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Le Liban et la Turquie pour un retour des réfugiés syriens

diplomatie Recevant le chef de la diplomatie turque, le chef de l'Etat estime que "le fait que la communauté internationale continue d'ignorer l'importance d'un retour des déplacés pousse à se poser de nombreuses questions".
OLJ
23/08/2019

Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, en visite vendredi à Beyrouth, a évoqué avec le chef de l'Etat, Michel Aoun, et le chef de la diplomatie, Gebran Bassil, le conflit en Syrie et la question du retour des réfugiés syriens installés dans les pays voisins, notamment le Liban et la Turquie.

"Le Liban et la Turquie ont la même préoccupation, le retour des déplacés dans leurs foyers en Syrie", a déclaré M. Aoun, qui a reçu M. Cavusoglu au palais de Beiteddine. Il a estimé que "le fait que la communauté internationale continue d'ignorer l'importance d'un retour des déplacés pousse à se poser de nombreuses questions". "Le Liban tient à un retour digne" des réfugiés, a ajouté le chef de l'Etat, estimant la communauté internationale devrait fournir une aide humanitaire "en territoire syrien" aux réfugiés qui rentrent dans leurs pays, ce qui pourrait les encourager à retourner chez eux.
Les réfugiés qui ont été rapatriés du Liban, dans le cadre des opérations menées par la Sûreté générale libanaise "n'ont pas été harcelés" à leur retour en Syrie et ces opérations se poursuivront, a encore affirmé le président Aoun. 

De son côté, le ministre Cavusoglu, qui a souligné "le rôle du Liban dans le maintien de la sécurité et la stabilité régionales", a affirmé que le point de vue d'Ankara vis-à-vis des réfugiés syriens est identique à celui du Liban. 

La Turquie accueille 3,6 millions de réfugiés syriens selon l'ONU, le Liban 1,5 million, selon les chiffres du gouvernement.  Selon le gouvernement turc, près de 340.000 de ces réfugiés sont rentrés en Syrie depuis le début de la guerre -, "tous volontairement". Au Liban, depuis 2017, ce sont 325.000 réfugiés qui sont repartis dans leur pays, dans le cadre d'opérations coordonnées par la Sûreté générale, qui envoie des listes de noms de personnes souhaitant être rapatriées, pour approbation, à Damas. Plusieurs ONG mettent toutefois en doute le caractère volontaire de ces retours, dénonçant des mesures visant à resserrer l'étau autour des réfugiés.



(Lire aussi : Expulsés de Turquie, des Syriens racontent leur calvaire)



Coopération libano-turque pour un retour "sûr"
Après avoir été reçu à Aïn el-Tiné par le président de la Chambre, Nabih Berry, le chef de la diplomatie turque a été reçu par son homologue, Gebran Bassil. 

"Le Liban et la Turquie vivent les mêmes défis, surtout en ce qui concerne la crise en Syrie, sur le plan sécuritaire, avec l'infiltration des terroristes, et en ce qui concerne la crise des déplacés", a affirmé Gebran Bassil, lors d'une conférence de presse conjointe avec son homologue turc. "Le Liban accueille le plus grand nombre" de réfugiés dans le monde, proportionnellement à sa superficie et sa démographie, a-t-il ajouté, estimant qu'il s'agissait "d'un devoir que le Liban avait accompli". Il a toutefois souligné que cette nécessité pour les Syriens de se réfugier dans les pays voisins "se dissipe". Les réfugiés ont désormais besoin "d'un retour sûr vers leur pays et nous devons coopérer pour organiser ces retours avec la Turquie et la Jordanie", a insisté M. Bassil. 

"La Turquie et le Liban ont des regards différents sur la question de déplacés et c'est pour cette raison que nous coopérons à ce sujet et que chaque pays emprunte le chemin qui lui semble le plus approprié pour faire rentrer les déplacés dans leur pays", a souligné le ministre libanais. "Il faut faire la différence entre la résolution politique du conflit syrien et la nécessité de mettre en œuvre le retour des réfugiés et la reconstruction de la Syrie", a appelé Gebran Bassil. 

Le ministre Cavusoglu a soutenu cette position de M. Bassil concernant la nécessité de mettre en œuvre une solution politique en Syrie et annoncé un "échange d'expériences avec l'Etat libanais" pour le retour des réfugiés. "La Turquie comprend les souffrances qu'endure le Liban à cause de la crise des déplacés", a-t-il souligné. Les réfugiés ont peur de rentrer en Syrie et il faut dissiper cette peur, a encore appelé le ministre turc. 

Il a, dans ce cadre, proposé l'organisation d'une conférence conjointe avec le Liban, l'Irak et la Jordanie, à laquelle seraient invités des représentants de la communauté internationale, afin d'évoquer la question du retour des réfugiés.



Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu (g) et son homologue libanais Gebran Bassil. AFP / ANWAR AMRO



Résolution politique
Concernant le conflit syrien, Gebran Bassil a affirmé que "le Liban est en faveur d'une solution politique et veut que "le peuple syrien puisse décider de son avenir". Il a dans ce cadre affiché son soutien aux conférences d'Astana (la capitale kazakhe, rebaptisée Nur-Sultan) et de Genève. La première de ces conférences est organisée à l'initiative des pays alliés du régime, notamment la Russie et l'Iran, et le Liban y participe en tant qu'observateur depuis juillet dernier, tandis que la seconde se tient sous l'égide de l'ONU. "Nous voulons que le Liban participe aux négociations d'Astana", a souligné pour sa part le ministre turc. 

La Turquie est actuellement engagée dans le conflit syrien, aux côtés des rebelles et des jihadistes, et face au régime syrien de Bachar el-Assad et à la Russie. Ces derniers sont en train de reconquérir, localité après localité, la province d'Idleb, dans le nord-ouest de la Syrie. Vendredi les forces du régime syrien ont encerclé un poste d'observation de l'armée turque à Morek, près de cette province, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).  Lors de la conférence de presse avec Gebran Bassil, M. Cavusoglu a indiqué que son pays n'abandonnerait pas ce poste d'observation. "Nous ne sommes pas là-bas parce que nous ne pouvons pas en partir, mais parce que nous ne voulons pas en partir", a-t-il martelé, assurant que les soldats turcs n'étaient pas "isolés".

Le ministre turc a par ailleurs indiqué avoir discuté avec son homologue libanais des "moyens de soutenir l'économie libanaise", affirmant que les entreprises turques "veulent investir au Liban pour renforcer l'économie du pays". Gebran Bassil a de son côté invité Ankara à "s'ouvrir au tourisme au Liban".

En fin d'après-midi, le chef de la diplomatie turque a été reçu par le Premier ministre, Saad Hariri, au Grand sérail, en présence du conseiller du chef du gouvernement libanais, l'ancien ministre Ghattas Khoury. L'entretien a porté sur la situation du Liban et dans la région, ainsi que sur les relations bilatérales. Selon un communiqué du bureau de presse de M. Hariri, ce dernier a salué le rôle du contingent turc au sein de la Force intérimaire des Nations unies. Le chef du gouvernement a également indiqué à M. Cavusoglu qu'il avait levé l'interdiction d'importer certains produits turcs au Liban. De son côté, le ministre turc a exprimé le soutien de son pays au Liban et à ses institutions, particulièrement à l'armée libanaise. Il a également indiqué que les sociétés turques étaient disposées à investir au Liban, notamment dans le domaine des infrastructures. Les deux hommes ont par ailleurs convenu de réactiver l'accord de libre-échange signé entre les deux pays.



Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu (g), et le Premier ministre libanais Saad Hariri. Dalati et Nohra



Le chef de la diplomatie turque a ensuite été reçu par la ministre libanaise de l'Intérieur, Rayya el-Hassan.


Le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu (g), et la ministre de l'Intérieur, Rayya el-Hassan. Photo Ani



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De la nécessité de délimiter la frontière avec la Syrie

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Sarkis Serge Tateossian

Ce qui est frappant c'est l'indifférence du monde qui a enclenché les guerres dans les pays arabes au nom de la démocratie....

Devant les complications l'Europe s'est calmé

La Turquie qui soutien l'état islamique à compris aussi que c'était une peine perdue..

Les nombreux réfugiés entassés sur ses frontières dans l'espoir de gagner l'occident par la Grèce ont juste servi à la Turquie à encaisser les 6 milliards d'euros...

Maintenant qu'elle n'en a plus besoin des réfugiés pour encaisser d'autres milliards, ils peuvent rentrer chez eux.

Seul pays qui a payé le prix fort sur tous les tableaux c'est bien le Liban.

Bref le voyage d'effendi Mevlut à servi à briller devant les projecteurs et répéter qu'il est pour le retour des réfugiés syriens chez eux... Tant mieux mais nous on s'en douter....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

FACILE A DIRE. DIFFICILE A METTRE EN OEUVRE.

PAUL TRONC

Le défi perdu de Golani à la Turquie.

Elle est où cette bactérie qui disait ne pas être concernée par les accords russo irano turques d'Astana ?

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