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Irak

« Qu’ils aillent faire leur guerre ailleurs ! »

L’usage d’armes létales par les forces de l’ordre a constitué un tournant dans les manifestations en Irak, qui se sont rapidement transformées en un bain de sang inique coûtant déjà la vie à des dizaines de civils.

Des manifestants irakiens fuyant les gaz lacrymogènes lancés par les forces de l’ordre lors de heurts samedi, à Bagdad. Ahmad al-Rubaye/AFP

À 13 heures mardi dernier, la place Tahrir résonnait des chants de manifestants. L’ambiance était festive, même si la tension et la colère étaient palpables. Après tout, les Irakiens appelaient à une révolution, à balayer le pays de la caste au pouvoir. « Nous descendons dans les rues pour nous saisir de nos droits », lisait-on sur quelques banderoles d’étudiants. Parallèlement à la situation économique, la spirale d’instabilité liée aux tensions entre l’Iran, d’une part, Israël et les États-Unis, de l’autre, exaspère les Irakiens qui ne veulent pas d’un conflit géopolitique chez eux. « Qu’ils aillent faire leur guerre ailleurs ! », scandaient quelques manifestants de la première heure. Ces Irakiens placent leur identité nationale et leur citoyenneté avant leur appartenance à telle ou telle communauté. La figure du général Abdel Wahhab al-Saadi, chef des Forces du contre-terrorisme limogé par le Premier ministre Adel Abdel-Mahdi, incarnait également une jeunesse qui transcende les clivages communautaires. Mais plus encore, Saadi s’en est pris à la corruption au sein de son institution, une motivation qui résonne fort dans le cœur des contestataires, mais pas forcément dans celui de tous les responsables politiques.

Point de violence donc, en ce mardi après-midi. Mais soudain, les canons à eau se sont déclenchés, arrosant la foule d’une eau brûlante, selon des manifestants. La méthode avait déjà été employée la semaine précédente par les forces de l’ordre contre des jeunes fraîchement diplômés venus manifester devant le ministère de l’Éducation et réclamer des débouchés adaptés à leurs qualifications sur le marché du travail. L’humiliation collective a été d’autant plus amère qu’elle a aussi visé des femmes. Les étudiants et les jeunes diplômés étaient largement représentés dans les contingents de manifestants.



(Lire aussi : Privés d'internet, les Irakiens trouvent d'autres moyens de raconter la violence)



Des douilles jonchent le sol
Après les canons à eau, le gaz lacrymogène a arrosé à son tour une foule désemparée. La stupeur a vite cédé la place à une fureur collective. Des vagues de manifestants ont chargé les cordons de policiers bien organisés et appuyés par des lanceurs de gaz sur les hauteurs d’un immeuble adjacent. L’objectif des forces de l’ordre : empêcher les émeutiers d’accéder au pont de la République menant à la Zone verte, centre névralgique du pouvoir irakien. Inlassablement, la foule indomptable a lancé ses assauts, parvenant au bout de quelques heures à faire reculer les policiers. L’immeuble est alors évacué et les manifestants investissent les lieux. Triomphe éphémère. Dès le soir même, les premiers coups de feu sont tirés, probablement en l’air, pour faire reculer les manifestants. L’Unité de réponse rapide (URR) a repris la place Tahrir suite à une opération musclée. Sur place, des dizaines de douilles jonchent le sol. Le mal est fait. Il y a déjà au moins deux morts et surtout le sentiment que la répression a enclenché un cercle vicieux qui va bientôt dégénérer. Dans la nuit, le centre-ville de Bagdad résonne au son des mitraillettes des policiers. Plusieurs groupes de manifestants se sont effectivement rassemblés à différents points de la ville et y affrontent la police antiémeute.

Les jours suivants, les troubles s’étendent. Des manifestants désarmés créent des barrages en brûlant des pneus sur les routes menant à la capitale. Certains sont violemment démantelés par les forces de l’ordre. En ville, le trafic est peu dense, mais les manifestants reproduisent la manœuvre du premier jour : les rassemblements ont lieu dans plusieurs points, comme la place al-Khilani, la place al-Tayaran et la rue de Palestine. La foule est contenue autant que possible par les forces de l’ordre, principalement l’URR. L’usage d’armes à feu est fréquent, surtout pour intimider les manifestants. Les bombes lacrymogènes font également de nombreux blessés parmi la foule. Le soir, les rumeurs de snipers ayant fait des victimes civiles commencent à circuler. Face à la dégradation de la situation, les autorités imposent le couvre-feu et coupent internet.

S’il est impossible à ce stade d’identifier d’où proviennent les tireurs embusqués, l’usage d’armes létales a constitué un tournant dans les événements. Initialement, la foule n’utilisait que des pavés ou d’autres objets trouvés dans les rues pour attaquer les policiers. Les victimes de snipers ont enclenché un cycle vicieux de violence presque impossible à rompre. À ce stade, l’ampleur catastrophique prise par les manifestations a poussé plusieurs responsables politiques à appeler à la dissolution du Parlement. Le fragile gouvernement de Abdel Mahdi, qui patine depuis la formation d’une majorité hétéroclite, pourrait faire les frais de la situation sécuritaire désastreuse et de l’incapacité qu’ont eu les forces de l’ordre à contenir les manifestations sans verser de sang.

Samedi, une foule déterminée continuait d’avancer malgré la présence à quelques mètres de corps atteints à la tête par des tireurs embusqués. Leur objectif : rejoindre la rue de Palestine et le gros des manifestants. La mort a frappé, mais elle ne les effraie plus. Se faire entendre est devenu plus important à leurs yeux que de rester en vie, tant celle-ci s’apparente à une abdication face au mal qui ronge leur pays et son gouvernement. Sur le toit d’un minibus, un Irakien harnachait le cercueil d’un manifestant tué quelques instants plus tôt. La foule, la main levée, scandait alors : « Par notre âme, par notre sang, nous nous sacrifierons pour toi, ô Irak », alors que s’éloignait le convoi funèbre.



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À 13 heures mardi dernier, la place Tahrir résonnait des chants de manifestants. L’ambiance était festive, même si la tension et la colère étaient palpables. Après tout, les Irakiens appelaient à une révolution, à balayer le pays de la caste au pouvoir. « Nous descendons dans les rues pour nous saisir de nos droits », lisait-on sur quelques banderoles d’étudiants....

commentaires (2)

QU ILS AILLENT FAIRE LEUR GUERRE AILLEURS SCANDAIENT LES MANIFESTANTS CHIITES EN IRAQ. A QUAND LE REVEIL DES LIBANAIS CHIITES CHEZ NOUS ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

14 h 26, le 07 octobre 2019

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Commentaires (2)

  • QU ILS AILLENT FAIRE LEUR GUERRE AILLEURS SCANDAIENT LES MANIFESTANTS CHIITES EN IRAQ. A QUAND LE REVEIL DES LIBANAIS CHIITES CHEZ NOUS ?

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    14 h 26, le 07 octobre 2019

  • SI LA CRISE ET LA CORRUPTION FRAPPE TOUT LE PAYS , POURQUOI LES MANIFS N'ONT EU LIEU QUE DU COTE CHIITE ? C'est pas sérieux de dire que se sont les forces de l'ordre qui ont tiré, sans en avoir la preuve . Cet article n'intéressera personne , voyez on ne vous lit même pas .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 57, le 07 octobre 2019