Liban

Honneur bafoué du chrétien

Les échos de l’agora
17/06/2019

On ne peut plus se cacher derrière la langue de bois du Liban-message, du Liban comme centre du dialogue entre cultures et religions, du Liban comme oasis de coexistence de groupes religieux divers. Il faut avoir le courage de dire clairement, haut et fort, que le vivre-ensemble des Libanais entre eux vacille aujourd’hui sur ses fondements et risque, si rien n’est fait, de voir les célébrations prochaines du centenaire du Grand Liban se transformer en funérailles solennelles de la même entité politique. Certes, la géographie libanaise ne se volatilisera pas, mais c’est le modèle libanais qui connaît une agonie avancée.

Divers facteurs ont contribué à façonner l’idée « Liban ». Il y a eu d’abord la grande ouverture d’esprit des princes druzes de la Montagne qui ont accueilli la main-d’œuvre paysanne chrétienne, venue du Nord, sur leurs terres après la défaite des Mamelouks par les Ottomans en 1516. Il y a eu les siècles de proximité et de mixité entre les diverses communautés de la Montagne, principalement les maronites et les druzes. Il y a eu l’essor exceptionnel de la ville de Beyrouth au XIXe siècle et l’introduction de la modernité occidentale grâce à l’enseignement et le développement économique. Il y a eu la grande renaissance culturelle arabe où Syriens et Libanais chrétiens ont joué un rôle éminent. Il y a eu aussi des périodes sombres qui ont failli mettre fin au vivre-ensemble des Libanais : massacres du XIXe siècle, famine de la Grande Guerre, petites et moins petites guerres civiles etc. À chaque fois, cependant, les Libanais ont su conjurer le pire et aller vers un compromis honorable, sauvant ainsi leur société et leur mode de vie, le compromis de Taëf de 1989 étant le plus récent.

Il est inutile de se mentir à soi-même. Il a toujours existé une sorte de « crispation » entre les communautés. La plus palpable est un certain raidissement qu’on peut observer entre musulmans, toutes variantes confondues, et chrétiens de toutes les obédiences. La société libanaise a vécu comme le dieu Janus, avec deux visages, musulman et chrétien. Les dissensions et les rivalités à l’intérieur de chaque camp ne remontaient pas beaucoup à la surface bien qu’elles soient réelles et profondes. Aujourd’hui, le Janus libanais exprime une multiplicité de visages, traduisant les identités mortifères des groupes sectaires de son identité. Il suffit d’observer un certain discours populiste chrétien et sa scandaleuse campagne de haine et de discrimination dont sont victimes les musulmans de la communauté sunnite. L’actuel ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, est devenu le champion hors pair d’un tel discours qui rappelle, parfois, son prédécesseur antisémite des régimes fascistes et/ou nazis du XXe siècle. On retiendra surtout son argument des « gènes libanais » spécifiques qui auraient façonné le vivre-ensemble en lieu et place de la bonne volonté et de l’empathie humaines.

En assumant de tels propos, tout Libanais chrétien se désavoue lui-même, renie ses propres valeurs, bafoue son propre honneur et, surtout, détruit ce Grand Liban qui, à l’origine, a été créé pour le rassurer et lui permettre de donner le meilleur de lui-même au sein du monde arabe.

Sans rentrer dans les présupposés racistes des amateurs du « bassilisme », on se doit de poser une embarrassante question : est-ce que les chrétiens veulent toujours du Liban de 1920 ? Est-ce qu’ils souhaitent toujours le statut de citoyens d’une patrie ou préfèrent-ils celui d’un groupe minoritaire vassal d’un protecteur puissant étranger ? Tel est l’enjeu qui se profile derrière l’inqualifiable discours de haine contre les Arabes sunnites. Il ne s’agit plus de la vieille crispation « chrétiens/musulmans », mais de quelque chose de nouveau et profondément préoccupant. En s’en prenant, avec un tel acharnement, aux Arabes et aux sunnites, les chrétiens libanais de Gebran Bassil ne font qu’exprimer, en vassaux serviles, la position irano-chiite de la Perse à l’égard du monde arabe.

L’histoire retiendra que les chrétiens du « bassilisme » auront eux-mêmes été les fossoyeurs du Liban-message.


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Honneur et Patrie

Je confesse à ma honte que j'étais chasseur durant 35 ans avant de retourner ma veste définitivement. Je veux dire par là que j'ai parcouru le pays et fais des milliers de connaissances de toutes les couleurs de la République. Je peux affirmer que des centaines de nos villages sont mixtes chrétiens/sunnites, chrétiens/chiites, chrétiens/druzes sans problèmes majeurs.
En dehors des massacres de 1860 commis par des Druzes à la demande des Ottomans perpétrés par la Perfide Albion, et la famine de 1915 avec 250.000 victimes chrétiennes cadeau de Djamal Pacha el-Jazzar, tout allait bien dans ce Liban-Message.
Lorsque le Patriarche Hoyek rencontra l'anticlérical Georges Clemenceau, il lui demanda d'emblée de lui restituer les terres libanaises que l'Empire ottoman avait fait cadeau à Bilad ech-Cham, Clemenceau lui répondit : Ces terres sont peuplées de musulmans, dans 20 ou 30 ans leur nombre doublera. Pouvez-vous les peupler de chrétiens ? Le Patriarche lui dit : Oui !
Nous y sommes, Gebran Bassil et ses amis feignent de reconnaître.

gaby sioufi

description juste mais pas tt a fait complete:
manque la ressemblance entre le laisser aller des chretiens des annees 60 , la ""crispation ""des sunnnites d'alors"" et ce qui en avait resulte, et ce meme laisser aller resultant des accords meerab, hariri etc....

EDDE PAUL

Tant que les hommes ne changent pas oui c’est très vrai l’histoire Ne fera que se répéter . Cependant le prétendant au poste de déterminant du destin des libanais ne pourrait être que Le Libanais et surtout celle et celui qui se sont imbibés de ce pays message tant clamé par le Vatican et en particulier celui du Pape Jean Paul II. Ces baroudeurs novices et prétentieux catapultés aux abcès des furoncles des méfaits du hazard de la politique n’auront aucun impact sur l’evolution De cette scène libanaise où les différentes forces s’équilibrent De part Cette crainte d'éviter de se jeter dans l’inconnu imprévisible, mais sûrement une gueule de loup toute accueillante.

Lecteurs OLJ

Sans doute en 1920 et ce Patriarche Arida qu’on veut immense, avaient les yeux plus gros que le ventre.
On ne peut défaire ce qui est fait, ni revenir en arrière.
Toujours est il que personnellement je ne me vois pas vivre dans un pays monochrome, sans la tendresse et l’apport culturel, quoiqu’il soit souvent en deçà de mes attentes des autres communautés.
Nous avons le parfait exemple, des malabars et des loubards rassemblés dans des partis religieux qui briment la liberté et rêvent de mettre tout le monde au pas.
Merci Docteur Courban pour cette intervention, elle ouvre les yeux, j’espère qu’elle sera largement diffusée.
Georges Tyan

Cadige William

L’Histoire ne fait que se répéter depuis la nuit des temps.
Ce sont les seulement les protagonistes qui changent.

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