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Sur les vestiges archéologiques de Wadi Abou Jmil, du superluxe...

Architecture

Malgré la crise de l’immobilier, un projet commandité par RHR SA dévoile dans ce quartier élitiste et ultrasécurisé, en raison de la résidence de Saad Hariri, ses nouvelles façades, dessinées par l’architecte britannique de renommée internationale Sir David Chipperfield (DCA) et Ziad Akl Architects & Planners.


May MAKAREM | OLJ
14/06/2019

Pour sentir l’odeur du bois neuf et de la peinture à peine sèche, direction Wadi Abou Jmil. Sur deux parcelles d’une superficie de 7 742 mètres carrés, 30 habitations réparties sur 11 blocs sont mises sur le marché, malgré la crise qui touche de plein fouet l’immobilier au Liban. Elles ont été conçues par l’architecte britannique Sir David Chipperfield (DCA) et le bureau Ziad Akl Architects & Planners (ZAP) pour la société RHR (Royal Hotels & Resorts). À l’origine, un hôtel de luxe devait être construit sur ces parcelles, et les plans avaient été peaufinés par les architectes Philippe Starck et Ziad Akl. Mais le projet fut rangé dans les tiroirs, avant d’être définitivement abandonné « à cause d’un contexte progressivement et inexorablement devenu défavorable en termes d’accessibilité, facteur essentiel dans le fonctionnement d’un équipement hôtelier et touristique », révèle Akl.

4 000 m2 d’archéologie

Les plans ont donc été modifiés en faveur d’un complexe résidentiel de luxe qui totalise 30 appartements sur 18 228 mètres carrés, et dont 4 000 mètres carrés au sous-sol sont consacrés à l’archéologie. Car lors des fouilles préventives, les deux parcelles ont livré des fragments d’installations appartenant à l’hippodrome romain de Wadi Abou Jmil, mis au jour en février 2008 sur le bien-fonds 1 370, appartenant à Nizam Ali Ahmad. La propriété étant un droit sacré, et l’expropriation des parcelles ne pouvant se faire qu’à travers une procédure légale, c’est-à-dire moyennant une indemnité que l’État n’est pas en mesure d’avancer, « nous ne pouvons pas interdire aux propriétaires d’exploiter leur bien », avaient décrété le président du Conseil d’État de l’époque Chucri Sader ainsi que les anciens ministres de la Culture Gaby Layoun et Rony Arayji. Aussi, pour sauvegarder la mémoire des lieux, tous les vestiges exhumés sont démantelés et les pierres numérotées afin d’être réintégrées in situ au terme du projet prévu.

Ce faisant, les nouvelles découvertes retrouvent leur place d’origine dans les sous-sols des deux parcelles. « Leurs espaces font partie intégrante du concept architectural des deux projets, et seront évidemment accessibles au grand public », souligne l’architecte Nada Kazan Richa, qui a supervisé et suivi les deux projets, aidée en cela sur le terrain par Guy Assily. Les deux spécialistes font partie de l’équipe Ziad Akl Architects & Planners. Nada Kazan Richa ajoute que pour optimiser la présentation de ces biens culturels, les espaces font l’objet d’un aménagement, d’une mise en valeur et en lumière par l’architecte Divina Abou Jaoudé. « Certains objets pourront même être observés à partir du jardin de la parcelle 834 à travers une verrière linéaire. »


(Lire aussi : À Brooklyn, Rosette Chams se souvient de son père, médecin juif de Wadi Abou Jmil)




Des arcades fabriquées en Italie

Enclavés entre le siège de la banque Audi et la synagogue Maghen Abraham, les deux terrains sont bordés par les rues Wadi Abou Jmil et la rue de France, et sont traversés par la rue Melki qui est piétonne. La partie située sur la parcelle 834 a été confiée à l’agence milanaise de Sir David Chipperfield Architects, ainsi qu’à Ziad Akl Architects & Planners (ZAP) à Beyrouth. Ce dernier signe seul la parcelle 1410.

Dans la première parcelle, sept immeubles sont construits, certains dotés de jardins privatifs. Le concept architectural a opté pour un langage très pur et stylisé de colonnades génériques qui donnent une unité et une harmonie au projet. Pour un fini irréprochable, les arcades ont été réalisées en Italie puis expédiées à Beyrouth, signalent Ziad Akl et Nada Kazan Richa.

Dans la deuxième parcelle, quatre blocs proposent 13 unités résidentielles d’une superficie entre 500 et 700 m2. Chaque appartement a son accès indépendant. Ceux du rez-de-chaussée sont pourvus de jardins privés créés dans le prolongement du jardin public ; les autres bénéficient de terrasses sur les toits. « Le concept est respectueux des immeubles de la région de Wadi Abou Jmil, avec des volumes jamais hauts, mais dont les enveloppes incluent des sous-volumes en saillie pour une plus riche perception du contexte et de l’environnement extérieurs », signalent encore les deux architectes. Ils font observer que le recours à un langage partiel d’arches a pour objectif d’ « assurer une unité architecturale aux deux composantes d’un même grand projet résidentiel qui est une sorte de quartier dans la ville ».

La villa Loutfallah Melki ressuscitée

Les deux projets ont un caractère spécifique à cause du contexte urbain dans lequel ils se trouvent. Le terrain #834 comprenait à l’origine quatre bâtiments construits dans les années 1930, dont la villa de Dr Loutfalla Melki reconstruite à l’identique. D’autre part, Wadi Abou Jmil est sujette à des servitudes et des restrictions architecturales dont la limitation de la hauteur maximale des constructions à 20 mètres qui crée une surface harmonieuse. « Par le choix des bâtiments reconstruits à l’identique et la construction de nouveaux bâtiments de faible hauteur, l’ensemble agencé autour des jardins privatifs rappelle les architectures de Khan. » De ces jardins on peut observer les façades aux modénatures riches en éléments décoratifs reconstitués ou nouveaux : pilastres, architraves, corniches et frises, menuiserie et volets en bois naturel avec des cadres rectangulaires ou en arche, balcons en porte à faux supportés par des consoles en béton armé protégés par des balustrades en fer forgé, et toits recouverts de tuiles de Marseille.



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Stes David

Il s'agit d'un endroit dans le centre de Beyrouth proche du "souk" de Beyrouth et le parlement. C'est pourtant dommage qu'on n'arrive pas bien préserver ces vestiges et les incorporer dans la ville comme endroit touristique à visiter car maintenant qu'il y a des autres sites construits en haut ca va être difficle pourtant comme simple tourist d'y aller je crains. C'est apparement une longue histoire de controverse https://www.lorientlejour.com/article/750188/L%2527hippodrome_romain_de_Beyrouth_englouti_par_les_promoteurs.html En tous cas ca fait penser à des autres villes modernes et densement peuplés qui ont le "malheur" d'être construit en haut des vestiges très anciennes ce qui est un sujet difficile urbanistique.

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