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Liban - Social

Au Liban, la grogne sociale s’amplifie

Sit-in et mouvements de protestation dans les secteurs de l’enseignement, des transports et des entreprises.

Les enseignants contractuels, lors du sit-in hier, place du Musée. Photo ANI

Dans un contexte de crise économique et financière accrue, alimentée de surcroît par des dissensions entre les partis politiques, qui tentent à qui mieux mieux de s’emparer de crédits pour le budget 2020 en se basant sur des considérations sectaires et régionales, la grogne sociale s’amplifie. Après les mouvements de protestations menés mardi de part et d’autre tant par les propriétaires que par les locataires d’anciens immeubles, ainsi que par les lauréats de la fonction publique non encore recrutés, et en concomitance avec la tenue du Conseil des ministres qui planche sur la prochaine loi de finances, des sit-in et des conférences de presse ont été organisés hier dans différents secteurs socio-économiques.

Les enseignants contractuels de l’Université libanaise (UL) ont notamment tenu un sit-in devant le siège de l’administration centrale de l’université, place du Musée, pour revendiquer le respect de leurs droits, notamment leur intégration dans le cadre et le paiement de leurs salaires. « Le nombre d’enseignants contractuels dépasse celui des professeurs à temps plein, ce qui constitue une violation des dispositions légales régissant le travail au sein de l’université », a martelé Amine Élias, au nom des contestataires. « Depuis qu’en 2014, plus de 600 enseignants ont été mis à la retraite, l’université manque cruellement de compétences et a un besoin accru de nouveaux professeurs cadrés. » « Nous appelons le président et le conseil d’administration de l’UL à se pencher sur notre situation et à œuvrer pour supprimer l’injustice que nous subissons », a-t-il réclamé, exhortant les responsables de l’UL à « soumettre au gouvernement un dossier complet lié au temps plein et qui respecte la diversité nationale et les normes académiques ». Pour ce qui a trait aux salaires, le porte-parole des contractuels a déploré que « les honoraires ne soient pas payés depuis trois ans », s’indignant qu’« ils ne dépassent pas le salaire minimum ». Il a par ailleurs relevé que ces enseignants « ne bénéficient pas de la Caisse nationale de la Sécurité sociale ». Et d’appeler enfin le ministre de l’Éducation, Akram Chehayeb, à « résoudre cette crise le plus rapidement possible ».



(Lire aussi : « Sans les émigrés qui envoient de l’argent au Liban, que deviendrait-on ? »)



« Ôter le pain de la bouche des chauffeurs »

Souffrant eux aussi de leurs conditions de travail, les syndicats des transporteurs publics terrestres du Liban ont organisé hier une manifestation qui est partie du rond-point Cola pour arriver à l’avenue Béchara el-Khoury, où se trouve le siège de la société Uber. C’est que les chauffeurs de taxi, service et bus protestent contre les applications de partage de véhicules Uber et Careem qui « travaillent de manière illégale », selon eux. S’arrêtant devant le ministère de l’Intérieur, à Sanayeh, les manifestants ont protesté contre « les répercussions sur les conducteurs de véhicules publics causées par Uber et Careem ». Un participant au mouvement a réclamé la fermeture des bureaux d’Uber au Liban, « parce qu’il s’agit d’une société américano-sioniste qui a dévoré le monde entier », accusant les deux fournisseurs de service de transport via une application téléphonique « (d’)ôter le pain de la bouche des chauffeurs de taxi et de service, dans une situation économique difficile connue par tous ». « Si les responsables ne réagissent pas à nos revendications, nous prendrons des mesures d’escalade », a-t-il mis en garde.

Selon les derniers chiffres disponibles, Uber comptait, il y a un an, 2 500 chauffeurs travaillant pour la société au Liban qui ont transporté 55 000 usagers. Les applications de type Uber sont populaires au Liban, étant moins chères et plus pratiques que les taxis.


(Lire aussi : Blé, médicaments et carburant importés en dollars : la BDL passe à l’action)


« Veut-on saper le secteur des entreprises ? »

D’un autre côté, Maroun Hélou, président de l’ordre des entrepreneurs de travaux publics et de la construction, a lancé un cri d’alarme contre la situation économique désastreuse touchant ce corps de métier. « En prévision de toute escalade », a-t-il averti, M. Hélou a tenu, aux côtés de l’ancien président de l’ordre, Fouad el-Khazen, une conférence de presse au cours de laquelle il a évoqué les préjudices que cause aux entrepreneurs l’absence de paiement des échéances dues par l’État. « Les échéances dues par l’État aux entrepreneurs atteignent 596 millions de dollars », a-t-il déploré, demandant au gouvernement « de payer son dû parce que les entrepreneurs n’admettront désormais plus d’effectuer des travaux sans obtenir leurs droits ».

M. Hélou a par ailleurs abordé la question des intérêts élevés que prélèvent les banques en contrepartie des prêts accordés, soulignant qu’ils « alourdissent le fardeau ». « Veut-on par là saper le secteur ? » s’est-il demandé, appelant le gouverneur de la Banque centrale à « trouver des solutions, notamment en développant une ingénierie financière au profit des entrepreneurs ».

« Le cycle économique est au point mort et l’activité immobilière stagne », a ajouté par ailleurs le président de l’ordre des entrepreneurs, menaçant d’« une mobilisation sur le terrain, au cas où les revendications ne seraient pas satisfaites ».



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