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La liberté d’expression, un droit sacré pour la jeunesse du Liban

Débat

Pouvoir s’exprimer librement mais avec respect et politesse, telle est la demande de nombreux jeunes Libanais, révoltés par les derniers événements qui ont secoué le pays et qui ont porté atteinte à leur droit de s’exprimer librement. Un droit qu’ils défendent farouchement.

31/08/2019

Dana Khattar : « Les limites imposées à la liberté d’expression créent une frustration qui risque d’exploser violemment »

« Toute personne a le droit d’exprimer sa propre pensée sur un sujet donné qui lui plaît ou non, mais dans les limites du respect de l’autre. Malheureusement, au Liban, il y a un tabou autour de certains sujets que l’on ne peut pas aborder, à cause de la pression sociale qui pousse la plupart des jeunes à renoncer à dire franchement leurs opinions sur les réseaux sociaux, au risque d’être catalogués, jugés et parfois mis au ban de la société de la part de cette même jeunesse. Et c’est cela qui est terrible aujourd’hui au Liban. De plus, à force d’interdire aux jeunes de s’exprimer sur tel ou tel sujet, cela crée en eux une frustration qui risque d’exploser violemment. Et là réside le vrai danger. La solution : éduquer les tout-petits depuis leur plus jeune âge à exprimer leur pensée mais de façon respectueuse sans user de violence ou de mots blessants. »

Joseph Farchakh : « Lorsqu’il s’agit de liberté d’expression, il n’y a pas de demi-mesure »

« Pour moi, il n’y a pas de demi-mesure : ou il y a une liberté d’expression totale, ou il n’y a pas. Je comprends que la religion soit une ligne rouge. Je suis moi-même très croyant et pratiquant. Mais je ne peux pas pousser les autres à respecter les mêmes valeurs que moi. Arrêtons cette hypocrisie. Il y a des scandales qui se passent au sein de l’Église et qui sont tus. En interdisant à un groupe musical de se produire, l’Église a créé un précédent très dangereux. Tout le monde aura le droit d’imposer ses lois selon ses propres convictions ou celles de son parti ou son leader. Idem pour la politique. On arrête des jeunes, des bloggeurs ou des journalistes pour avoir osé insulter un ministre ou un député. À mon avis, seul l’État ou la justice sont en droit de mettre des limites, à condition toutefois que leurs décisions soient sages et justes. »



(Lire aussi : À Ehden, un appel à défendre la liberté d’expression et à lutter par la culture)


Ingrid Chahine : « C’est en apprenant à dialoguer que l’on fait avancer les mentalités »

« Je suis pour une liberté d’expression absolue. Chacun est libre de son opinion et doit l’exprimer avec respect. Aujourd’hui, nous avons un accès à l’information beaucoup plus facile que celui des générations précédentes. En évitant de parler de certains sujets sensibles ou en censurant d’autres, on empêche les gens de mieux connaître les vraies données du problème et pire, on attise leur curiosité. Ils iront alors eux-mêmes chercher les infos sur tel ou tel autre site, ce qui est beaucoup plus dangereux. Dans le cas du tollé contre Mashrou3 Leila, il y avait une grave contradiction : d’une part, ces internautes disaient défendre une religion qui parle d’amour, et de l’autre, ils réagissaient avec violence et criaient vengeance. C’est en apprenant à dialoguer avec respect que l’on pourra faire avancer les mentalités dans le pays. »

Perla Tanios : « C’est à la justice et à l’État seuls que revient le droit de poser certaines limites »

« Malheureusement au Liban, nous sommes loin d’être un pays libre où l’on peut dire ce que l’on pense sans créer de polémiques autour de certains sujets. Depuis notre enfance, nous grandissons avec l’interdiction d’aborder certaines questions très sensibles. Ce n’est qu’à l’université que nous avons pu, pour la première fois, parler de sujets tabous. Et malgré cela, nous n’avons pas pu aborder librement ces questions, de peur de porter atteinte aux croyances de certains. Et c’est cela qu’il faudrait commencer à changer. Dire ce que l’on pense, certes, mais de façon respectueuse avec des mots bien pesés, sans blesser les autres ou leur porter préjudice. Et, au final, c’est à la justice et à l’État seuls que revient le droit de poser certaines limites avec beaucoup d’objectivité, et non pas à des personnes ou au clergé, comme cela s’est passé dernièrement. »

Mélissa Deryane : « Si nous étions un état laïc, tout aurait été plus facile »

« On prétend être un pays démocratique et libre, mais la liberté d’expression n’existe pas chez nous. En tant que journaliste, je me suis rendu compte que nous n’avons pas la liberté de nous exprimer comme nous le voulons, à cause de la pression exercée par certains partis ou personnalités politiques. Et je dénonce cela car j’estime qu’un journaliste devrait oser aborder tout sujet qui concerne la société, pour pouvoir dénoncer et/ou mettre en lumière certaines choses. Par ailleurs, la religion est omniprésente et joue un très grand rôle dans les limites imposées à la liberté d’expression. Sans oublier les mœurs et les croyances personnelles de chacun qui lui ont été inculquées depuis son plus jeune âge, et qui rentrent également en jeu. Si nous étions un état laïc, tout aurait été plus facile. Il n’y aurait eu aucun interdit. Et c’est cela la vraie liberté. »


(Lire aussi : À Hamra, mobilisation inédite « pour la liberté d’expression »)


Sarah-Joe Geara : « Les mentalités sont encore très arrêtées sur certains sujets »

« Au Liban, il y a encore des sujets tabous que l’on ne peut pas aborder, des idées que l’on ne peut pas défendre. Beaucoup de jeunes sortent du pays et sont confrontés à d’autres mentalités. Et malheureusement à leur retour, ils font face à des barrières sociales qui mettent un frein à leur façon de penser, car les mentalités sont encore très arrêtées sur certains sujets, surtout dans les villages. Il y a un décalage très grave entre la mentalité des jeunes qui quittent et celle du pays. Ce qui fait que ces jeunes fuient le pays ; ailleurs, tout est permis dans la mesure du possible, ils ont la liberté d’arriver là où ils aspirent, et faire ce qu’ils veulent sans barrières ni interdits. Malheureusement, le changement des mentalités et l’ouverture d’esprit ne s’opèrent pas en une fois, mais sur plusieurs années, en commençant par éduquer la nouvelle génération. »

Élissa Semaan : « Je refuse qu’on attaque mes croyances »

« Je suis pour la liberté d’expression dans tous les domaines, et je refuse que l’on m’empêche de m’exprimer en me mettant des interdits ou des limites sur tel ou tel sujet à aborder, sauf en ce qui concerne la religion. Car, au Liban, c’est un sujet très délicat vu les différentes communautés qui existent dans le pays. De plus, c’est un symbole qui va au-delà de ce que l’on pense. Je respecte les croyances des autres, s’ils sont athées et ne croient pas en Dieu, mais je refuse qu’ils me blessent ou attaquent mes croyances. Nous-mêmes nous devrions mettre les limites à ce qui doit être dit ou pensé. Mais, au final, toute vérité peut blesser, et c’est pour cela que certaines barrières ou lois sont indispensables pour empêcher les choses de dégénérer. Et c’est certainement la justice qui doit trancher et non pas des partis politiques ou religieux. »

Joe Assad : « Il faut briser les tabous… »

« La liberté d’expression doit être contrôlée mais pas limitée. On peut dire ce que l’on veut, mais avec des mots bien pensés et non pas blessants, en critiquant de manière plutôt constructive. Je crois que c’est en parlant librement de ce que l’on pense que l’on pourra avancer et faire développer le pays. Il faut avoir une ouverture d’esprit beaucoup plus vaste et briser les tabous que l’on nous impose et qui reviennent à la culture de chaque pays. Certains sujets interdits au Liban ne le sont pas ailleurs. Finalement, les limites doivent être fixées par l’individu lui-même, et non par l’État. Ce qui revient à dire qu’il faut éduquer les jeunes depuis leur plus jeune âge, leur apprendre à ne pas avoir peur de dire ce qu’ils veulent, mais toujours dans le respect et la considération des croyances des autres, pour ne pas les blesser. »



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