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Moyen Orient et Monde

Le « génie séparatiste » sera très difficile à replacer dans sa boîte

Yémen

Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques au Pembroke College de l’Université d’Oxford, répond aux questions de « L’OLJ » sur les derniers développements dans le Sud yéménite.


22/08/2019

Que va-t-il advenir du Yémen du Sud ? La question est sur toutes les lèvres depuis une dizaine de jours alors que les séparatistes du Conseil de transition du Sud (CTS) se sont emparés du palais présidentiel et de positions majeures dans la ville de Aden. Ancienne capitale de la République populaire du Yémen, avant l’unification avec le Yémen du Nord en 1990, Aden est proclamée capitale temporaire du pays par le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi qui s’y réfugie en 2015, quelques mois après la prise de la capitale Sanaa par les rebelles houthis. La récente offensive des sécessionnistes, qualifiée de « coup d’État » par le président Hadi, a donné lieu à de violents affrontements opposant les forces du CTS aux loyalistes, appuyés depuis 2015 par la coalition menée par Riyad et Abou Dhabi. Mardi, les séparatistes ont pris de nouvelles positions aux forces gouvernementales dans la province de Abyane, tandis qu’une délégation du CTS, dont le leader Aïdarous al-Zoubaïdi, s’est rendue à Djeddah pour des négociations avec le gouvernement yéménite, sur proposition de Riyad. Interrogée par L’Orient-Le Jour, Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques au Pembroke College de l’Université d’Oxford, décrypte la situation et ses conséquences sur le conflit yéménite.


(Lire aussi : Les séparatistes sudistes prennent de nouvelles positions au gouvernement)


Dans quelle mesure les derniers développements au Yémen du Sud marquent-ils un tournant dans la guerre ?

Les récents événements au Yémen du Sud ajoutent une couche de complexité à la guerre. Ils ouvrent un autre front pour le gouvernement dit légitime et distraient la coalition de sa guerre acharnée contre les houthis au Nord. C’est un tournant dans la mesure où le « génie séparatiste » sera très difficile à replacer dans sa boîte. Les forces du Sud ont été mobilisées, le sang versé, les promesses faites et les espoirs séparatistes suscités. Au niveau international, les dirigeants émiratis et saoudiens vont probablement arranger les choses, mais ce sera beaucoup plus difficile au niveau national. La rhétorique du gouvernement yéménite et du CTS reste intransigeante et inflexible. Même si le président Hadi et Aïdarous al-Zoubaïdi parviennent à un accord lors des négociations en cours à Djeddah, il sera probablement temporaire. L’objectif ultime du CTS, qui est de créer un État du Sud indépendant, est inconciliable avec l’insistance du gouvernement yéménite et de la communauté internationale sur l’intégrité territoriale d’un Yémen uni.


Qu’est-ce que cela implique pour le président Hadi et la coalition menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis ? Qu’en est-il du CTS ?

Les événements récents affaiblissent considérablement le président Hadi. Essentiellement, il a maintenant perdu les deux capitales. Après avoir perdu le contrôle de Sanaa au profit des houthis en 2014, suivi du déclenchement de la guerre en 2015, il a également perdu le contrôle de sa capitale temporaire, Aden, au profit du CTS. La coalition saoudienne et émiratie est aussi affaiblie. Des fissures étaient déjà apparues en son sein auparavant, avec des affrontements ayant éclaté par deux fois en 2017 entre les forces soutenues par l’Arabie saoudite et celles appuyées par les EAU à l’aéroport de Aden, puis autour du palais présidentiel à Aden en janvier 2018. Mais à présent, ces fissures sont pleinement exposées.

Au niveau du leadership, la faille est en train d’être comblée aux yeux du public, mais il y a sans doute des discussions inconfortables qui se déroulent en coulisses. Bien que les EAU rejettent tout blâme pour les affrontements sur Aden, il est difficile de voir comment la campagne séparatiste aurait pu se transformer ainsi sans le soutien des Émirats. Le CTS a vu le jour avec l’appui des EAU, et les forces du Sud qui le soutiennent ont aussi été recrutées et entraînées par les Émirats. À un moment donné, ces forces du Sud, favorables à un Yémen du Sud séparé, allaient inévitablement s’affronter avec les forces gouvernementales, favorables à un Yémen uni.


(Lire aussi : Les Emirats nient soutenir les séparatistes au Yémen)

Comment impactent-ils le processus de paix, déjà au ralenti au cours de ces derniers mois ?

Les affrontements récents constituent un autre obstacle sur la voie de la paix. L’accord de Hodeida négocié à Stockholm en décembre 2018 se révélait déjà extrêmement difficile à mettre en œuvre. Même après huit mois, la première phase de sa mise en place n’est toujours pas achevée. Il n’y a pas non plus de progrès tangibles en ce qui concerne l’accord de Taëz ou l’échange de prisonniers. Alors que l’ONU et la communauté internationale avaient les yeux rivés sur l’accord de Hodeida, les événements sur le terrain à Aden et à Abyane les ont dépassés. Les pourparlers de paix plus larges ne peuvent plus attendre une mise en œuvre réussie de l’accord de Hodeida. Il est impératif que davantage d’acteurs – y compris notamment le CTS – soient associés à un processus de paix plus large, plus inclusif et transparent dès la première occasion.

Ce qui va se passer ensuite dépendra du recours ou non à la force militaire par le gouvernement yéménite pour renverser le CTS des positions saisies. Cela dépend également du CTS et s’il essaie d’étendre sa portée dans le Sud. Alors qu’il domine à Aden, la situation n’est pas claire du tout dans le reste du Sud. Dans l’un ou l’autre de ces deux scénarios, le conflit pourrait facilement dégénérer, conduisant à une guerre dans une guerre.


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MAKE LEBANON GREAT AGAIN

LE YEMEN EST INGOUVERNABLE
MEME NASSER AVEC TOUTES LES ARMES EN SA POSSETION A DU RECULER ET ADMETTRE SA DEFAITE CONTRE CE PETIT PAYS
L'IRAN C'EST CE QU'ELLE FAIT COMME AU LIBAN PETIT PAYS AUSSI

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND LE DIABLE SORT DE SA BOITE L,Y REMETTRE EST QUASI IMPOSSIBLE.

PAUL TRONC

Les emiratis se sont précipités à Teheran pour signer des accords avec la NPR IRAN et les bensaouds cherchent en ce moment un médiateur pour rependre langue avec ce pays puissance régionale.

Et tout ça sous le regard effaré des yankys qui continuent à croire ou à vouloir faire croire que leurs sanctions de m.r.e sont paralysantes.

Le Yémen a été le piège que l'Iran a tendu à ces idiots du golfe , parce qu'en plus de s'être engouffrés comme des perdreaux de la dernière pluie, ce pays a servi de laboratoire d'expérience pour les armes sophistiquées iraniennes .

IL EST ABSOLUMENT TEMPS POUR LE CLOWN ET SA CLIQUE DES NATHANMACHINTRUC DE SUPPLIER L'IRAN NPR DE LEUR ACCORDER UNE AUDIENCE.

SINON LES IRANIENS FERONT TOUT CE QUI EST EN LEUR POUVOIR POUR RECONDUIRE LE CLOWN AMÉRICAIN EN 2020 .

C'EST PAS UNE BLAGUE.

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