X

Liban

Le PSP et le Futur s’écharpent autour d’une querelle au conseil municipal de Chehim

Partis

Joumblatt critique violemment le mohafez du Mont-Liban, un proche du parti de Saad Hariri, « qui insiste à tout prix à faire la guerre au PSP dans l’Iqlim el-Kharroub ».

08/06/2019

Une passe d’armes a opposé hier sur Twitter le Parti socialiste progressiste et le courant du Futur, pourtant alliés, au sujet de la crise qui secoue la municipalité de Chehim, un gros village sunnite de l’Iqlim el-Kharroub. La virulence des propos échangés sur un sujet à portée locale a d’autant plus surpris que le chef du PSP, Walid Joumblatt, qui généralement partage avec le chef du gouvernement la même ligne stratégique, avait clairement soutenu, la veille, le Premier ministre et chef du Futur, Saad Hariri, dans sa confrontation avec le leader du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, autour d’un conflit sur les prérogatives.

Hier dans la matinée, M. Joumblatt a critiqué dans un tweet le mohafez du Mont-Liban, Mohammad Mekkaoui, proche du Futur, le qualifiant de « petit employé d’un parti politique, perdu et maladroit dans ses choix, mais qui insiste à tout prix à faire la guerre au PSP dans l’Iqlim el-Kharroub ».

Interrogé sur ce tweet, Marwan Hamadé, député du Chouf, a indiqué que le leader druze faisait allusion au refus de M. Mekkaoui de signer la lettre de démission du président de la municipalité de Jiyé, qui fait l’objet de poursuites à la demande du parquet financier pour recel de fonds publics, et au fait qu’il empêche de trancher le conflit au sein de la municipalité de Chehim. Dans plusieurs municipalités au Liban, les membres du conseil municipal s’entendent entre eux pour changer de président à mi-mandat, une pratique généralement destinée à refléter au mieux la complexité des alliances concoctées, souvent familiales, couplées d’enjeux partisans.

À Chehim, les deux parties (le Futur et le PSP) étaient convenues après les municipales de 2016 que l’actuel président de la municipalité, Zeidan Saghir, proche du courant du Futur, devait démissionner en milieu de mandat pour laisser la place à un candidat soutenu par le PSP, Mohammad Fawaz. Or ce dernier, qui était vice-président du conseil municipal, a démissionné de ce poste en mai 2018 tout en restant membre du conseil, laissant la place à Jamal Saab, un candidat de la Jamaa Islamiya, opposée au courant du Futur.

L’élection de ce dernier à la vice-présidence a été contestée dans les milieux haririens où l’on estime que l’accord initial était de faire parvenir M. Fawaz à la présidence et d’attribuer la vice-présidence à un candidat du Futur et non de la Jamaa Islamiya. Passée la troisième année, M. Saghir refuse aujourd’hui de rendre le tablier, l’accord initial ayant été, aux yeux des haririens, « sabordé ».


(Lire aussi : Le clin d’œil de Bassil aux Kataëb : discours de circonstance ou initiative sérieuse ?)

Le Futur riposte

Dans la journée, le secrétaire général du Futur, Ahmad Hariri, a répondu au message de M. Joumblatt sur Twitter. « Ces propos ne sont pas les tiens. Ce qu’il y a entre nous est bien plus grand qu’un conseil municipal », a écrit M. Hariri. Le secrétaire général du PSP, Zafer Nasser, a répondu à ce tweet d’Ahmad Hariri. « Parce que ce qu’il y a entre nous est bien plus grand, le fils de Rafic Hariri n’a pas à menacer les gens de retirer leurs moyens de subsistance pour une municipalité », a déclaré M. Nasser. Selon une source proche du PSP, le courant du Futur aurait menacé dans leur emploi des membres de la municipalité qui travailleraient dans une société relevant du courant du Futur « s’ils n’avalisaient pas le maintien à son poste de l’actuel président de municipalité, Zeidan Saghir ». Interrogée par L’OLJ, une source proche du courant du Futur a toutefois démenti ces propos.

« Vos propos et celui de votre maître, camarade Zafer, sont inacceptables. Saad Hariri n’affame pas les gens. Le fils de Rafic Hariri a payé de sa personne et vous êtes les premiers à le savoir. Honte », a répondu le secrétaire général du Futur.

Bilal Abdallah, député sunnite du Chouf affilié au PSP, a dénoncé l’« ingérence » du Premier ministre. « Nous ne vous remercions pas pour votre ingérence à Chehim, qui a torpillé la rotation au sein de la municipalité en exerçant des pressions financières sur certains de ses membres », a écrit M. Abdallah sur son compte Twitter. « Nous déplorons que vous vous mêliez de ce dossier. Je pense que vous avez des choses plus importantes à faire », a-t-il ajouté.

« Ni vous, docteur Bilal, ni personne, quelle qu’en soit la raison, n’a le droit d’attaquer le Premier ministre et chef du courant du Futur, Saad Rafic Hariri », a répliqué Mohammad Hajjar, député haririen de l’Iqlim el-Kharroub, l’appelant à retirer son message « pour ne pas nous pousser à ouvrir des dossiers que tout le monde connaît ».

Bilal Abdallah devait par la suite effacer son tweet. Contacté par L’OLJ, M. Abdallah a expliqué avoir fait cela à la demande de M. Joumblatt qui a appelé ses partisans et sympathisants à cesser la guerre verbale qui a fini par envenimer les réseaux sociaux. Contactées par L’OLJ, des sources du PSP ont confirmé la volonté du leader druze de calmer le jeu et d’ouvrir la voie à une éventuelle médiation.

En attendant l’accalmie, les membres de la municipalité de Chehim sont appelés lundi prochain à un vote de confiance pour trancher. Dans les milieux du PSP, on se dit confiants sur les résultats de ce vote. « À défaut, souligne une source, c’est toute la municipalité qui va imploser. »

Cette nouvelle querelle, qui porte finalement sur des questions purement locales, a suscité de nombreuses interrogations sur le tournant qu’elle a fini par prendre, la virulence des échanges étant proportionnellement démesurée par rapport aux enjeux en cause. Interrogé, Bilal Abdallah a précisé que « l’enjeu semble bien plus grand puisqu’il y a eu une intervention directe et de haut niveau de la part du Futur » pour maintenir M. Saghir en place.

Pour le PSP, c’est une question de « principe et d’éthique qui compte énormément aux yeux des habitants de la Montagne », surtout que le candidat du courant du Futur « a torpillé l’entente conclue à l’origine en matière de présidence tournante », comme le relève une source du parti. Celle-ci souligne toutefois que cette double controverse – l’affaire de Chehim couplée à la démission du président de la municipalité de Jiyé – ne serait que la partie émergente de l’iceberg. « Les différends qui opposent le PSP au courant du Futur sont bien plus profonds qu’on ne le croit », commente la source.

Lire aussi

Le CPL et le Futur tentent de calmer le jeu

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Lecteurs OLJ

Il y a comme un bruit au fond de la poubelle, un rat des montagnes s’y serait il oublié, ou oublié que celui qu’il faisait chanter n’a plus les moyens d’épancher sa soif du billet vert?
Georges Tyan

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants