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Des musées pour découvrir l’histoire du Liban autrement

Parution

Un attirail de combattant des temps médiévaux à nos jours ; un musée de la taxidermie sauvage ; des personnages en silicone qui permettent une rencontre inespérée avec Einstein, Van Gogh, Bush, Saddam Hussein ou Hosni Moubarak... Le pays regorge de lieux quelque peu insolites qui méritent le détour.

May MAKAREM | OLJ
09/03/2019

À côté des musées agréés par le ministère de la Culture et l’ICOM (International Council of Museums), se trouvent d’autres établissements, regorgeant de pièces de collections, qui se sont octroyé le label. Méconnus du public, certains gagnent pourtant à être découverts. Dans son guide Sur la route des musées au Liban, publié aux éditions Geuthner et al-Ayn, Hana Samadi Naaman recense 105 musées publics, universitaires, ou privés, initiés par des collectionneurs passionnés. Présentant différentes facettes du patrimoine, ces établissements, dont certains tiennent du « cabinet de curiosité », constituent un maillage sur l’ensemble du territoire. Hana Samadi Naaman les recense sur 245 pages, illustrées par la photographe Houda Kassatly, avec une carte dépliante en fin d’ouvrage et un exposé qui restitue l’esprit des lieux, les conditions d’entrée, payante ou gratuite, et les conditions d’ouverture.

Nous avons choisi au hasard de la lecture un échantillon de ces « musées ».


Fou de voiturettes…

Tout l’attirail du combattant, allant des temps médiévaux à nos jours, ainsi qu’une diversité de fusils et armes anciens sont exposés au musée militaire, dans l’enceinte du ministère de la Défense, à Yarzé. S’y ajoutent le drapeau libanais, offert par le président Béchara el-Khoury au premier chef de l’armée, le général Fouad Chéhab, et les pièces d’artillerie qui ont servi pendant les deux guerres mondiales. Ouvert du lundi au vendredi, gratuitement, le musée est accessible aux handicapés. Créé en 1998, le musée, qui conserve des documents et photos, et comprend une bibliothèque, est signalé par l’imposante sculpture réalisée en 1995 par le Franco-Américain Arman, à l’occasion du cinquantenaire de l’armée libanaise. Intitulé Espoir de paix (Hope for Peace), ce monument en béton composé de 78 chars d’assaut et de canons, mesure plus de trente mètres de haut et pèse six mille tonnes. Il symbolise les désastres de la guerre qui a ravagé le pays.

À Zouk Mosbeh, au sein des usines Karam Wood, le musée Billy Karam abrite la plus grande collection de voitures miniatures au monde. Elle a figuré trois fois dans le livre Guinness des records, en 2009, 2011 et 2017. L’ancien champion du Liban des rallyes y expose 37 777 autos miniatures dont une majorité de voitures de course, mais aussi des véhicules de travaux publics et des tracteurs. Des maquettes ont été réalisées par le collectionneur, dont une reproduction d’un champ de bataille du film Star Wars avec ses camions, hélicoptères, tanks, jeeps et lance-roquettes. Ou encore la ville de Bavaria en Allemagne, avec sa gare, ses maisons, son église, son port de pêche, son cirque et son train qui fonctionne, avec « en prime un son et lumière », écrit l’auteur. Une riche collection d’avions retrace l’évolution de l’aviation civile et de guerre. Pour rappel, l’ancien champion du Liban des rallyes et des courses a été également cité dans le Guinness pour la plus grande collection au monde de timbres postaux représentant des automobiles (3 333) ! Les férus de motocyclettes pousseront jusqu’à Abey, dans le caza de Aley, où Salam Hamza expose ses maquettes de moto en bois : depuis le premier modèle construit en 1885 par les Allemands, la side-car à trois roues, jusqu’aux grosses cylindrées dont la Harley Davidson de 1902. Selon Hana Samadi Naaman, « tout est reproduit dans les moindres détails (…) et chaque pièce sculptée est présentée avec la photo du modèle original et sa date de création ».


Ultimes traces d’une culture paysanne

Une visite au musée, c’est une invitation à remonter le temps pour une immersion dans l’histoire de nos villages de montagne. Sur la route des musées au Liban vous invite à découvrir le pressoir à mélasse au musée ethnographique de la Békaa, à Ras Baalbeck ; le musée de Terbol dans le caza de Zahlé, et la Cave des arts à Jahilié (Chouf) où Ghandi Abou Diab a mis en scène un intérieur paysan aujourd’hui bel et bien disparu. Exposant les biens modestes d’un cheikh druze et de sa femme en habit traditionnel, il offre au visiteur les ultimes traces d’un mode de vie révolu : des mortiers en pierre et leur pilon, des vanneries, des instruments agraires et les outils des artisans, des tonneaux en bois et des alambics pour distiller l’eau de fleurs d’oranger, de gros tapis en laine, des grilloirs à café, un babour kaz pour cuisiner, ainsi qu’une machine à coudre, un réchaud à bois et des vieilles radios. L’ensemble est exposé dans des caves voûtées datant du XVIIe siècle. Abou Diab, qui est un touche-à-tout, réalise des mosaïques, des peintures et sculptures. Ainsi dans son jardin, une branche d’olivier se transforme en aigle, une feuille de platane en guitare, un tronc d’amandier en saxophone, des boules de coton cultivées sur place prennent la forme d’un veau, etc.

C’est toutefois un village entier qui a été reconstitué à Bourj Brajné, sur la route de l’aéroport Rafic Hariri : le musée al-Sahah. Il est animé par des personnages électriques qui jouent les scènes des différents métiers : les femmes préparent le pain devant le saj, battent le lait pour faire leur beurre, ou tissent sur un métier. Un peu plus loin, le cordonnier, le cireur de chaussures, le barbier, l’aiguiseur de couteaux, le potier, le forgeron devant son enclume, le vendeur de jus de réglisse, le vendeur de ghazel el-banat (barbe à papa), ou encore le photographe avec son pin hall, des gramophones, des radios, des pièces de monnaies anciennes… Il a fallu amasser 40 000 objets utilitaires de la vie rurale pour reproduire le village et sa place.

Icônes byzantines et tétrapodes

À Zahlé, le Centre Fayrouz Chamoun pour les arts et la culture a réuni les peintures, sculptures et céramiques réalisées par la famille Chamoun, mais aussi des œuvres d’artistes libanais. Une collection d’icônes byzantines, de manuscrits syriaques, un Coran du XVIe siècle côtoient du cuivre d’Ispahan du XVe siècle, des poignards incrustés d’argent et d’ivoire, ainsi que des épées des différentes époques de l’histoire. Un registre des propriétés de la ville de Zahlé vieux d’un siècle est également exposé. Le centre conserve des poteries phéniciennes, grecques et romaines provenant de Cana. On y trouve même des instruments de musique, dont un « de 800 ans », selon l’auteure Hana Naaman.

Pour aller à la rencontre des vertébrés tétrapodes bipèdes ailés, des mammifères carnivores, de petits reptiles de l’ordre des squamates, il faut mettre le cap sur le musée de la taxidermie sauvage à Bnachii, dans le caza de Zghorta. Là, Charbel Maroun a rassemblé au bord d’un lac artificiel quelque 3 000 espèces animales conservées dans leur aspect le plus naturel. Oiseaux, poissons, tortues et araignées de mer, lézard massif du Mexique ou iguane cubain côtoient des tigres, des lions et des ours blancs, une panthère de Sibérie ou encore des loups du Liban.

Au musée de cire historique, à Jbeil, ou de Marie Baz, à Deir el-Qamar, on peut s’offrir des selfies avec des stars et des hommes politiques en cire. Tout comme à Zouk Mosbeh (route de Jeïta), où 55 célébrités sont réalisées en silicone : des politiques, des artistes et des intellectuels, tels Einstein, Van Gogh, Wadih es-Safi, Bush, Saddam Hussein, Hosni Moubarak, Arafat, et d’autres rois et princes arabes.


Les grands hommes

En parallèle de cette palette de musées insolites, l’auteur nous invite également à pousser les portes des musées consacrés aux auteurs et compositeurs libanais. Ainsi à Aïn Kfaa, caza de Jbeil, on en apprend davantage sur Maroun Abboud en découvrant ses manuscrits non publiés et sa correspondance avec Gibran Khalil Gibran et Mikhaïl Naaymé. Il y a aussi le musée d’Amine Rihani à al-Fraykeh au Metn, celui de Abdallah Ghanem à Baskinta et d’Élias Abou Chabké à Zouk Mikaël, ainsi que le musée et centre culturel de Zaki Nassif à Machghara. Sans oublier la maison du président Fouad Chéhab à Jounieh ; l’antre de Gibran Khalil Gibran à Becharré ; le tombeau du célèbre inventeur électricien Hassan Kamil al-Sabbah (1896-1935) à Nabatiyé, dont une cinquantaine de ses inventions brevetées ont été appliquées dans les domaines appropriés. L’auteur cite « les cellules solaires photovoltaïques, les rayons cathodiques utilisés dans l’audiovisuel, la cellule solaire développée ensuite par des laboratoires de téléphonie, les redresseurs et les convertisseurs appliqués dans les équipements électroniques des aéronefs et des satellites ». Surnommé l’Edison de l’Orient, al-Sabbah est décédé à New York dans un accident de voiture dans des circonstances étranges.

Sur la route des musées au Liban aborde évidemment les musées d’art, dont celui de Dorothy Salhab Kazemi à Roumieh, les musées archéologiques, des minéraux et de la monnaie, des merveilles de la mer, tous implantés dans la capitale, mais aussi celui du savon à Saïda.

Ces musées, dans leur extrême diversité, exposent le patrimoine libanais sous toutes ses coutures et favorisent des découvertes sous tous les angles. Comme le dit l’auteure Hana Samadi : « “La route des musées du Liban” est tracée. Il ne vous reste plus qu’à l’emprunter. »

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Stes David

Bonne initiative ce livre ...

Kulluna Irada

Il faut bien remplir le journal. m.r

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