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Michèle Hajal, celle que la maladie n’a pas changée

Disparition

En deux ans, la jeune diététicienne aura vaincu deux cancers. Le troisième l’a emportée. « Michèle était un ange sur terre. Elle répétait toujours qu’elle allait guérir demain, comme si elle avait attrapé un simple rhume », raconte son infirmier.

22/06/2019

La nouvelle du décès de la jeune Michèle Hajal, 25 ans, est tombée comme un couperet lundi dernier. La jeune femme, qui avait réuni les Libanais dans sa lutte contre le cancer et pour laquelle une vaste campagne de dons avait été lancée en 2018, a finalement fait son dernier voyage, laissant derrière elle tant de monde sous le choc.

Celle qui s’était fait remarquer lors de sa participation à l’élection de Miss Liban 2016, où elle a fini en quatrième position, aura vu sa notoriété grandir quand elle a lancé cet appel aux dons sur les réseaux sociaux, avec le hashtag #Fightwithmichele. C’était en janvier 2018, quelques jours après ses fiançailles. Les médecins venaient de lui diagnostiquer un lymphome nécessitant un traitement frôlant les 750 000 dollars. Son deuxième cancer, puisqu’elle venait tout juste de guérir d’une tumeur maligne détectée en 2017. À Jal el-Dib, où ses funérailles ont été célébrées mercredi, une foule de personnes qui l’avaient accompagnée dans son combat étaient présentes, toutes de blanc vêtues. Parmi elles, son fiancé Maroun Pierre Abi Atmé. Dans un dernier message adressé à sa bien-aimée sur les réseaux sociaux, il a rappelé comment la vie a changé leurs projets peu après leurs fiançailles. « Je t’ai vu sourire pendant la souffrance et grandir dans la maladie. Tu m’as dit que tu te battais pour moi, mais c’est de toi que je tirais ma force, lui a-t-il écrit. Notre parcours de 10 ans a maintenant pris fin, mais ce que j’ai appris de toi au cours de cette période restera avec moi de nombreuses années. Je t’en suis reconnaissant. »

Son oncle Toufic Hajal, lui, est encore stupéfié par ce qu’il a pu observer durant les funérailles. « Des gens que l’on connaissait, mais aussi beaucoup que l’on ne connaissait pas étaient présents à nos côtés, confie-t-il à L’Orient-Le Jour. Des personnes qui ne l’ont jamais connue sont même venues de très loin pour lui dire adieu. Michèle était pour eux une mère, une sœur, une fille, leur leader, un symbole de victoire. »



Un répit de courte durée
Fin 2018, Michèle Hajal avait réussi à récolter le montant requis pour ses soins. Elle s’était alors rendue aux États-Unis, au MD Anderson Cancer Center, où elle a pu recevoir les fameux lymphocytes T-CAR. Quelques jours plus tard, elle annonçait sa guérison. « Je suis née de nouveau », avait-elle alors écrit.

« Quand elle est rentrée des États-Unis, puisqu’elle était en période de rémission, nous lui avons fait une petite célébration à son arrivée, poursuit Toufic Hajal. Elle préparait son mariage. Quelques semaines plus tard, elle a ressenti un vertige. Les médecins ont alors découvert une autre maladie, un autre cancer, cette fois-ci incurable. Même là, après ce long chemin difficile, elle n’a pas baissé les bras. Elle demandait aux autres patients de ne pas avoir peur et de prier. Elle a donné de la force à de nombreux malades. À la fin, elle ne se réveillait plus que quelques heures par jour, mais même durant ces heures, elle restait souriante et demandait à ses proches de retourner chez eux ou de vaquer à leurs occupations. La maladie ne l’a jamais changée. »

Et d’ajouter : « Depuis sa naissance, Michèle avait une énergie particulière d’amour, de générosité et de paix. Une énergie inexplicable. Enfant ou adulte, je sentais avec elle que le silence était de mise, qu’il n’était pas nécessaire de parler quand elle était là. Michèle était une fille sage, une fille d’église. Elle y entrait discrètement par la porte arrière, distribuait des bougies. Durant la messe, on ne voyait que le sourire sur son visage. »

« Il est difficile d’exprimer ce que je ressens, raconte pour sa part Romario Abou Chedid, l’infirmier au service d’oncologie qui s’est occupé d’elle depuis 2017 et qui a lui-même survécu à un lymphome. Michèle était un ange sur terre, qui touchait le cœur de tous. Parfois, quand elle souffrait à cause du traitement, elle ne nous sollicitait pas pour ne pas nous déranger. Elle ne s’est jamais plainte de sa maladie ; elle l’acceptait. Durant ses nuits passées à l’hôpital, nous jouions ensemble des jeux de société et commandions de la nourriture. J’essayais tant bien que mal d’alléger l’ambiance. Je l’ai accompagnée durant toute sa période de traitement à l’hôpital, nous avons également pris part à de nombreuses conférences où nous avons partagé notre expérience. Jamais elle ne s’est laissé aller au découragement. » « Elle répétait toujours qu’elle allait guérir demain, comme si elle avait attrapé un simple rhume, ajoute-t-il. Je suis encore dans le déni, je suis sans mots. »


Un projet d’association
Romario Abou Chédid, qui s’estime « chanceux » d’avoir été l’infirmier en charge de Michèle Hajal et d’avoir appris d’elle à être un battant, envisage aujourd’hui de lancer une association pour les personnes atteintes d’un cancer lymphatique. « Son énergie va me pousser à poursuivre ma mission auprès des autres patients avec la même attitude positive. »

La sœur de Michèle, Paula, qui avait joué un rôle primordial dans la récolte des fonds, ne dit pas autre chose. Aujourd’hui, elle va également continuer d’aider les personnes malades comme elle l’a fait pour sa sœur.

« Les deux sœurs étaient très complémentaires, confie Toufic Hajal. L’une par la force de l’esprit, l’autre sur le terrain. Elles ont souffert ensemble, et quand je repense à ce calvaire, je me demande pourquoi il fallait que Michèle souffre autant avant de mourir. On aurait dit que Dieu voulait la pousser à bout, qu’elle se rende ! » « Ces derniers jours, ma nièce n’avait plus que la peau sur les os, poursuit l’oncle dévasté. Dieu l’a reprise dans cet état. Elle était très fatiguée. Pourtant, son visage est resté angélique, intact. Dans son cercueil, elle ressemblait à une vraie mariée. »

Et dans ce flot d’images et de souvenirs douloureux laissés par ces deux dernières années, Toufic Hajal demande, avec douceur, à Paula de rester forte pour ses parents. Amer, il constate : « Son père était fort ; il n’est plus que l’ombre de lui-même. Sa mère, elle, ne s’en remettra pas. La “petite” de la maison est partie. Quelque chose dans leur vie s’est éteint à tout jamais… »

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