Rechercher
Rechercher

À La Une - Contestation

Violences meurtrières en Irak : Sistani accuse le gouvernement

La plus haute autorité chiite du pays a donné "deux semaines" aux autorités pour annoncer les résultats de leurs enquêtes

Des miliciens irakiens du groupe Liwa al-Toufouf photographiés près d'un portrait du grand ayatollah Ali Sistani, plus grande autorité chiite d'Irak, à Kerbala le 30 août 2019. Photo d'archives AFP

Le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité chiite d'Irak, a tenu vendredi le gouvernement pour responsable de "l'effusion de sang" lors des récentes manifestations contre le pouvoir, marquées par des violences meurtrières. Le dignitaire irakien, qui passe pour faire et défaire les gouvernements, a en outre donné "deux semaines" aux autorités pour annoncer les résultats de leurs enquêtes, dans son prêche de vendredi lu pour lui par un représentant.

Du 1er au 6 octobre, plus de 100 personnes ont officiellement été tuées lors de rassemblements appelant à "la chute du régime", en grande majorité des manifestants abattus par balles, et 6.000 blessées.

"Le gouvernement et les forces de sécurité sont responsables de l'effusion de sang", a lancé Abdel Mahdi Karbalaï, l'un des deux représentants du grand ayatollah Sistani. "Le gouvernement est responsable quand, sous le regard des forces de l'ordre, des tireurs hors-la-loi visent des manifestants et les abattent ou attaquent des médias pour terroriser leurs employés", a-t-il affirmé.

Les autorités assurent que des "tireurs non identifiés" embusqués sur des toits ou infiltrés parmi manifestants et forces de l'ordre ont tiré sans distinction sur les deux parties. Manifestants et défenseurs des droits humains assurent, eux, que les forces de sécurité irakiennes ont participé à la répression du mouvement social, parti de Bagdad avant de gagner l'ensemble du sud du pays.

"Ce qui s'est passé démontre une violence sans borne, qui dépasse toutes les limites de l'imagination", a poursuivi Ali Sistani. Le grand ayatollah a ensuite appelé les autorités à agir "pour mettre fin aux menaces, aux coups, aux enlèvements, aux tirs embusqués et aux violences de ceux qui croient pouvoir jouir d'une totale impunité".



(Lire aussi : En Irak, la frange la plus dure du camp chiite se renforce après les violences)



Soutien
Le 4 octobre, le dignitaire avait appelé les autorités à satisfaire les revendications des manifestants, qui ont d'abord réclamé des emplois, des services fonctionnels et la fin de la corruption, avant d'appeler à "la chute du régime".

Après six jours de violences, les autorités avaient reconnu un "usage excessif" de la force une fois, dans un bastion chiite de Bagdad, en faisant porter la responsabilité à l'armée.

Jeudi, la justice a ajouté qu'un policier anti-émeute avait avoué avoir abattu par balles un manifestant dans la province de Babylone, au sud de Bagdad.

Alors que les autorités ont annoncé des "enquêtes exhaustives", Amnesty International les a appelées à enquêter "correctement", d'une part sur l'"usage excessif et mortel" de la force, et d'autre part sur le fait que s'il y avait eu des tireurs en dehors des forces de l'ordre, c'est que celles-ci avaient échoué à protéger les manifestants. Les autorités ont multiplié les mesures sociales pour répondre aux revendications initiales du mouvement. Mais jusqu'ici, aucune réforme majeure n'a été annoncée.



(Lire aussi : Pour l’Iran, la contestation en Irak est un complot contre l’axe Téhéran-Bagdad)



Agitation habituelle à Bagdad
Fait inédit dans le pays, la contestation n'était issue d'aucun appel de parti ou figure religieuse.

Si les réseaux sociaux sont toujours inaccessibles dans les trois quarts de l'Irak --les secteurs où les manifestations ont eu lieu-- de plus en plus de photos et de vidéos des violences commencent à émerger. On y voit des protestataires mortellement touchés par balles au torse ou au ventre, ou d'autres courir pour se mettre à couvert sous des feux nourris, ou des jets de canons à eau brûlante.

Les autorités ont décrété trois jours de deuil national, qui a commencé jeudi, sans que cela ne change rien à l'agitation habituelle de Bagdad, deuxième capitale la plus peuplée du monde arabe, où les embouteillages ont repris. Dans le sud du pays, le calme est également revenu, alors que tous se préparaient au plus grand pèlerinage chiite au monde.

Depuis plusieurs jours, les pèlerins chiites convergent, à pied pour la plupart, vers Kerbala, ville sainte à 100 km au sud de Bagdad. Le 20 octobre, ils y commémoreront l'Arbaïn qui rassemble des millions de visiteurs, principalement venus d'Irak et d'Iran.


Lire aussi

Des attaques contre des médias en Irak suscitent l'inquiétude

Contestation en Irak : l'armée admet un "usage excessif" de la force

« Qu’ils aillent faire leur guerre ailleurs ! »

Iran dehors !l'édito d'Elie FAYAD

Des "ennemis" cherchent à "semer la discorde" entre l'Iran et l'Irak, accuse Khamenei

Privés d'internet, les Irakiens trouvent d'autres moyens de raconter la violence

Téhéran dans le collimateur des manifestants en Irak

Le grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité chiite d'Irak, a tenu vendredi le gouvernement pour responsable de "l'effusion de sang" lors des récentes manifestations contre le pouvoir, marquées par des violences meurtrières. Le dignitaire irakien, qui passe pour faire et défaire les gouvernements, a en outre donné "deux semaines" aux autorités pour annoncer les résultats de...

commentaires (4)

En "pays" chiite la liberté d'expression est une règle d'or qui est respectée. Seules les ignorantes osent dire des bêtises.

FRIK-A-FRAK

11 h 07, le 12 octobre 2019

Tous les commentaires

Commentaires (4)

  • En "pays" chiite la liberté d'expression est une règle d'or qui est respectée. Seules les ignorantes osent dire des bêtises.

    FRIK-A-FRAK

    11 h 07, le 12 octobre 2019

  • L,IRAQ NE RETROUVERA LA PAIX QUE S,IL S,ELOIGNE DE L,IRAN.

    LA LIBRE EXPRESSION

    10 h 26, le 12 octobre 2019

  • Maintenant se sont les chiites entre eux qui combattent, c'est bien.

    Eleni Caridopoulou

    20 h 32, le 11 octobre 2019

  • Le moins qu'on puisse dire c'est que lui il ne plaisante guère.

    FRIK-A-FRAK

    17 h 40, le 11 octobre 2019

Retour en haut