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Macron ne veut pas "s'immiscer" dans l"affaire Ghosn

Justice

A Tokyo, le président français appelle l'alliance Renault-Nissan à "sortir plus forte" de la crise.

OLJ/AFP
26/06/2019

Le président français Emmanuel Macron, en visite à Tokyo, a clairement pris ses distances mercredi avec l'affaire Ghosn, jugeant que ce n'était pas son rôle d'intervenir pour défendre le magnat de l'automobile déchu. "Je pense qu'il n'appartient pas au président de la République française de venir s'immiscer publiquement dans un cas judiciaire", a-t-il déclaré lors d'une conférence de presse aux côtés du Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Carlos Ghosn, ancien PDG de l'alliance automobile Renault-Nissan, fait l'objet de quatre inculpations par la justice japonaise pour des malversations financières présumées. Il a passé au total quelque 130 jours en détention et est désormais assigné à résidence dans la capitale nippone, sous de strictes conditions lui interdisant notamment de voir ou contacter sa femme.

Interpellé sur ce sujet, M. Macron a rappelé être "attaché à la présomption d'innocence, au respect des droits de la défense", mais "nous le sommes pour tous nos ressortissants sans distinction de catégorie et de classe", a-t-il souligné.

Pour le président, le rôle de l'Etat français, actionnaire de Renault à hauteur de 15%, c'est avant tout de "réaffirmer la solidité de l'entreprise Renault et la solidité de l'alliance Renault-Nissan", c'est "de dire que nous tenons à cette stratégie dans la durée".

L'avocat français de M. Ghosn, François Zimeray, avait adressé mardi une lettre au président lui demandant de rappeler les valeurs de la France dans cette affaire. "S'il n'appartient pas à l'Etat de prendre parti pour un homme, il doit défendre les principes fondamentaux dans lesquels la France se reconnaît et, lorsqu'il le faut, en dénoncer avec force la violation", écrivait-il.



(Lire aussi : Ghosn perd officiellement son titre d’administrateur de Mitsubishi Motors)



"Plus forte"
Au premier jour de sa visite au Japon, Emmanuel Macron a défendu l'alliance Renault - Nissan, qu'il a appelée à devenir "plus forte" malgré les vives tensions entre les deux constructeurs automobiles. "L'alliance Renault-Nissan est évidemment un fleuron auquel nous tenons beaucoup", a affirmé le chef de l'Etat dès son arrivée sur l'archipel pour sa première visite officielle. Avant de souhaiter que "tout le monde soit pleinement engagé" pour faire vivre et prospérer cet ensemble ébranlé par l'arrestation il y a sept mois de son emblématique patron.

Il s'exprimait à l'issue d'une rencontre avec le Premier ministre japonais, qui l'a reçu dans ses bureaux avant un dîner avec leurs épouses dans un quartier branché de la capitale. Mais, contrairement à son hôte, M. Abe n'a pas dit un mot sur cette question, illustrant la différence d'approche en public entre son gouvernement et l'Etat français, qui détient 15% du capital de Renault.

Pour Emmanuel Macron, "c'est ensemble" que Français et Japonais doivent désormais "développer les synergies et les alliances, dans tous les sens du terme" afin de rendre l'alliance "plus forte face à la concurrence internationale". Il n'a pas évoqué le projet de fusion, actuellement à l'arrêt, entre Renault et le groupe Fiat Chrysler, qui a heurté Nissan.



(Lire aussi : Nissan prêt à remettre à plat l’alliance historique avec Renault)



"Ligne rouge"
Au cours de leur rencontre, MM. Abe et Macron ont également cherché à rapprocher leurs positions avant le sommet du G20, qui s'ouvre vendredi à Osaka dans un climat international tendu par la crise diplomatique entre les Etats-Unis et l'Iran et par le bras de fer commercial sino-américain. Dans les deux cas, Tokyo, qui préside le G20 cette année, et Paris, à la tête du G7, se posent en médiateurs.

Sur le commerce, Emmanuel Macron a appelé à "sortir par le haut" des "tensions très fortes entre les Etats-Unis et la Chine". La solution n'est pas, selon lui, "dans des accords bilatéraux", "dans le contournement des règles internationales" ou "dans le protectionnisme" mais "dans la modernisation du cadre multilatéral de commerce".

Il a en revanche tracé "une ligne rouge" sur le climat, affirmant que la France ne signerait pas la déclaration du G20 si celle-ci ne défendait pas "l'ambition climatique". Selon des informations de presse, le projet de déclaration préparé par la présidence japonaise du G20 a été édulcoré sur le climat pour être acceptable par les Etats-Unis, qui ont annoncé leur sortie de l'accord de Paris sur le climat conclu en 2015.



(Lire aussi : Carole Ghosn appelle Trump à intervenir pour son mari)



Reçu par l'empereur
Sur l'Iran, MM. Abe et Macron veulent "éviter une escalade dangereuse", selon l'Elysée, entre Washington et Téhéran, où s'est récemment rendu le Premier ministre japonais sans grand succès. Emmanuel Macron s'est entretenu mardi au téléphone avec son homologue iranien Hassan Rohani et entend "avoir d'autres échanges sur les questions du nucléaire iranien et des crises régionales" en marge du G20, a précisé l'Elysée.

Avec M. Abe, Emmanuel Macron a signé un nouveau plan d'action à cinq ans destiné à mettre en place "des coopérations plus fortes et plus concrètes" entre les deux pays dans les domaines économique, environnemental, sécuritaire et culturel.

Un accent particulier est mis sur la coopération dans la zone indo-pacifique où le Japon comme la France, qui y possède plusieurs territoires ultra-marins, s'inquiètent des ambitions chinoises. "Avec le Japon, l'Inde, l'Australie, la Nouvelle Zélande" et d'éventuels autres pays, "la France doit être un acteur de l'équilibre" dans cette immense zone afin de "nous assurer qu'il n'y a pas d'hégémonie dans cette région", a expliqué Emmanuel Macron. Il a rappelé que cette préoccupation était "totalement légitime pour la France", qui, avec la Nouvelle-Calédonie, Mayotte, la Réunion et la Polynésie, a "plus d'un million de Français et 8.000 soldats déployés" dans la zone indo-pacifique.

Jeudi, Emmanuel Macron aura l'honneur d'être le deuxième dirigeant étranger, après Donald Trump, à être reçu par le nouvel empereur Naruhito dans son palais.



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Cadige William

Des Declarations qui enfoncent davantage Mr Ghosn
Et signent son arret de mort.
L’Histoire se repete...
VaulVicomte version moderne.

Moussalli Georges

Je dirais au Président Emmanuel Macron ce qui suit:

1/ L'alliance Renault/Nissan viendra à sa fin tout naturellement d'ici à deux ou trois ans probablement par la faillite. Cette alliance contre nature ne pouvait se faire et fonctionner que sous le leadership exceptionnel de M Carlos GHOSN . Les successeurs désignés que je respecte profondément n'ont pas l'aura et l'esprit analytique et de décision de M. GHOSN.

2/Dans vos décisions et vos actions il vous serait utile de vous inspirer des pensées suivantes de Confucius:
-Celui qui comprend son devoir et ne le remplit pas est un lâche.
-Le sage voit son devoir. Le sot voit son intérêt.
-Le sentiment du vrai et du faux ou du juste et de l’injuste est le principe de la sagesse.
-Les hommes vicieux déguisent leurs fautes sous un certain dehors d’honnêteté.
-L’homme supérieur cherche ce qui est juste, l’homme inférieur, ce qui est profitable.
-L’homme supérieur fait de l’équité et de la justice la base de toutes ses actions.
-Pour bien gouverner un État, il faut éloigner les beaux parleurs. Ils sont dangereux.

Je lui dirais ensuite qu'il serait désastreux pour la France d'ignorer la justice, l'équité et les droits fondamentaux de ses ressortissants pour l'illusoire espoir de maintenir ou de renforcer l'Alliance Renault/Nissan. Cette alliance est déjà morte.

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