Un homme se promenant dans l'une des rues menant à la place de l'Étoile, dans le centre-ville de Beyrouth, le 24 juin 2026. Photo Philippe Hage Boutros/ L'Orient-Le Jour
Les eurobonds ne se sont pas davantage effondrés depuis la reprise de la guerre entre Israël et le Hezbollah et le conflit régional plus large entre les États-Unis et l’Iran. C’est ce que révèle la courbe des titres de dette en dollars émis par l’État libanais et toujours en circulation depuis le défaut de mars 2020.
Oscillant autour de 30 cents pour un dollar fin février, ils évoluent actuellement autour de 25 cents sur le marché secondaire (entre détenteurs, l’État n’en émettant plus), comme le confirme Marwan Barakat, directeur du département de recherche de Bank Audi, qui vient de publier son dernier rapport trimestriel sur l’économie libanaise.
Le rapport constate que la guerre a bel et bien inversé la tendance « favorable » qui se dessinait en début d’année et que « tous les indicateurs du secteur réel sont passés d’une phase d’expansion à une phase de contraction, en raison d’une demande atone pour les biens et les services », dans un contexte aggravé par « la forte accélération de l’inflation (+19 % en mai selon les chiffres officiels, contre 12,2 % en décembre, en rythme annuel), portée par la hausse des prix du pétrole ».
Comme en avril dernier, ses auteurs retiennent un scénario prévoyant une contraction du PIB de 5 % en 2026, si le cessez-le-feu actuel, bien qu’imparfait, se maintient jusqu’à la fin de l’année. Ils entrevoient également un déficit budgétaire de l’État en 2026, malgré un budget qui a une fois de plus reporté les dépenses d’investissement afin de maintenir un équilibre précaire que la reprise de la guerre a fait voler en éclats, sans pour l’instant avoir affecté la stabilité du taux de change.
Ils relèvent aussi que la balance des paiements libanaise est passée d’un excédent réel de 0,3 milliard de dollars en janvier-février 2026 à un déficit de 0,2 milliard de dollars entre mars et mai, sous l’effet du recul des entrées de capitaux, notamment les transferts des expatriés, les IDE, les recettes touristiques et les exportations. Le rapport met également en exergue un ralentissement du commerce extérieur : « Malgré l’effet mécanique de la hausse des prix liée à l’inflation, les importations ont reculé de 5,8 % sur un an en mars et avril, après avoir progressé de 32,3 % au cours des deux premiers mois de l’année, tandis que les exportations ont diminué de 10,2 % sur la même période. »
Optimisme ou illusion
Si les prix des eurobonds ne se sont toujours pas effondrés bien en dessous des 20 cents malgré ces contre-performances, c’est parce que « les investisseurs misent sur la possibilité d’une percée vers la paix et d’une relance du programme de réformes, qui conduiraient à terme à une restructuration de la dette avec des prix de récupération potentiels pour les eurobonds supérieurs à 30 cents pour un dollar », explique Marwan Barakat à L’Orient-Le Jour.
Le Liban n’a cependant pas encore convaincu le Fonds monétaire international, qu’il a approché après le défaut, de le laisser souscrire à un programme d’assistance financière conditionné à la mise en œuvre de réformes. Si le gouvernement de Nawaf Salam, formé début 2025, a tenté de faire avancer le dossier en adoptant des projets de loi critiques – secret bancaire, résolution bancaire, loi sur le trou financier – conformes aux attentes du FMI, le Parlement a introduit à plusieurs reprises des modifications avant le vote, que l’institution a jugées non conformes aux standards internationaux. Sur le plan sécuritaire, la récente reprise des hostilités entre Washington et Téhéran compromet la stabilité de toute la région, y compris au Liban, où le Hezbollah rejette les négociations directes entamées entre le gouvernement et l’État hébreu.
Un banquier s’exprimant sous couvert d’anonymat attribue pour sa part le repli mesuré des prix des eurobonds aux spéculations liées à « de nombreux petits investisseurs particuliers ou de petites transactions qui font bouger le marché, parfois en mettant en avant leurs attentes beaucoup trop optimistes sur le plan géopolitique ». « Ce sont les habituelles illusions libanaises selon lesquelles le salut est toujours à portée de main », estime-t-il.
Les détenteurs d’eurobonds regroupent des banques libanaises ainsi que des investisseurs représentés par l’Ad Hoc Group. La Banque du Liban détient également plus de 5 milliards de dollars de titres en valeur nominale, soit avant décote, sur les quelque 30 milliards de dollars encore en circulation.



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