Éclairage

Les transporteurs maritimes inquiets face aux attaques dans le Golfe

Les analystes expliquent que si le détroit d’Ormuz devait être fermé, les prix bondiraient.

Une photo de l’agence iranienne Tasnim montrant un navire iranien en train d’arrêter le feu sur le tanker norvégien attaqué jeudi près du détroit d’Ormuz. Tasnim News/AFP

L’inquiétude monte chez les transporteurs maritimes après des attaques contre deux pétroliers près du détroit d’Ormuz, une région qui voit transiter 30 % de la production mondiale de pétrole.

« Après ces deux attaques, je suis extrêmement inquiet pour la sécurité des équipages qui naviguent via le détroit d’Ormuz », a alerté Paolo d’Amico, le président d’Intertanko, une association de pétroliers dont font partie les deux propriétaires des navires touchés jeudi. « Il faut garder à l’esprit que 30 % du pétrole brut mondial traverse ce détroit. Si ces eaux devenaient dangereuses, l’approvisionnement de l’ensemble du monde occidental pourrait être menacé », a-t-il ajouté. Les deux attaques ont touché le Front Altair, de la compagnie norvégienne Front Line, et le Kokuka Courageous, un méthanier de l’entreprise japonaise Kokuka Sangyo. Elles ont eu lieu à l’est du détroit d’Ormuz, un bras maritime séparant l’Iran au nord et Oman et les Émirats arabes unis au sud, et qu’empruntent les navires en provenance du Golfe pour rejoindre la mer d’Oman puis l’océan Indien.

Les États-Unis ont accusé l’Iran de vouloir perturber le marché mondial en commettant ces attaques qui n’ont pas été revendiquées et dont l’origine n’a pas été déterminée. Téhéran a vertement démenti toute implication.

Ces incidents interviennent en tout cas un mois après les sabotages de quatre pétroliers au large des Émirats arabes unis, une affaire dans laquelle Washington a aussi vu la main de l’Iran qui a nié ces allégations. Tout d’un coup, l’une des zones les plus sensibles pour le transport maritime international, notamment de pétrole, semble moins sûre. Les assureurs maritimes du Lloyd’s of London ont d’ailleurs, dès le 17 mai, élevé le risque associé au transport maritime dans le Golfe après le mystérieux sabotage des quatre navires.


(Lire aussi : Les carburants de la crise, l'édito de Issa GORAIEB)


Appels au calme

Mais les incidents de jeudi ont aggravé les inquiétudes. « Nous appelons solennellement les nations à faire tout ce qu’elles peuvent pour réduire les tensions et assurer un passage sûr des navires marchands par le détroit d’Ormuz », a souligné Angus Frew, le secrétaire général de Bimco, la principale association mondiale de transporteurs maritimes qui représente 60 % du tonnage mondial.

« Après ces deux nouvelles attaques, et tandis que nous attendons les résultats des enquêtes, la tension dans le détroit d’Ormuz et le Golfe est particulièrement élevée, même s’il n’y a pas de conflit armé ouvert », a ajouté l’association. Ces appels au calme font écho à ceux de l’Organisation maritime internationale (OMI), l’institution des Nations unies dont le siège est à Londres et qui est chargée d’assurer la sécurité des transports maritimes.

Certains transporteurs prennent d’ailleurs déjà des précautions supplémentaires : le japonais Mitsui OSK Lines a ainsi ordonné à ses navires d’éviter une zone de 12 milles marins de rayon autour des lieux des incidents, a rapporté l’agence Bloomberg. Les prix du pétrole ont bondi pour leur part de jusqu’à plus de 4 % jeudi, avant de ralentir un peu leur montée en fin de journée. Les cours étaient peu ou prou stables vendredi car il est très difficile, même pour les professionnels du secteur, d’intégrer dès aujourd’hui ce facteur de risque dans les prix. Les analystes expliquent que si le détroit d’Ormuz devait être fermé, les prix bondiraient. Mais que tant que les navires peuvent y circuler, l’impact sur les échanges d’or noir et donc sur ses cours est difficile à prévoir.


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