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Moyen Orient et Monde

En Irak, la frange la plus dure du camp chiite se renforce après les violences

Émeutes

Pour les pro-iraniens, la contestation est « un complot ».

OLJ/AFP
11/10/2019

Les manifestations et violences sanglantes ont rebattu les cartes dans le camp chiite au pouvoir en Irak, vraisemblablement au profit de la frange la plus dure, prête à aller vers davantage d’autoritarisme pour écraser un « complot », estiment des experts.

Pour de nombreuses figures, notamment au sein du puissant Hachd al-Chaabi, coalition dominée par les milices chiites proches de l’Iran, le mouvement parti spontanément de revendications sociales est « un complot étranger », dit à l’AFP Renad Mansour, chercheur au centre de réflexion Chatham House. L’Iran évoque lui-même un « complot » et estime que la machination vise à briser les liens qui l’unissent à son voisin et n’ont cessé de se renforcer depuis la chute en 2003 du dictateur irakien Saddam Hussein.

Pour la ligne dure pro-Iran, la contestation réclamant pour la première fois en Irak « la chute du régime » est « une menace existentielle à éliminer », renchérit le spécialiste de l’Irak, Fanar Haddad. « Pour maintenir le système en place, des factions et des groupes armés veulent recourir à la répression – en tuant des manifestants, en coupant internet et en intimidant les militants de la société civile », ajoute M. Mansour.

Après une semaine de grogne sociale meurtrière l’été dernier à Bassora, ces techniques d’intimidation avaient déjà été utilisées, rappelle-t-il. Cette année, dans la grande ville pétrolière du sud frontalier de l’Iran, « beaucoup de ceux qui n’ont pas défilé ont dit avoir eu peur » de le faire, ce qui peut expliquer pourquoi le mouvement ne l’a pas gagnée.

À Bagdad, ce genre de méthodes se heurte à une « résistance » : « L’idée que l’Iran prendrait le contrôle » de son voisin irakien ne passe pas « dans la rue et parmi différents corps de l’État », précise M. Mansour, qui nuance toutefois la solidité de ce barrage anti-iranien.



(Lire aussi : La crise politique paralyse l'Irak en deuil après une semaine sanglante)



Sauveurs du gouvernement
« Que ce soit le Premier ministre, le président, le chef du Parlement ou le chef du Conseil suprême de la magistrature, ils ont tous des rôles institutionnels sans être des leaders forts. Et ils n’ont donc pas les leviers du pouvoir dans les faits », souligne-t-il.

Selon Fanar Haddad, ce déséquilibre des forces et les récents événements peuvent « œuvrer en faveur des éléments les plus durs du Hachd », formé en 2014 à l’appel du grand ayatollah Ali Sistani, plus haute autorité religieuse pour la majorité des chiites d’Irak, pour repousser les jihadistes du groupe État islamique. « Après s’être posés en sauveurs de l’Irak, ils peuvent maintenant se revendiquer comme les sauveurs de ce gouvernement », dit-il.

Quant au grand ayatollah Sistani, les manifestants l’ont accusé de ne pas avoir clairement pris position en leur faveur, alors qu’il passe pour pouvoir faire et défaire les gouvernements en Irak. Sa principale directive donnée au gouvernement a été la création d’une commission de technocrates pour surveiller l’action de l’État en faveur des Irakiens en proie au chômage et à la pauvreté.



(Lire aussi : Pour l’Iran, la contestation en Irak est un complot contre l’axe Téhéran-Bagdad)



État rentier
Au terme d’une semaine de grogne durant laquelle plus de 100 personnes ont été tuées et plus de 6 000 autres blessées, en grande majorité des manifestants tués par balles, la contestation a de fait cessé. La demande de démission du gouvernement lancé par l’influent leader chiite Moqtada Sadr est restée lettre morte. Mais il lui reste encore une carte en main : mobiliser ses très nombreux partisans, qui ont par le passé paralysé le pays avec leurs sit-in. Le très versatile ex-chef de milice devenu héraut des manifestants anticorruption pourrait être forcé d’utiliser cette pression de la rue car un obstacle l’attend au Parlement.

La coalition des anciens du Hachd, le Fateh, pourrait rallier autour d’elle d’autres forces pour écarter ses 54 députés et ses quatre ministres de la coalition gouvernementale. Elle renverrait ainsi Moqtada Sadr dans l’opposition, au côté de la ligne proréforme parmi les chiites, comme l’ancien Premier ministre Haider al-Abadi ou Ammar al-Hakim.

Dans l’immédiat, le gouvernement de Adel Abdel Mahdi semble être parvenu à se maintenir, avec la promesse du remplacement de quelques ministres et des annonces sur des procès de « corrompus ». Mais, estiment les experts, l’absence de réformes radicales, réclamées par des Irakiens tout juste sortis de quatre décennies de guerre et aux prises avec la prévarication dans le 12e pays le plus corrompu au monde, ne fait que repousser le problème.

Les autorités ont utilisé « beaucoup plus le bâton que la carotte », estime M. Haddad. « Et la carotte qui est sortie des réunions gouvernementales est une nouvelle fois la réponse d’un État rentier : on utilise l’argent du pétrole malgré le déficit du budget, pour acheter l’approbation des gens. » « La classe politique n’a pas l’air d’avoir ressenti l’électrochoc alors qu’elle aurait dû », prévient-il.



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