Rechercher
Rechercher

À La Une - Syrie

Les Kurdes pleurent la fin du Rojava

Chassés par l'offensive d'Ankara dans le nord syrien, des dizaines de milliers de civils ont dû prendre la route de l'exode, certains pour la deuxième ou la troisième fois. L'accord conclu dimanche entre le régime Assad et les autorités kurdes, à la demande de ces derniers, afin de se protéger d'une menace turque perçue comme existentielle, pourrait signer le crépuscule du “Rojava", la région kurde de facto autonome de Syrie. Ceux qui ont fui craignent d’avoir perdu leur "patrie" pour toujours.

Des déplacés syriens fuyant sur un camion l'offesnive turque en Syrie, le 11 octobre 2019 à Tal Abyad. AFP / Delil SOULEIMAN

Lorsque Imane Haj Mamo a entendu les premiers avions, elle n'y a d'abord pas prêté attention, croyant reconnaître le bruit des jets de la coalition internationale qui combattent le groupe État islamique. Puis les bombes turques sont tombées. Elle est partie de chez elle sans rien emporter - pas même les médicaments de sa fille malade - et a trouvé refuge dans une salle de classe avec ses enfants et deux autres familles dans une école primaire de la ville de Hassaké. Femmes et enfants ont fui la bourgade frontalière de Ras el-Aïn mercredi 9 octobre, au début de l'offensive turque, tandis que leurs maris sont restés pour défendre leur maison.

Cette mère de quarante ans ne connaît que trop bien l'exode. Elle avait déjà dû fuir Alep en 2012 lors des affrontements entre les rebelles et le régime de Bachar el-Assad. Elle avait alors trouvé refuge à Kobané. Puis le groupe État islamique est arrivé et a tué son père et son frère aîné. Il a alors fallu fuir de nouveau. Elle vivait à Ras el-Aïn depuis cinq ans lorsque la guerre est à nouveau venue frapper à sa porte. Sa voix s'effrite. En larmes, elle se demande : "Où irons-nous ensuite ?"

Acculées, les autorités kurdes de Syrie, "abandonnées" par Washington, ont finalement annoncé dimanche 13 octobre avoir passé un accord avec le régime Assad, sous l'égide de la Russie, pour permettre le déploiement de l'armée syrienne dans le nord du pays. Le but : s'opposer à l'avancée rapide des troupes turques et de leurs supplétifs. En échange de leur protection, les Kurdes offriront notamment à Damas les villes de Manbij et Kobané, selon des responsables.

Au gré des batailles et des allégeances politiques mouvantes, les Kurdes étaient parvenus, au fil du conflit syrien, à bâtir leur région de facto autonome. Celle-ci vient vraisemblablement de s'effondrer, signant la fin du "Rojava" en tant que projet politique. Désormais, personne ne sait à quoi ressemblera l'opération d'Ankara, lancée il y a six jours à la faveur d'un retrait américain et malgré de vives critiques internationales. Le président Recep Tayyip Erdogan avait juré de créer une "bande de sécurité" à la frontière, profonde de 32 kilomètres, pour repousser les forces kurdes, considérée par la Turquie comme une organisation terroriste. Les deux armées turque et syrienne vont-elles s’affronter ? Si la course à la conquête de l’est a débuté, un accord pour la répartition des zones, sous l’égide des Russes, pourrait prévaloir.

Depuis mercredi, 104 combattants kurdes et plus de 60 civils ont été tués dans les violences, selon un dernier bilan de l'OSDH.



(Lire aussi : Poutine et Assad prêts à récupérer leur mise)



"Je ne suis pas Che Guevera "
Au poste-frontière de Semalka, à la frontière irako-syrienne, plusieurs dizaines de voiture faisaient la file dès six heures du matin lundi 14 octobre, espérant trouver refuge au Kurdistan irakien. Mohammed Ali, 58 ans, accompagne sa femme et ses deux filles, qu'il veut mettre en sécurité de l'autre côté de la frontière. "Cette crise avec la Turquie, c'est sans précédent. Nous n'avions pas d'autres choix que de passer un accord avec le régime," estime ce kurde de Tell Ahmar. Sur la plaine aride, l'aurore ressemble à s'y méprendre à un crépuscule. "C'est une bonne solution. Je pense que le régime prendra juste les postes-frontière et pas le contrôle du Rojava".

Selon les Nations unies, au moins 130 000 civils ont fui les combats en moins d'une semaine. Samedi, ils étaient des dizaines de familles à se presser contre les portes closes de Semalka. Peau flétrie et yeux éraillés par la guerre, l'Odyssée de Maryam Ibrahim l'a amenée jusqu'aux rives du Tigre. "Je ne peux plus pleurer, je n’ai plus de larmes à verser. Je ne peux pas marcher, mes jambes ne me portent plus. Je veux simplement que Dieu arrête cette guerre," plaide la matriarche de 70 ans, les yeux humides. "Nous n’avons rien fait de mal, nous souhaitons seulement vivre dans notre patrie. Il y a eu tellement de morts déjà. Il faut que la communauté internationale intervienne. Mais je crois que nous n’avons que des ennemis. C’est l’opinion de la vieille femme que je suis".

Autour d'elle, les enfants sont inconsolables, les yeux habillés du sel de leurs larmes. "Dans la région de Qamechli, d'où je viens, il n'y avait pas la guerre comme à Damas ou à Alep. Aujourd'hui les Turcs nous attaquent," soupire Shayda Issa, 17 ans, les joues rongées par une acné juvénile. "J'ai peur que ma famille soit tuée. Je ne peux pas aller me battre, je ne suis pas Che Guevara. La seule option, c'est de fuir." L'adage qui dit que "les Kurdes n’ont pour amis que les montagnes" n'a jamais sonné aussi vrai.


Lire aussi

« Que veut-il de nous Erdogan ? »

À la frontière syro-turque, les Kurdes contraints de fuir

Le syndrome kurde, l'édito de Issa GORAIEB

Offensive turque en Syrie : des gains potentiels, mais aussi des risques pour Ankara

La revanche turquele commentaire d'Anthony SAMRANI

Offensive turque en Syrie : le risque d'une grande évasion de jihadistes



Lorsque Imane Haj Mamo a entendu les premiers avions, elle n'y a d'abord pas prêté attention, croyant reconnaître le bruit des jets de la coalition internationale qui combattent le groupe État islamique. Puis les bombes turques sont tombées. Elle est partie de chez elle sans rien emporter - pas même les médicaments de sa fille malade - et a trouvé refuge dans une salle de classe avec ses...

commentaires (2)

LA FIN DE ROJAVA... LACHE PAR LE POLICHINELLE... SERA AUSSI LA FIN D,ERDO L,OTTOMAN.

L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

13 h 45, le 14 octobre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (2)

  • LA FIN DE ROJAVA... LACHE PAR LE POLICHINELLE... SERA AUSSI LA FIN D,ERDO L,OTTOMAN.

    L,EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    13 h 45, le 14 octobre 2019

  • Les kurdes pleurent beaucoup de chose en ce moment , mais ce qu'ils pleurent le plus c'est la trahison des usa du clown et de leurs allies régionaux, surtout du pays usurpateur . Et l'axe de la resistance avec poutine à la tête de cet axe qui rit et rit très fort hahahahaha, de voir les amerloques pris entre 2 feux et ne pouvant agir dans un sens ou dans un autre . Le général asper vient à l'instant de le reconnaître. On lui disait de se rendre face à l'Iran NPR plutôt tôt que tard , la facture risquera d'être très salée. Yanky go home !

    FRIK-A-FRAK

    12 h 58, le 14 octobre 2019

Retour en haut