Ghassan Salamé à Tyr le 24 juin 2026, sur les sites archéologiques touchés par les frappes israéliennes. Photo prise par le service vidéo de L'Orient-Le Jour
Le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, a déclaré mercredi que « la protection du patrimoine relève d’une responsabilité internationale », lors d'une visite de plusieurs sites archéologiques de Tyr, dans le Sud, qui avaient été endommagés à la suite de frappes israéliennes ces dernières semaines. Lors de cette tournée, il a annoncé l'intention de son ministère de faire inscrire les vestiges de la ville sur la liste des sites exposés à un danger et de reconnaître les forteresses historiques de la région du Jabal Amel (Chaqra, Chamaa, Tebnine et Beaufort) comme « sites archéologiques protégés mondialement ».
M. Salamé a évoqué son devoir de documenter les frappes israéliennes sur les sites antiques et mis la communauté internationale face à ses responsabilités, après qu'une frappe israélienne le 7 juin dernier avait notamment endommagé un site protégé par l'Unesco à Tyr. Lors de sa visite dans la ville lourdement bombardée depuis le 2 mars et la réouverture du front au Liban par le Hezbollah, le ministre a affirmé qu'elle s’inscrit dans le cadre d’un « devoir national et moral visant à constater l’ampleur des dommages subis par les sites antiques à la suite de l’agression israélienne et à documenter cette atteinte visant une valeur humaine et historique universelle, en violation de toutes les lois, conventions et protocoles internationaux relatifs à la protection du patrimoine culturel ».
Au lendemain des frappes israéliennes non loin du site archéologique de Tyr, le directeur des sites archéologiques dans le sud du Liban, Ali Badaoui, avait constaté que « certains artéfacts archéologiques ont été endommagés lorsque des gravats les ont atteints, car une pluie de débris est tombée sur un vaste périmètre », visant « colonnes, chapiteaux, bases de colonnes, mosaïques ». Les frappes ont causé « le plus grand dommage au site depuis le début de la guerre », avait-il ajouté. Située à une vingtaine de kilomètres de la frontière avec Israël, Tyr, l'une des plus anciennes cités du monde méditerranéen, figure au patrimoine mondial de l'Unesco avec deux sites protégés.
La tournée a débuté sur le site archéologique de Bass, où M. Salamé a indiqué avoir mené une série de contacts avec ses homologues de plusieurs pays avec l’objectif de les placer devant leurs responsabilités face à ce qui s’est produit dans le sud du Liban. Il a estimé que la protection de sites historiques comme celui de Tyr, mais aussi de « Chamaa, Beaufort, Chaqra et Tebnine », doivent bénéficier de la protection internationale. « L’Unesco ne dispose pas d’une armée pour protéger les antiquités, mais nous pouvons, par des moyens diplomatiques, juridiques et médiatiques, faire face à ces agressions et les dénoncer devant l’opinion publique mondiale », a-t-il insisté.
Ghassan Salamé a rappelé dans ce cadre qu’il était en contact permanent avec le directeur général de l’Unesco, contribuant ainsi à la tenue d’une réunion extraordinaire du « Comité du patrimoine mondial qui a approuvé à l’unanimité l’extension du périmètre des sites protégés ». Une démarche qui confirme l’intérêt de la communauté internationale pour le patrimoine libanais menacé », a-t-il souligné.
Fin mai, le ministre de la Culture a remis au directeur général de l’Unesco, Khaled el-Enany un mémorandum écrit contenant tous les détails relatifs aux dangers colossaux qui menacent les sites archéologiques au Liban en raison des attaques israéliennes. Ghassan Salamé a demandé le soutien de l’organisation afin de protéger ces sites conformément à la Convention de La Haye de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflit armé.

