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Culture

Oussama Abdel Fattah, à la recherche des racines perdues

Rencontre

Le musicien et professeur de oud accompagne le danseur et chorégraphe Omar Rajeh dans la tournée européenne automnale du spectacle « Baytna ».

28/08/2019
Oudiste de talent depuis plus d’une dizaine d’années, Oussama Abdel Fattah a été baigné par les chants et les rythmes traditionnels arabes pour lesquels les moulins de son cœur ne se sont jamais arrêtés de tourner. Né dans un village de la région du Akkar, son enfance était bercée par les mélodies de sa mère chanteuse et le lyrisme de son père poète. Initié par un ami de la famille, Oussama Abdel Fattah commence, à l’adolescence, à découvrir les secrets du oud avant de rejoindre la classe de Khaled Najjar au Conservatoire national supérieur de musique à Tripoli. Celui-ci aura une profonde influence sur la personnalité musicale du jeune interprète grâce à « sa méthode innovante d’apprentissage ». La passion de Abdel Fattah pour la musique le conduira, quelques années plus tard, à s’engager dans la voie des métiers d’art et d’apprentissage, en s’inscrivant à la faculté de pédagogie musicale de l’Université libanaise. À cet égard, Abdel Fattah tient à indiquer que le Liban, ravagé par plusieurs années de guerre, porte toujours les stigmates de ce conflit qui se manifestent par la perte des valeurs humaines face au matérialisme. Et d’ajouter : « Je suis convaincu que, dans une société comme la nôtre, la littérature et les arts demeurent encore plus importants que les matières scientifiques, car ils aident les étudiants à mieux se connaître et ainsi à mieux exprimer ce qu’ils ressentent. »

La musique arabe

dans les gènes

Durant son parcours universitaire, il rencontre le violoniste et musicologue Nidaa Abou Mrad, qui « n’a jamais hésité un instant à mettre son expertise » dans le domaine de la musique du Levant à la disposition de ses étudiants : « C’est principalement grâce à lui que j’ai pu plonger pour de bon dans l’univers de la musique traditionnelle arabe. Le conservatoire, qui suit plutôt la voie du modernisme, ne lui accordait pas assez d’importance. » Très attaché à cette musique qu’il considère avoir « dans les gènes », Oussama Abdel Fattah s’est fixé, tout au long de ses années d’étude, l’objectif d’absorber et de compiler toutes les informations qui lui permettaient de mûrir musicalement, que ce soit à l’université ou au conservatoire. Cependant, suite à un conflit, le jeune oudiste a dû quitter le vivier musical national, un an avant sa dernière année de diplôme. « Au conservatoire, la méthode d’apprentissage de la musique orientale était très figée et les étudiants qui voulaient se détacher de ce système pour se rapprocher plus de la musique traditionnelle libre, démunie de toutes ces obligations, ne pouvaient pas le faire. À mon avis, le conservatoire qui dérive du mot conserver, devrait être le pionnier de la conservation de cette musique traditionnelle », explique-t-il avec amertume en posant la question suivante : « Combien des diplômés de la section orientale du conservatoire ont-ils connu une notoriété sur la scène libanaise ? »

Fier de la connaissance qu’il a acquise auprès des grands du domaine, Abdel Fattah se considère comme un expert de la musique traditionnelle arabe et résume ainsi l’état actuel de la musique orientale : « Durant ces dernières décennies, la musique orientale cherche à se rapprocher de la musique occidentale et je trouve que c’est l’un des complexes d’infériorité du monde arabe par rapport à l’Occident. » Oussama Abdel Fattah prône le retour aux origines et encourage l’évolution de la musique arabe, mais de « l’intérieur » et non pas de « l’extérieur », en y greffant ce qui ne fait pas partie de « la culture de nos pays ».

Archivage et digitalisation

Oussama Abdel Fattah s’est fait un nom en France suite à sa collaboration avec l’accordéoniste d’origine libanaise Sébastien Bertrand, adopté à l’âge de 9 mois par une famille française. Leur rencontre s’est fait, en 2010, alors que le musicien français interprétait ses compositions au théâtre Monnot. Ayant tous les deux le même désir de connaître et de promouvoir la musique traditionnelle, tout en laissant une place à la musique occidentale, ils se sont lancé dans une tournée en France, entre 2010 et 2014, financée par des municipalités françaises et le Centre culturel français du Liban.

En même temps, Abdel Fattah a participé, à partir de 2012, et en collaboration avec AMAR Foundation (Arab Music Archiving and Research) à l’archivage et la digitalisation des archives de la musique traditionnelle arabe regroupant plus de 8 000 disques datant entre 1894 et 1940. AMAR tend ainsi à « conserver les traditions musicales arabes enregistrées par les méthodes primitives d’enregistrement, telles que les disques et leur ancêtre, les rouleaux phonographiques en cire, en utilisant des technologies de pointe ». Elle cherche également à soutenir la recherche universitaire et la documentation scientifique, à intégrer ce genre musical dans les programmes éducatifs et à sensibiliser le public à la tradition de la musique arabe.

La fondation sort ainsi régulièrement des CD dans le but de diffuser cette musique, mais aussi de financer ses travaux. « Ce gigantesque travail a été initié et sponsorisé exclusivement par Kamal Kassar alors qu’un tel projet aurait dû être encadré et financé par des États », regrette Abdel Fattah.

Récemment, en collaboration avec Omar Rajeh et Maqamat Dance Theatre, le oudiste a interprété à deux reprises sa musique, à Citerne Beirut, accompagné d’anciens enregistrements diffusés par un phonographe, tout en expliquant au public le contexte de chacune des pièces écoutées et jouées. En plus de son travail en tant que professeur de oud et coach vocal, Oussama Abdel Fattah poursuit, en automne, sa tournée en France avec Omar Rajeh en interprétant le spectacle Baytna (Notre maison), avant de le présenter pour la première fois en Allemagne en 2020. Son dernier conseil : « Construisons de bons liens avec nos racines ! »

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