Les candidats doivent passer par un processus de sélection avant d’intégrer des cohortes à effectif réduit. Photos CodeBrave
Ali, Amal et des dizaines d’autres lycéens issus de plusieurs écoles au Liban, membres de la cinquième cohorte de Future Builders, recevront leur diplôme en programmation dans quelques semaines. « J’ai vécu l’une des plus belles années de ma vie ! J’y ai appris énormément et acquis beaucoup d’expérience. Cela m’a donné une vraie valeur ajoutée. En plus de mon diplôme du baccalauréat, j’aurai un diplôme développeuse front-end qui va me permettre de travailler sur des projets concrets. Cette reconnaissance personnelle me motive à persévérer sur cette voie », affirme Amal, l’une des élèves en classe de terminale ayant pris part à la formation en développement web et intelligence artificielle (IA) offerte gratuitement par CodeBrave, organisation à but non lucratif lancée en 2018.
Comptant enchaîner avec des études d’ingénierie, Ali, un autre élève âgé de 16 ans, voit dans ces sessions une opportunité d’accéder à une formation sur la programmation et l’IA qu’il n’aurait pas pu suivre autrement. « Aujourd’hui, les technologies liées à l’intelligence artificielle prennent de plus en plus de place autour de nous. Ce sont des compétences très demandées qui peuvent ouvrir énormément de portes : bourses universitaires ou opportunités d’emploi », souligne cet élève en classe de première.
La formation s’étale sur neuf mois, suivis de trois mois de stage. Dotant les participants des compétences technologiques de base, ce programme permet aux jeunes issus de communautés mal desservies d’acquérir des compétences concrètes en développement web et en IA, utiles pour leurs études, leurs stages et, à terme, dans leur accès à des opportunités professionnelles au Liban comme à distance.
Au-delà des compétences techniques, le programme accorde une place importante aux compétences transversales – pensée critique, créativité, résolution de problèmes et résilience.
Gagner sa vie tout en poursuivant ses études
Apprendre la programmation en ligne puis effectuer des projets en télétravail représente pour ces lycéens une opportunité concrète. Ali estime que les compétences acquises lui permettront de gagner en autonomie financière. « Je pourrai travailler à distance, collaborer avec différentes entreprises ou encore développer mes propres projets. À l’université, je pourrai poursuivre mes études tout en finançant moi-même mes dépenses », explique-t-il. Il en va de même pour Amal. « C’est un secteur qui me permettrait de travailler parallèlement à mes études, sans devoir mettre ma vie ou mon parcours académique entre parenthèses », poursuit-elle. Souhaitant poursuivre des études en médecine tout en s’intéressant à la programmation, cette lycéenne de 17 ans s’était inscrite sans hésitation au programme Future Builders. Elle a été sélectionnée avec une vingtaine d’élèves, à l’issue d’un appel à candidatures lancé par CodeBrave et diffusé auprès d’écoles publiques, avec l’appui du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.
« Ce programme sélectif repose sur le mérite », note Eliana Sleiman, codirectrice de CodeBrave. Les candidats doivent passer par « un processus de sélection avant d’intégrer des cohortes à effectif réduit ». Un module d’apprentissage en ligne « permet d’évaluer leur engagement et leur capacité à apprendre par eux-mêmes », le programme combinant 126 heures de cours encadrés avec autant d’heures de travail personnel. Un test d’aptitude vise quant à lui à mesurer non pas les connaissances en programmation des candidats, mais « leur manière d’aborder les problèmes, leurs capacités de résolution et leur raisonnement logique », poursuit-elle.
Lancé en 2021, le programme Future Builders met à disposition des apprenants des ordinateurs portables et leur fournit des forfaits internet mensuels afin de leur permettre de suivre les cours dans de bonnes conditions. C’est ainsi que, cette année, malgré la guerre et les déplacements forcés, les élèves participant au programme ont pu continuer leur formation. « Je sais qu’au final, tout le travail que je fournis aujourd’hui me servira plus tard. C’est ce qui me motive à continuer », explique Amal. Habitant le Sud, elle a tenu à persévérer, tout comme Ali qui, lui, a dû fuir son village alors qu’il entamait son stage. « Les choses se sont compliquées après mon déplacement, surtout dans le centre d’hébergement où nous étions entourés de milliers de personnes. Le bruit et les conditions de vie rendaient le travail plus difficile, mais je me suis adapté à la situation, confie-t-il. Je cherchais simplement un endroit calme où m’installer avec mon ordinateur et je poursuivais mon travail. »
Vision dynamique de l’éducation, en adéquation avec les évolutions du secteur
Pour concevoir et actualiser le cursus de Future Builders, CodeBrave consulte régulièrement des professionnels du secteur technologique – une dizaine d’experts ont d’ailleurs été sollicités il y a quelques mois – afin de garantir une adéquation avec les besoins réels du marché, tout en explorant de nouvelles approches pédagogiques, comme inviter les participants à identifier un problème au sein de leur communauté et à y apporter une solution numérique.
Tout au long des modules proposés, les participants réalisent des projets concrets leur permettant d’acquérir des compétences techniques, comme les bases de la programmation, avec Python comme langage d’introduction en raison de sa simplicité pour les débutants. « L’accent n’est toutefois pas mis sur la syntaxe, jugée aujourd’hui moins centrale à l’ère de l’IA, mais sur la compréhension des concepts fondamentaux de la programmation », observe Eliana Sleiman. Le programme aborde également l’IA, présentant les types de problèmes qu’elle permet de résoudre par rapport à la programmation traditionnelle, ainsi que le développement web, « une compétence tangible permettant aux étudiants de créer des projets à partir d’un simple ordinateur ». S’y ajoutent des modules de design UI/UX et d’entrepreneuriat.
Prévoir l’évolution du paysage technologique dans les années à venir étant difficile, la codirectrice de CodeBrave explique que l’approche privilégie « une compréhension conceptuelle et fondamentale des notions », l’objectif étant « de saisir les principes qui sous-tendent la programmation, même s’il ne s’agit plus de reproduire mécaniquement chaque ligne de code ». L’enjeu n’est plus l’apprentissage d’un langage ou d’un outil d’IA spécifique : le programme met plutôt l’accent sur « le développement d’un état d’esprit, d’une capacité d’apprentissage autonome et continue », ajoute-t-elle.
Au-delà des compétences techniques, le programme accorde une place importante aux compétences transversales – pensée critique, créativité, résolution de problèmes et résilience. Les participants en témoignent : Ali évoque ses progrès en communication et en anglais, ainsi qu’un gain en aisance relationnelle malgré sa timidité naturelle, tandis qu’Amal souligne avoir appris à gérer son temps et à travailler en équipe, jonglant au quotidien entre la formation, l’école et les projets.
Recrutant actuellement pour sa 6e cohorte, CodeBrave – qui propose également un programme gratuit de formation d’enseignants des écoles publiques afin d’y développer durablement l’enseignement de l’informatique et de l’intelligence artificielle dans les cycles primaire et secondaire – envisage de transformer Future Builders en un réseau d’académies d’intelligence artificielle à travers le pays, « afin d’accueillir davantage de lycéens en présentiel et d’élargir l’accès au programme », note Eliana Sleiman. La vision à long terme de l’organisation est de « permettre à l’ensemble des écoles publiques libanaises d’intégrer l’enseignement de l’informatique et de l’intelligence artificielle, afin que tous les élèves puissent bénéficier de ce type de formation », conclut-elle.

