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Économie - Électricité

Nada Boustani : Je ne privilégie pas Karadeniz et l’option des barges

Suite à la parution de l’article « Plan Boustani : des avancées, mais beaucoup trop de points flous » dans notre édition de jeudi dernier, la ministre de l’Énergie Nada Boustani a accepté d’accorder un entretien à « L’Orient-Le Jour », afin d’apporter ses clarifications sur les différents points soulevés, alors qu’elle s’apprête à lancer l’appel d’offres pour assurer une augmentation à court terme du courant à travers des solutions dites provisoires et la construction de nouvelles centrales pour la solution durable. Elle se défend de toute volonté de privilégier l’option des barges pour la solution provisoire, et assure qu’elle publiera les cahiers des charges ainsi que les contrats finaux, y compris celui de Deir Ammar II.

"Nous partons sur une hausse progressive des tarifs de l'électricité qui concernera en même temps toutes les catégories de consommateurs", déclare Nada Boustani. Photo DR

Votre plan sur la réforme du secteur de l’électricité, adopté en avril par le Conseil des ministres, prévoyait une hausse des tarifs d’Électricité du Liban dès début 2020 parallèlement à une hausse à court terme de la production à travers les solutions dites provisoires. On parle désormais de mi-2020. Y a-t-il eu un changement de calendrier ?

Lorsque le plan a été adopté en Conseil des ministres, nous avions décidé que l’augmentation des tarifs sera liée à la hausse de la production de courant. J’attends de recevoir cette semaine le modèle final sur lequel nous avons travaillé avec la Banque mondiale et EDL, qui nous permettra de déterminer comment chaque hausse de la production sera répercutée par une hausse des tarifs. On part donc sur une hausse progressive qui concernera en même temps toutes les catégories de consommateurs.


Plusieurs sources locales et extérieures avaient assuré à « L’Orient-Le Jour » que vous comptez privilégier l’opérateur turc Karadeniz pour les solutions provisoires, en prévoyant le déploiement de deux nouvelles barges (en plus des deux déjà existantes) : une à Deir Ammar avec une capacité de production de 450 MW, l’autre à Zahrani d’une capacité de 400 MW...

Je ne privilégie pas Karadeniz et l’option des barges. D’autant plus que les petits moteurs installés sur les barges de Karadeniz peuvent tout aussi bien l’être sur des terrains qui appartiennent soit à EDL, soit au gouvernement. C’est pourquoi, les cahiers des charges tels que je les ai soumis au comité interministériel prévoient de mettre à disposition, gratuitement, ces terrains pour les compagnies souhaitant proposer des solutions « terrestres » de production provisoire. De plus, les compagnies peuvent utiliser le type de carburant qu’elles souhaitent et ces terrains sont propices pour être connectés au réseau de distribution. Il est important que les ministres lisent attentivement les cahiers des charges.

Il est vrai que Karadeniz, comme toutes les autres compagnies intéressées par l’appel d’offres, est en train de préparer sa candidature et de prévoir le financement nécessaire. Ce qui aurait pu induire en erreur certaines de vos sources extérieures. En ce qui concerne vos sources locales, je ne peux y voir que des motivations politiques. Je me demande qu’est-ce qu’ils gagnent à entraver l’exécution du plan et la réforme de l’électricité, alors que le pays fait face à une situation économique et financière extrêmement difficile. Les consultants internationaux, qui assistent avec moi aux réunions du comité interministériel chargé de l’étude des cahiers des charges, sont surpris par la politisation permanente des débats.

En tout cas, je publierai la version des cahiers des charges que j’ai soumise au comité, et la version modifiée par le comité.



(Lire aussi : Le Liban vise 30 % de part d’énergies renouvelables en 2030)


Quels sont les changements majeurs apportés aux cahiers des charges par rapport à votre plan initial d’avril ? Allez-vous distinguer la solution provisoire de la solution permanente, c’est-à-dire de la construction de nouvelles centrales ?

L’appel d’offres concernera à la fois les solutions provisoires et les solutions permanentes, conformément à ce qui est prévu par le plan. Nous n’allons pas distinguer ces deux marchés. Cela signifie que Karadeniz, par exemple, devra rejoindre un consortium incluant au moins une autre compagnie à même d’assurer la construction de centrales durables.

S’agissant des solutions permanentes, nous combinons le court terme et le long terme, pour assurer un intérêt des investisseurs, malgré le fait que ces projets soient coûteux et risqués. La solution, qui figurait déjà dans le plan de 2010, est de leur proposer des PPA (Power Purchase Agreement, des contrats d’achat d’énergie sur 25 ans, NDLR).

Nous avons baissé la capacité pour les solutions provisoires de 1 450 MW (dans le plan) à 1 050 MW. Ce sera désormais 450 MW pour le package Nord, à Selaata. Et pour la package Sud : 400 MW à Zahrani, 100 MW à Jiyeh (sur un terrain appartenant au gouvernement), 50 MW à Jeb Jennine (terrain du gouvernement aussi) et 50 MW à Bint Jbeil (sur un terrain appartenant à EDL). Avant, on prévoyait 200 MW à Jiyeh, mais on n’avait pas de terrains publics suffisants à proposer aux compagnies.

Et en parallèle, nous avons augmenté les capacités des deux premières centrales durables de 300 MW : Selaata sera doté de 750 MW et Zahrani de 650 MW (contre 550 MW chacune dans le plan). Cela ne signifie pas que nous allons nous passer de la construction de Hraiché (d’une capacité de 300 MW dans le plan), mais nous en déciderons au moment voulu.

Pourquoi avez-vous décidé d’augmenter les capacités de production de Selaata et Zahrani par rapport à celles initialement prévues par votre plan ?

Ces changements, le Conseil des ministres m’avait accordé la possibilité de les faire au moment du vote du plan en avril, car nous étions toujours en train d’étudier ce point en prenant en compte plusieurs facteurs : la capacité de production nécessaire, la durée, la consommation, le carburant utilisé. Il fallait aussi prendre en compte nos avancées sur la production d’énergies renouvelables.

D’ailleurs, nous avons aussi décidé d’arrêter plus tôt le fonctionnement des centrales de Zouk et Jiyeh, qui est désormais prévu pour fin 2020. Et nous entamerons la construction de Zouk II et Jiyeh II début 2021.



(Lire aussi : Plan Boustani : des avancées, mais beaucoup trop de points flous)


Certains vous soupçonnent d’avoir voulu privilégier Siemens, qui serait selon eux plus compétitive sur des centrales d’une telle capacité...

Siemens m’a envoyé deux lettres. Une première pour me demander de changer les termes de la classification (l’étape de préqualification des compagnies intéressées par l’appel d’offres, lancée en juillet, NDLR) qui ne leur convenaient pas et une deuxième pour me demander de changer le cahier des charges (qui n’est pas encore public, NDLR).

Siemens avait lancé (en juin 2018) une campagne médiatique contre le ministère, suite à laquelle des politiques libanais réclamaient la négociation d’un contrat de gré à gré. On nous a même accusés d’avoir refusé une offre de Siemens, mais on n’a jamais rien reçu. Cette offre permettrait au Liban d’assurer 24 heures de courant par jour en six mois, pour un coût de 8 cents/kWh. J’aimerais bien la voir.

On vous a également reproché d’avoir associé le cabinet allemand Fichtner à l’élaboration des cahiers des charges (et du contrat de Deir Ammar II), alors que certaines de ses filiales avaient auparavant été mises sur la liste noire de la Banque mondiale pour pratiques frauduleuses...

Le contentieux est résolu, sinon la Banque mondiale n’aurait jamais accepté de travailler avec eux sur le même dossier. Les cahiers des charges ont été élaborés par Fichtner, Bredin Prat et Uria Menendez, en collaboration avec la Banque mondiale et la Société financière internationale.

L’organisation civile Kulluna Irada, qui était représentée lors de la dernière réunion mensuelle avec les donateurs internationaux, vous a interpellée sur la nature des changements apportés par le Conseil des ministres au contrat de Deir Ammar II. Pourquoi le procès-verbal de cette session du Conseil des ministres ne spécifie-t-il pas ces changements ?

Si je n’avais pas totalement confiance en notre travail, je n’aurais jamais accepté d’inclure Kulluna Irada à mes réunions mensuelles avec les donateurs internationaux. Je suis d’ailleurs la seule à associer la société civile à ce type de réunions. Sur Deir Ammar, je leur ai répondu que tout ce qui est public est accessible, et je ne peux pas faire plus que ça. Quoi qu’il en soit le contrat de Deir Ammar sera publié aussi.

La création d’une autorité de régulation pour le secteur de l’électricité, qui est censée octroyer des licences de production d’énergie au secteur privé, est réclamée par la majeure partie du gouvernement, mais aussi par les donateurs de la conférence de Paris (CEDRE). Où en êtes-vous ?

La loi 462/2002 (qui prévoit la création de cette autorité) doit être modifiée. La loi 181/2011 (qui prévoyait le déblocage de fonds publics pour financer la hausse de la production de l’électricité) le mentionne. Nous avons tenu trois réunions du comité interministériel ad hoc et nous avons envoyé nos amendements. Nous attendons les commentaires des partis.

La loi 462 n’est pas applicable, car elle comporte plusieurs contradictions. Elle a été élaborée dans la précipitation, à la veille de Paris II, car la France avait exigé à l’époque la création d’autorités de régulation sectorielle pour les Télécoms et l’Électricité. Pour les Télécoms, le gouvernement planchait déjà dessus avec le cabinet Deloitte, mais pour l’Électricité rien n’était prêt et ils ont dû la préparer en un mois. Ce qui fait qu’ils se sont largement inspirés de la loi concernant le secteur des Télécoms, sans prendre en considération les spécificités du secteur de l’Électricité. Par exemple, un des articles de la loi 462 prévoit une modification de l’organigramme du ministère de l’Énergie. Or ce ministère n’est pas uniquement en charge de l’électricité, mais aussi des énergies renouvelables, des hydrocarbures, de l’eau, du traitement des eaux usées...

Justement, la version du projet de loi visant à créer cette autorité de régulation, telle que vous l’avez présentée aux donateurs lors de votre dernière réunion mensuelle, ne prévoit pas de lui accorder un pouvoir exécutif, mais la place sous le contrôle du ministère de l’Énergie. N’était-elle pas censée être indépendante ?

Le ministère détient ce pouvoir exécutif de par la Constitution. Mais rien n’est figé encore sur ce point. Nous allons vers un consensus politique sur cette question.

La Direction des adjudications sera-t-elle associée à la gestion de l’appel d’offres ? Son rôle n’est pas mentionné dans la loi 129, votée en avril 2019 au Parlement, qui modifie la loi 462 et prolonge de trois ans l’autorisation accordée au gouvernement d’octroyer des licences de production au secteur privé, en attendant la création d’une autorité de régulation.

La loi 129 ne modifie pas la loi 462, mais octroie quelques exceptions au code de comptabilité publique. La DDA aura un droit de regard sur les cahiers des charges et les contrats finaux.


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commentaires (2)

On peut augmenter la production, comme on peut inciter à diminuer la consommation. Vous faites quoi exactement dans ce domaine?

Gros Gnon

14 h 22, le 30 septembre 2019

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Commentaires (2)

  • On peut augmenter la production, comme on peut inciter à diminuer la consommation. Vous faites quoi exactement dans ce domaine?

    Gros Gnon

    14 h 22, le 30 septembre 2019

  • LOIN DE LA COMBINE DU SIECLE DES BARGES. ON COMPTE SUR LA CLARTE ET L,HONNETETE.

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    12 h 57, le 30 septembre 2019

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