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Liban

La rentrée scolaire frappe aux portes et... aux porte-monnaie

Éducation

Sous le signe de la précarité économique et d’une application chaotique de la grille des salaires, plus d’un million d’élèves, sans compter les jeunes réfugiés syriens, reprennent le chemin de l’école.

Fady NOUN | OLJ
12/09/2019

C’est l’un des moments forts de l’année pour plus d’un million d’élèves et de leurs familles : la rentrée des classes de septembre est aux portes. Elle a commencé, dans certains établissements, pour les classes terminales. Et elle est sur le point de démarrer en deux temps – les 16 et 24 septembre –,

pour des centaines de milliers de familles, dont elle va structurer pour quelque neuf mois le rythme de vie, que l’école soit privée ou publique, communautaire, « laïque » ou spécialisée. Car la rentrée ne rythme pas seulement le temps des élèves. Son impact est considérable non seulement sur les parents et la communauté enseignante, mais aussi sur les commerces – livres, habillement, pédiatres, oculistes –, ainsi que sur la circulation, notamment aux abords des écoles et lors du passage des bus scolaires à l’aller et au retour. En fait, avec ses congés, ses fêtes et ses dates spéciales, l’année scolaire structure le temps de toute la nation.

Dans les jours qui viennent, la rentrée sera donc complète pour 1 060 000 élèves répartis entre le public et le privé comme suit : écoles publiques (31 % de la population scolaire), écoles catholiques (18 à 20 %), le pourcentage restant (environ 50 %) allant aux écoles communautaires ou privées. À ces chiffres, il faut ajouter un contingent d’élèves syriens, équivalant à un peu moins de la moitié du contingent libanais, mais qui sera scolarisé suivant des horaires spéciaux dans les écoles publiques. Il faut compter aussi des dizaines de milliers de laissés-pour-compte syriens (240 000 enfants selon les chiffres de l’AUB), qui ne trouveront pas de place, ni sur les bancs scolaires publics ni dans les écoles privées.


Les frais scolaires
La rentrée, cette année, est marquée du sceau de la précarité économique et d’une application chaotique de la grille des salaires de 2018. Dans les grandes écoles catholiques, dont le prestige demeure intact auprès des parents en dépit de tous les dénigrements, les frais scolaires sont élevés. Dans l’une des écoles les plus chères d’Achrafieh, les frais annuels dans les classes terminales atteignent 8 000 dollars. Ce chiffre peut encore augmenter dans les écoles privées les plus cotées, alors que la moyenne des frais dans les écoles catholiques du Mont-Liban se situe autour de 8 millions de livres (environ 5 000 dollars). Au bas de l’échelle, dans le préscolaire, les frais sont d’environ 5 millions de livres (environ 3 500 dollars). À quoi s’ajoutent les livres et « fournitures », sans parler des uniformes de rigueur dans certains établissements.

Au comptoir d’une grande librairie, une mère dont les trois enfants sont inscrits à la Sainte Famille avoue débourser 900 000 livres au total, soit 200 dollars en moyenne par enfant, pour des livres scolaires venus de France et dont les prix sont en euros.

Pour les fournitures, les parents ont un peu plus de marge de manœuvre. Nidal A., mère de cinq enfants, dont seulement une fille est toujours scolarisée au Lycée franco-libanais, a tenté sa chance du côté des petites librairies de quartier, plus économiques. « Pour un cahier Clairefontaine, je peux acheter deux, voire trois cahiers d’excellente qualité fabriqués au Liban », fait-elle remarquer. En quittant la librairie Marcel, le propriétaire lui a dit « Merci d’être passée », un mot gentil que les caissières des géants du livre scolaire, débordées, n’auront pas le temps de lui adresser. « Ce contact humain fait une différence », dit-elle. Mais alors, quand elle avait à régler cinq scolarités, comment s’y prenait-elle ? « Leur pauvre père s’épuisait du matin au soir ; l’argent, nous n’avions même pas le temps d’en sentir l’odeur », lance-t-elle.



(Pour mémoire : Frais de scolarité, école publique, bons plans : à l'heure de la rentrée, la parole aux parents)



Mauvaise image de marque
Dans les écoles publiques, tout est gratuit, et même les livres et fournitures sont subventionnées, assure le directeur de l’Éducation Fady Yarak. Selon le ministère, les demandes d’inscription pour l’année scolaire 2019-2020 sont en augmentation et un problème de place s’y pose. Toutefois, l’école publique continue de souffrir d’une mauvaise image de marque, souvent injustifiée. Marie-Christine T., mère de trois enfants, dont l’aîné est passé à l’école publique secondaire de Dhour Choueir – « pour des raisons financières, évidemment ! »,

confirme-t-elle –, ne tarit pas d’éloges pour le remarquable niveau de cette école, tenue d’une main de fer par sa directrice. Il faut dire que la maman était elle-même passée par l’école publique et que cette dernière bénéficie donc à ses yeux d’un préjugé favorable. Le directeur général de l’Éducation relève pour sa part qu’une centaine de bâtiments scolaires publics ont été rafraîchis et rénovés, pour un meilleur accueil des élèves. Il note en revanche qu’en raison de l’arrêt provisoire de tout recrutement dans l’administration, un problème d’effectifs va peut-être se poser et que les 40 000 enseignants vacataires et contractuels de l’Éducation vont être différemment redistribués sur les écoles, pour faire face aux nouveaux venus et au contingent scolaire syrien.


L’année s’annonce difficile
Dans le privé, l’année scolaire 2019-2020 s’annonce difficile, en raison de la détermination de beaucoup de directions d’école à ne pas payer aux enseignants les six échelons supplémentaires que leur a reconnus la loi de 2018 sur la fameuse grille des salaires. Il faut s’attendre d’ores et déjà à des séquences de grève et au traditionnel chantage à la correction des examens.

« Qu’à cela ne tienne », réagit à l’avance le directeur du secrétariat des écoles catholiques, le père Boutros Azar, contacté par L’OLJ, tout en soulignant pour la énième fois combien cette loi est mal étudiée et comment elle a plongé l’enseignement privé dans une crise susceptible de mettre en péril son existence, entraînant déjà la fermeture de quelques petites écoles. Le prêtre dénonce en outre l’alignement des deux systèmes scolaires public et privé, une ligne rouge sacrée pour les enseignants du privé.

Si les directions scolaires refusent d’accorder les augmentations prévues par la loi, c’est d’abord parce qu’elles savent que les parents ne pourront pas – ou ne voudront pas – en assumer les conséquences, sous forme d’une augmentation des écolages. Les comités de parents, en tout cas, sont intraitables là-dessus. Car ces nouvelles charges ne viendront pas toutes seules. Dans les tranches de la population concernées, on anticipe en effet, en plus de celle qui a suivi l’adoption de la loi, une nouvelle vague de hausse des prix, en raison du budget d’austérité 2019 d’abord, mais surtout en raison du budget 2020 qui, bien qu’il n’ait pas encore été adopté, prévoirait une mise à niveau qui s’annonce douloureuse des tarifs de l’électricité, sans parler d’une hypothétique hausse de la TVA et du prix de l’essence, et de nouvelles taxes sur les produits de luxe, les intérêts bancaires, etc. Autant de majorations qui finiront immanquablement par se répercuter sur le panier de la ménagère, juge-t-on dans ces milieux. Or le secteur privé n’a pas bénéficié des « largesses » de la nouvelle grille des salaires votée dans le secteur public, et l’accumulation de ces charges, prévoit-on, pèsera trop lourd pour lui. Voici, brossé rapidement, le tableau qui s’offre en cette rentrée des classes.

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