés syriens et des libanais qui souffrent de cette présence, dans toute politique il faut des gens volontaires qui font bouger les lignes .

Bassil fait partie du camp des vainqueurs , des résistants.

On verra après qu'il aura fait sauté le verrou la cohorte de ministre, politicien etc... se rendre à Damas , sans compter les prédateurs occidentaux qui s'y rendront pour remercier le héros BASHAR d'avoir protègé les kurdes abandonnées par eux .

Il est temps que le Liban nouveau se prenne en main et décide pour lui meme à l'ombre des intérêts des résistants.

Zovighian Michel

Non Monsieur Hariri ce n'est pas son affaire. C'est l'affaire du Premier Ministre et du Gouvernement. De cette façon vous lui donner carte blanche de négocier et de décider pour nous tous.

Si Bassil veut aller en Syrie, qu'il commence par expliquer au gouvernement son plan d'action. Le Gouvernement devrait définir les limites de son intervention et lui interdire de prendre des décisions ou faire des concessions. Nous avons des douzaines d'accords avec le régime Syrien établis entre 2000 et 2015 qui n'ont plus raison d'être et qu'il faudrait démanteler.

La réunion nocturne entre Bassil et Nasrallah n'est pas innocente et la volonté soudaine de Bassil de se rendre en Syrie fait partie d'un grand plan qui inclurait de ramener une centaine de milliers de réfugiés en Syrie pour en faire de lui un "héro".

On nous réserve une mauvaise surprise qui ne tarderait pas à se manifester.

FAKHOURI

Quo vadis M.Saad Hariri ?
Avec Gebran Bassil la conciliation montre votre faiblesse de PM
mettez Bassil hors du gouvernement
sinon vous risquez votre credibilité

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