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Hariri critique avec virulence Bassil et veut rassurer la communauté sunnite

Liban

"Je vais voir le président de la République et lui parler en toute sincérité pour lui dire que le manque de confiance entre Libanais est le plus grand danger pour la République", affirme le Premier ministre lors d'une conférence de presse.

M.K. | OLJ
11/06/2019

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, a tenu mardi soir une conférence de presse durant laquelle il a fermement critiqué le chef du Courant patriotique libre, Gebran Bassil, dans un contexte de tensions politiques entre le courant du Futur du chef du gouvernement et la formation fondée par le président de la République, Michel Aoun, alors que les deux partis sont liés par une entente politique qui semble vaciller.
Saad Hariri s'est également adressé à la communauté sunnite dont il est le leader, tentant de la rassurer et de la défendre après la série d'attaques terroristes qui a endeuillé la ville de Tripoli à la veille de fête du Fitr.



Les "fanfaronnades"
"J’étais honnêtement très dérangé par les propos de M. Bassil dans la Békaa (…). La meilleure chose qu’il ait faite était de démentir ces propos, mais il aurait dû le faire plus tôt, car les conséquences se sont fait ressentir sur la scène locale et sunnite", a fait savoir Saad Hariri.

Le chef du CPL avait effectué, il y a quelques semaines, une tournée dans la Békaa-Ouest. Dans des propos tenus lors de cette tournée et ayant fuité sur les réseaux sociaux, M. Bassil aurait critiqué ce qu’il a qualifié de "sunnisme politique", estimant qu’il était né "sur le cadavre du maronitisme politique (…)". Plus récemment, et lors d’une tournée dans le caza de Baabda, le ministre des AE s’en est pris au directeur général des Forces de sécurité intérieure, le général Imad Osman (proche du courant du Futur). Toutes ces prises de position jugées "provocatrices" de la part des détracteurs du chef de la diplomatie avaient suscité la colère des ténors de la communauté sunnite.

"Ce qui se passe me pousse à refuser toute surenchère me concernant et concernant le Courant du Futur. Nous ne pouvons pas rester muets sur le mal et les propos qui transgressent les lignes rouges, la Constitution et les us et coutumes. Le pays ne peut être dirigé par le biais de fanfaronnades et des propos irréfléchis qui portent atteinte à notre économie", a martelé M. Hariri.

Samedi, Gebran Bassil, qui parlait dans le cadre de la conférence Lebanese Diaspora Energy (LDE), avait affirmé qu'"il est naturel que nous défendions la main d’œuvre libanaise face à toutes les autres, qu'elles soient syrienne, palestinienne, française, saoudienne, iranienne ou américaine", lançant "les Libanais avant tout !". Ces propos ont soulevé une tempête de protestations sur les réseaux sociaux, notamment dans les pays du Golfe, ainsi qu'au sein de la classe politique libanaise, les détracteurs de M. Bassil l'accusant de racisme. Près de deux semaines après les secousses subies par le compromis présidentiel, c’est le président de la République, Michel Aoun, qui s’est invité dans la partie pour tenter de rectifier le tir et assurer la pérennité de l’entente politique élargie de 2016, qui avait donné le coup d’envoi à son mandat. Le ministre d’État pour les Affaires présidentielles, Salim Jreissati, a ainsi été dépêché à Dar el-Fatwa, la plus haute instante religieuse sunnite libanaise, pour une rencontre avec le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, afin de calmer la situation.

"Les relations du Liban avec les États arabes ne dépendent pas de l’humeur de certaines formations et partis politiques. Il est inacceptable de mettre les pays arabes, surtout l’Arabie saoudite, dans le camp des adversaires du Liban", a prévenu Saad Hariri. "Il n’y pas un État du Golfe dans lequel on ne retrouve des milliers de jeunes Libanais qui y travaillent", a-t-il également rappelé.

M. Hariri a également appelé mis en garde contre "les propos racistes" à l'égard des réfugiés syriens au Liban, affirmant que de tels discours "vont seulement provoquer des tensions".



(Pour mémoire : Bassil persiste et signe : Tous les pays donnent la priorité à leurs ressortissants)



L'entente avec le CPL
Revenant sur le compromis politique scellé entre sa formation et le CPL, M. Hariri a exprimé son attachement à cette entente. "Certains veulent porter atteinte au compromis (avec le CPL). L’alternative à cette entente est l’inconnu, la discorde et l’affrontement avec le chef de l’État. Certains ont évoqué la mort de cette entente. Peut-être que cette entente était une aventure, et c’est vrai que cette décision était à contre-courant et ses conséquences se sont manifestées lors des législatives de mai 2018. Mais nous avons fait des sacrifices pour protéger le pays", a insisté M. Hariri.

"Le respect de l’Accord de Taëf était le point le plus important qui figure dans l’entente politique. Les sunnites sont des partenaires qui ne chercheront pas de soutien étranger. Ils sont le nerf du pays, et sans nerf un pays ne peut exister. En toute honnêteté, je dis aux Libanais et surtout aux sunnites, le plus grand mensonge est de dire que l’entente s’est faite aux dépens des intérêts sunnites", a affirmé le chef du gouvernement afin de faire taire ses détracteurs.

"Les prérogatives du Premier ministre se portent bien et personne ne peut les violer. Lorsque nous protégeons le pays, nous empêchons la discorde et le conflit syrien d’atteindre (le Liban). Lorsque nous organisons les conférences de CEDRE, Rome et Bruxelles (…) nous protégeons le rôle historique des sunnites du Liban. Je poursuis le chemin tracé par Rafic Hariri", a-t-il poursuivi.

"Je vais voir le président de la République et lui parler en toute sincérité pour lui dire que le manque de confiance entre Libanais est le plus grand danger pour la République. Le chef de l’État est une garantie pour nous tous et pour le vivre-ensemble. Tout problème a une solution, mais il ne faut pas croire qu’on peut éliminer l’autre", a ensuite dit M. Hariri.

En réponse à des questions des journalistes, le Premier ministre a répété que "la relation avec le président Aoun est spéciale". "Tout ce que j’ai dit à propos de Gebran Bassil, je le dis avec conviction. Nous voulons bâtir un État et mettre en œuvre des projets. La relation avec M. Bassil est existante, elle connaît certaines tensions. Nous ne voulons éliminer personne mais nous ne voulons pas qu’on nous élimine non plus".



(Lire aussi : CPL-Futur : Aoun rectifie le tir et redynamise le compromis présidentiel)



Les attaques de Tripoli
Par ailleurs, Saad Hariri a évoqué les attaques de Tripoli menées par un islamiste qui s'est fait exploser après avoir tué deux policiers et deux soldats. "Un terroriste ne changera rien à Tripoli. Elle restera la ville de la modération et du vivre-ensemble. Tripoli sait qui a créé Fateh el-Islam, et qui a exporté les terroristes en les libérant de ses prisons", a dit M. Hariri, en allusion au régime du président syrien, Bachar el-Assad. Sa formation a fait l'objet de campagnes qui l'accusent de soutenir des islamistes. "Des questions inutiles ont été soulevées, notamment sur le fait de savoir pourquoi l’auteur des attaques avait été libéré. Le tribunal militaire l’avait condamné et il avait effectué sa peine de prison", s'est défendu M. Hariri.



(Lire aussi : Le PSP et le Futur s’écharpent autour d’une querelle au conseil municipal de Chehim)



L'affaire Ziad Itani
En outre, Saad Hariri a abordé l'affaire Itani, du nom du metteur en scène libanais Ziad Itani qui avait été faussement accusé d'espionnage au profit d'Israël et emprisonné.

"Il est inacceptable qu’un juge fasse cavalier seul et mène une campagne contre les Forces de sécurité intérieure (FSI) et la branche des services de renseignement de la police. Cela est inacceptable et toute couverture politique qui lui est accordée est inacceptable. Je n’accepterai pas que quelqu’un porte atteinte aux institutions militaires et sécuritaires. L’armée, les FSI, la Sûreté générale et la Sécurité de l’État appartiennent à tous les Libanais et ne peuvent être taxées de confessionnalisme", a dit M. Hariri, en allusion au commissaire du gouvernement libanais près le Tribunal militaire, le juge Peter Germanos, qui avait acquitté l'ancienne directrice du bureau de lutte contre la cybercriminalité au sein des Forces de sécurité intérieure (FSI), Suzanne el-Hajj, dans cette affaire.

Mme Hajj avait été arrêtée le 2 mars 2018, suivie par le pirate informatique Elie Ghabach, pour "fabrication de fausses preuves" contre le réalisateur Ziad Itani ainsi qu’en raison de "piratages et cyberattaques visant des sites de ministères, de services de sécurité et de banques libanaises, et d’autres sites au Liban et à l’étranger". Ils étaient tous deux accusés d’avoir dénoncé M. Itani auprès de la direction générale de la Sécurité de l’État au moyen de documents falsifiés selon lesquels le dramaturge aurait commis des actes criminels, alors qu’ils le savaient innocent. A l'issue du procès devant le tribunal militaire, Mme Hajj a été innocentée et M. Ghabach condamné à un an de prison. Ce jugement a provoqué des tensions politiques, notamment entre des responsables du courant du Futur et le Courant patriotique libre. 

"Évidemment qu’il y a eu interférence dans le dossier de Ziad Itani, car ce qui s’est passé est anormal", a jugé M. Hariri, en réponse aux journalistes.

Enfin, le Premier ministre a commenté les récentes tensions entre sa formation et celle du leader druze Walid Joumblatt, son allié. "Walid, c’est Walid", s'est contenté de dire M. Hariri Le Courant du Futur de M. Hariri et le Parti socialiste progressiste de M. Joumblatt s'étaient écharpés ce week-end sur la rotation à la présidence de la municipalité de Chehim, gros village sunnite de l’Iqlim el-Kharroub. Dans plusieurs municipalités au Liban, les membres du conseil municipal s’entendent entre eux pour changer de président à mi-mandat, une pratique généralement destinée à refléter au mieux la complexité des alliances concoctées, souvent familiales, couplées d’enjeux partisans.

Saad Hariri a également déploré durant sa conférence de presse le retard accusé dans l'approbation du projet de budget de l'année en cours par le gouvernement, dénonçant les formations politiques qui selon lui accordent leur feu vert à la loi des finances en Conseil des ministres, mais la critiquent au Parlement à travers leurs groupes parlementaires respectifs.



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Tina Chamoun

Au Liban, la guerre des confessions a déjà eu lieu. Faut-il vraiment écraser l'une ou l'autre des ces communautés religieuses à tour de rôle pour arriver à créer un véritable un Etat? Et dans quel état!!!

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL NE FAUT PAS PRENDRE EN COMPTE LES BULLES DE GAZ GENDRISSIMALES QUI S,ECHAPPENT.

Le Faucon Pèlerin

Gébran Bassil n'a plus aucune légtimité de rester au gouvernement. Je souhaite sa démission immédiatement avant qu'il ne soit trop tard.
De la part d'u électeur kesrouanais.

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