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Enseigner la philosophie grâce à la littérature de jeunesse

FORMATION

Invitée par les départements de lettres françaises et de philosophie de la FLSH de l’USJ, Edwige Chirouter, philosophe et titulaire de la chaire Unesco Pratiques de la philosophie avec les enfants, a initié, le 23 mai, des étudiants et des professeurs de philosophie et de littérature à de nouvelles pratiques dans l’enseignement de leurs disciplines.

Carole AWIT | OLJ
01/06/2019

Y a-t-il un âge précis pour s’intéresser à la philosophie ? Peut-on philosopher à partir de la littérature de jeunesse ? Comment animer des ateliers de philosophie avec les enfants et les adolescents ? Telles sont les grandes questions auxquelles a répondu Edwige Chirouter, maître de conférences à l’université de Nantes dont les recherches et les publications portent sur la philosophie avec les enfants et la littérature de jeunesse. Un public nombreux, curieux de savoir comment faire le lien entre ces deux disciplines, a écouté attentivement la spécialiste française parler de sa pratique d’ateliers de philosophie avec des enfants, des adolescents mais également des adultes en France, au Bénin, au Luxembourg, à Monaco et en Turquie.

Initiée aux États-Unis dans les années 1970 par Matthew Lipman, la pratique de la philosophie avec les enfants s’est développée sous forme de courants divers, partout dans le monde et dans les écoles, grâce à ses enjeux didactique, existentiel, anthropologique et démocratique. Mme Chirouter a expliqué à l’auditoire, exemples à l’appui, comment se déroulent les séances de réflexion tout en évoquant l’utilité de ce type d’exercice qui peut, d’emblée, sembler ambitieux et difficilement réalisable auprès d’un public très jeune. La philosophie étant un outil pour répondre à l’étonnement des enfants devant le monde, l’enseignant va pouvoir, par le biais de ses ateliers philo, inciter ses élèves à réfléchir sur une question ou notion qui les intéresse particulièrement. Il va orienter les échanges et encourager les enfants à argumenter et à développer une pensée autonome et rationnelle. Pour débattre, les élèves vont se référer à des situations et personnages tirés d’ouvrages qu’ils ont lus en amont et qui, contrairement à leur expérience personnelle, ont une valeur universelle. « On ne peut pas apprendre à philosopher sans textes et médiations culturelles qui permettent la problématisation et la mise à distance de la notion travaillée. Les textes classiques de philosophie étant trop ardus pour de très jeunes enfants, c’est grâce à littérature que l’on peut peut-être leur permettre d’avancer dans cet apprentissage rigoureux », précise Mme Chirouter.



(Lire aussi : La philosophie au rang des mortels)



« Donner sens au monde »
Rendre compte des interrogations métaphysiques de l’enfant, de ses désirs et de ses angoisses est, d’après Edwige Chirouter, une grande tendance de la littérature de jeunesse contemporaine qui, note-t-elle, « est un immense laboratoire d’expériences de pensée : elle favorise la rigueur de la réflexion et met la question philosophique dans une bonne distance, entre l’intime, ce qui est trop proche de l’enfant, et le concept, ce qui est trop loin de lui ». La chercheuse a renseigné l’auditoire sur l’évolution, dans le monde de l’édition, de la littérature philosophique pour la jeunesse. Elle a présenté des récits et albums contemporains à forte portée philosophique, à l’instar des œuvres de Tomi Ungerer, Anthony Browne et Maurice Sendak qui traitent des questions complexes préoccupant l’enfant. Elle a également mentionné les manuels de philosophie pour enfants, les adaptations des mythes platoniciens et les productions d’un nouveau genre entre récits et manuels de philosophie pour enfants et adolescents. « La littérature est une médiation particulièrement riche dans l’apprentissage du philosophe. Elle permet aux jeunes d’expérimenter tout ce que le réel ne leur permet pas de vivre. Interpréter un récit est nécessaire pour pouvoir en dégager la portée philosophique qui va aider l’enfant ou l’adolescent à grandir et donner sens au monde », poursuit Edwige Chirouter. Par le biais de la littérature, la philosophe incite les jeunes, lors de ses ateliers, à entrer dans une réflexion complexe pour traiter d’une notion qui les intéresse. Ces « laboratoires de pensée » vont permettre aux élèves de poser des questions philosophiques qui vont alimenter leurs discussions portant, par exemple, sur la liberté, les interdits, les lois, la justice, le bien, le mal, l’amour, l’amitié, etc. Intéressés par la pratique de la philosophie avec les enfants et les adolescents, les étudiants et les professeurs des écoles présents ont posé de nombreuses questions à Mme Chirouter au sujet de l’animation des ateliers et l’interprétation de textes philosophiques. Alyne Daou, étudiante en 1re année de philosophie à l’USJ, a trouvé cette intervention particulièrement utile et confie avoir aimé être à la place des enfants qui suivent des ateliers de philosophie et qui apprennent à apprécier, tôt, cette discipline. « Je pense, note-t-elle, qu’il est indispensable d’initier les enfants à entrer dans ce monde immense qu’est la philosophie dès leur plus jeune âge. Cela pourrait leur être bénéfique dans l’immédiat, parce qu’ils apprennent à comprendre qu’il y a plusieurs vérités possibles, et pour les années à venir parce qu’ils seront capables de faire face à la difficulté des auteurs et des textes philosophiques. »



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