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À La Une - Liban

Frais de scolarité, école publique, bons plans : à l'heure de la rentrée, la parole aux parents

L'Orient-Le Jour a recueilli les témoignages de six parents d'élèves inscrits dans des écoles publiques ou privées, dans différentes localités libanaises.

Des écoliers se retrouvent pour le premier jour de la rentrée scolaire au Liban. Photo Naser Trabulsi

La rentrée scolaire est un moment charnière pour les enfants qui retrouvent les bancs de l'école après de longues vacances, mais également pour les parents qui la préparent tout autant. Comment ces parents abordent-ils l'année scolaire 2015-2016 qui a déjà débuté dans certains établissements ?
L'Orient-Le Jour a recueilli les témoignages de six parents d'élèves inscrits dans des écoles publiques ou privées, dans différentes localités libanaises.

Préparer ses enfants ou pas...
"Une rentrée réussie, c'est d'abord une rentrée préparée", indique Édouard*, enseignant dans une école catholique à Jbeil. Édouard et Jemma*, enseignante elle aussi dans le même établissement, sont les parents de Rawad, qui passe en seconde après avoir brillamment réussi son examen du brevet, et de Line, qui entre en quatrième. Les deux époux suivent attentivement la scolarité de leurs enfants, sans relâcher la pression pendant les vacances. "Nous tenons pendant l'été à ce que nos enfants fassent quelques exercices", explique Édouard.

Pour certains parents, la rentrée scolaire passe comme une lettre à la poste. "Mathilde* aime l'école, elle a hâte d'aller en cours, d'autant plus qu'elle est en vacances depuis le 18 juin", explique Céline*, la mère franco-libanaise de cette petite fille de six ans inscrite dans un établissement catholique à Achrafieh.
Céline ne craint pas la rentrée. "Ma fille ne vit pas du tout cela comme un bouleversement", indique-t-elle. "Mathilde a déjà commencé à lire et à écrire. Pour elle, passer en CP est une sorte de continuité".
Céline, qui travaille tout comme son époux, est également la mère d'un petit Robin*, âgé de 10 mois. Le couple a décidé de l'inscrire dans une garderie, près de chez eux. "L'établissement est correct. Il accueille six enfants et les personnes qui y travaillent m'inspirent confiance", assure-t-elle. Coût de cette garde, un peu plus de 300 dollars par mois, auxquels s'ajoute un forfait mensuel de 60 dollars pour payer le service de garde (pour quelques heures après la journée scolaire) que propose l'école de Mathilde.

 

Photo Michel Sayegh

 

Les frais de scolarité "plombent" les familles
Quel que soit leur rang social, toutes les familles interrogées déplorent l'augmentation des dépenses liées à l'éducation. Ce sont les frais de scolarité qui constituent le premier poste de dépense.
Deux des enfants de Marlène* ont suivi leur cursus secondaire dans un lycée franco-libanais situé hors de Beyrouth. Le troisième, Karl*, entre en Terminale dans le même établissement. Marlène, qui a vécu une vingtaine de rentrées scolaires, a un certain recul sur l'évolution du coût des la scolarité de ses enfants. "Les frais de scolarité ont toujours été élevés et leur augmentation est continue. On se demande parfois ce que l'établissement fait de l'argent qu'il récolte", s'interroge cette mère au foyer.

Selon un article publié en novembre 2014 dans Le Commerce du Levant, les frais de scolarité augmenteraient chaque année de 5 à 10 % en moyenne dans les écoles privées. L'année dernière, ils variaient par exemple entre 5.000 et 10.000 dollars par an à Beyrouth et sa périphérie, certains établissements se situant en dessous de cette fourchette et d'autres dépassant la barre des 15.000 dollars.

 


Photo Hassan Assal

 

Dénicher les bons plans...
Retour à Jbeil auprès d’Édouard et Jemma. En tant qu'enseignants, les deux parents bénéficient de certaines facilités de paiement, notamment en matière d'échelonnement des frais de scolarité. Des privilèges qui n'empêchent pas Jemma de déplorer une augmentation constante des prix. "Les fournitures scolaires de qualité deviennent de plus en plus chères", constate-t-elle. "Aujourd'hui, les prix des cartables, des cahiers, des stylos et des autres fournitures sont beaucoup plus élevés qu'il y a dix ans".


Le budget consacré aux livres scolaires est de loin le plus important du panier de la rentrée, hors frais de scolarité. Selon les professionnels du secteur, ce budget peut varier entre 200 dollars pour les classes primaires et 500 dollars pour les classes secondaires. Le prix varie aussi si le livre est édité au Liban ou importé de l'étranger. A ce budget, s'ajoute celui des fournitures scolaires, qui peut varier entre 50 et 250 dollars.
Plus globalement, l'ensemble des frais liés à l'éducation ont augmenté de 4,52 % en rythme annuel, selon le dernier indice des prix à la consommation publié en juillet par l'administration centrale de la statistique. Un indicateur qui regroupe les dépenses liées aux livres scolaires, fournitures, activités parascolaires et un ensemble de frais obligatoires.

 

(Lire sur le sujet : La rentrée scolaire plombe le panier de la ménagère)


Alors, pour faire des économies, ces parents optent pour des fournitures de moyenne gamme et visitent souvent les foires aux livres scolaires. "Pas question d'acheter des livres neufs chaque année", assure Édouard. Marlène fait également le tour des braderies de livres avant la rentrée. Autre astuce : "J'ai parfois pu réutiliser les livres de l'aîné pour les deux petits".

 


Photo Sami Ayad

 

Le poids des élèves syriens
Dina habite près de Baalbeck, dans la Békaa. Elle observe avec effroi l'afflux d'élèves syriens dans l'école primaire où sont inscrits ses deux enfants.
"Une amie m'a raconté que plusieurs parents n'ont pas pu inscrire leurs enfants à l'école faute de place", explique-t-elle, se défendant de toute discrimination. "Nous n'en sommes même plus à réclamer que l’État s'occupe des écoles publiques qui sont dans un état déplorable. Nous voulons juste que nos enfants aillent à l'école", poursuit-elle.


Lors de l'année scolaire précédente, 106.795 enfants syriens ont été intégrés dans les écoles publiques libanaises. Cette année, le ministère de l’Éducation compte doubler le nombre d'enfants syriens inscrits pour atteindre les 200.000 élèves. Quelque 238.000 élèves libanais sont inscrits dans les écoles publiques.

 

(Sur le même sujet : Éducation gratuite pour 200 000 enfants de réfugiés dans les écoles publiques)

 

La misère de l'école publique
Faten Jaber habite un petit village du Liban-Sud, près de la frontière avec Israël. N'ayant pas les moyens d'inscrire ses enfants dans des établissements privés, elle a opté pour l'école publique. Lorsque cette mère compare la situation de ses enfants avec celle de ses neveux installés en France et en Afrique, elle s'emporte. "Mes enfants étudient dans des taudis", tonne-t-elle. "L’État s'occupe des salaires des professeurs et c'est bien, il doit le faire. Mais est-ce qu'il se soucie des élèves, de la future génération ?", dénonce-t-elle.

Pêle-mêle, Faten se plaint de l'afflux des élèves syriens, de la misère des équipements de l'école publique et du coût de la vie. Un seul rayon de soleil perce dans ce marasme, le taux de réussite dans ces écoles, malgré tout. "On se dit qu'il reste au moins cela, que nos enfants auront un vrai bagage scolaire".

 

 
*Le nom a été modifié à la demande de la personne interviewée

 

 

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