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Moyen Orient et Monde

Pour l’Iran, la contestation en Irak est un complot contre l’axe Téhéran-Bagdad

Émeutes

Des slogans tels qu’« Irak libre, Iran dehors » ont été lancés lors des manifestations la semaine dernière.

OLJ
09/10/2019

Depuis son déclenchement il y a une semaine, la vague de contestation en Irak est scrutée en Iran, où elle est perçue comme un complot visant à saper les relations entre la République islamique et son voisin.

Après s’être affrontés dans un conflit sans merci entre 1980 et 1988, Téhéran et Bagdad se sont fortement rapprochés depuis l’invasion américaine de l’Irak en 2003 et la chute de Saddam Hussein. L’Iran exerce aujourd’hui une influence grandissante sur son voisin de l’ouest, via son ascendant sur plusieurs groupes chiites irakiens.

Depuis le 1er octobre, les violences ayant opposé protestataires et forces de l’ordre ont fait plus de 100 morts et 6 000 blessés en Irak, pour la plupart des manifestants touchés par balle, selon des sources médicales.

Né d’appels sur les réseaux sociaux, le mouvement de contestation protestant contre la corruption, le chômage et la déliquescence des services publics est apparu spontané avant de prendre une tournure plus politique, en appelant à la chute du gouvernement. Plusieurs sièges de partis ont été incendiés dans le Sud, dont certains pro-Iran. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des manifestants scandant « Irak libre, Iran dehors », dans un pays où les dirigeants s’accusent mutuellement d’allégeances étrangères, notamment aux grands alliés américain et iranien. Le chef du Hachd al-Chaabi, puissante coalition paramilitaire dominée par des milices chiites proches de l’Iran, s’est dit prêt lundi à intervenir pour empêcher « un coup d’État ou une rébellion » si le gouvernement le lui ordonnait.

Cœur et âme

À Téhéran, plusieurs dirigeants ont accusé les « ennemis » de l’Iran d’être à la manœuvre. « L’Iran et l’Irak sont deux nations dont le cœur et l’âme sont liés (...). Des ennemis cherchent à semer la discorde mais ils ont échoué et leur complot n’aura pas d’effet », a estimé lundi l’ayatollah Ali Khamenei, le guide suprême, dans un message sur Twitter, sans préciser de quels ennemis il parlait. L’agence officielle IRNA a accusé les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël de susciter les manifestations qui se sont multipliées à Bagdad et dans le sud de l’Irak, pour nuire aux liens que l’Iran entretient avec son voisin et avec la Syrie – où Téhéran soutient Damas contre les rebelles.

Des « ennemis tentent de saboter toute ouverture (des relations) entre (l’Iran) et ses voisins », a déclaré le porte-parole du gouvernement, Ali Rabiei. « Nous demandons au peuple irakien de montrer plus de retenue et de chercher des moyens démocratiques et légaux pour obtenir satisfaction à ses revendications », a-t-il ajouté, assurant que la République islamique était « comme toujours (...) prête à se tenir aux côtés » de l’Irak.

Le journal ultraconservateur Kayhan a, pour sa part, fait état de « preuves » de l’implication des États-Unis, de l’Arabie saoudite et d’Israël dans ces troubles. Sans être aussi direct, un éditorialiste du journal réformateur Sharq a suggéré que ces trois pays pourraient être les « mains cachées » derrière ces manifestations.

Des flèches et des pierres

Selon l’Iran, ce qui se passe en Irak vise également à perturber le pèlerinage d’al-Arbaïn, événement religieux majeur auquel ont pris part quelque 1,8 million d’Iraniens en 2018, selon des chiffres officiels. Des milliers de marcheurs iraniens ont déjà entamé ce grand pèlerinage annuel chiite vers le tombeau de l’imam Hussein à Kerbala, à 110 km au sud de Bagdad, et devant culminer le 17 octobre avec les célébrations d’al-Arbaïn. Al-Arbaïn marque la fin du deuil de 40 jours observé par les chiites en mémoire du martyre de l’imam Hussein, petit-fils de Mohammad tué en 680 à Kerbala par les troupes du calife omeyyade Yazid.

« Ils veulent effrayer les gens (...), mais même s’il pleuvait des flèches et des pierres, ceux qui aiment Hussein d’un amour fervent n’auront pas peur », a clamé le général de division Yahya Rahim Safavi, conseiller du guide, cité par l’agence Tasnim.

Jeudi, le ministère des Affaires étrangères iranien a néanmoins demandé « à tous les fidèles croyants iraniens de retarder leur départ en Irak jusqu’à ce que la situation se calme ». Lundi, le poste-frontière de Khosravi, par lequel transitent des dizaines de milliers de pèlerins en route pour Kerbala, a rouvert après plusieurs jours de fermeture.

Pour l’agence IRNA, le fait que des « provocations » aient surgi avant l’Arbaïn montre que les ennemis de l’Iran « ont peur ». Chef de l’autorité judiciaire iranienne, Ebrahim Raïssi a vu dans les événements d’Irak l’œuvre de « séditieux (déterminés) à ébranler et saper l’enthousiasme pour ce grand événement », selon la télévision d’État.

David VUJANOVIC/AFP

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NAB

mais oui mais oui comme d'habitude.il n'a que sa a la bouche, le guide ne sachant plus guider. Panoramix l'extremiste pensent que les manifestations a Hong Kong aussi sont un complot contre l'Iran. evidement..

Comme quoi le peuple, s'il a faim ne se permetterai jamais de se pleindre de ses dirigeant dans son monde a lui ou il n y a que desolation, haine, guerre et religion. le developpement, la technologie le progres social c'est pour les "autres", ces affreux occidentaux qui vivent au dessus du seuil de pauvreté et dans le progres.

Voila exactement pourquoi des extremistes ne peuvent pas developper une nation. la preuve est devant vos yeux.


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