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La croisière Prada 2020, « piano ma non troppo »

La mode

C’est à Hell’s Kitchen, le quartier qui a inspiré « West Side Story », au cœur de Manhattan, que Prada a choisi de présenter sa collection croisière 2020. Dans l’ancienne manufacture de pianos Wessel, Nickel & Gross reconvertie en logements sociaux après la crise de 1929, aujourd’hui gentrifiée et rebaptisée The Piano Factory, l’enseigne milanaise a révélé une sobriété teintée d’inspirations 1950.

15/05/2019

Dans les salons de The Piano Factory, ancien bâtiment de briques que les riverains adorent pour son cachet européen, Prada a joué la sobriété, mais avec l’originalité qui lui est propre, toujours cérébrale, jamais ennuyeuse. Pas besoin de grands effets, d’ailleurs, pour mettre en avant la perfection des coupes et des matériaux de ce label sans concession. Le tailoring est parfait, la palette sobre entre noir, marine, bleu ciel, cannelle et beige pour les vêtements d’extérieur, manteaux longs, blousons, trenchs et blazers qui réconcilient désir et besoin. Mais on est chez Prada, maison qui s’est distinguée la première, il y a plus de vingt ans, par son conceptualisme et son sens du contemporain. Aussi, très vite vont apparaître des motifs carreaux et floraux, mélangés avec finesse et humour, associant deux cultures antonymiques au sein d’une même époque de référence : l’Union soviétique et les États-Unis des années 1950, les broderies florales de la babouchka et les écossais dynamiques, les rayures sportives de la société WASP.

La mode de la guerre froide annonce d’ailleurs son come-back pour 2020. Elle évoque, en ces temps de crise et d’incertitude, la nostalgie des Trente Glorieuses et du retour de la prospérité après la Deuxième Guerre mondiale. Une époque où les couturiers ne chipotent plus sur les métrages, où le vêtement gagne en ampleur, où la généreuse ligne A prévaut pour le manteau féminin avec des manches mi-longues qui mettent en valeur la grâce des poignets. Ce modèle est d’ailleurs le cheval de bataille de la croisière Prada 2020, proposé en teintes poudrées de rose et de beige, en tissu imperméable bleu marine ou même en cuir framboise avec un gracieux col rond en peau retournée. On pourrait y voir une touche de glamour venue d’un autre temps, mais ce serait oublier la radicalité de Prada.


Dodécaphonie
Car très vite sautent à l’œil les superpositions improbables. Des baskets montantes de toutes les couleurs, des mocassins à grandes franges, des Mary Jane à petite plateforme, portés avec des chaussettes rayées rouleautées, accompagnent des jupes écossaises en laine ou à rayures tennis en coton léger, ou même en satin lingerie multicolore ou monochrome découpé par des rubans de dentelle. De grands pulls ou gilets à vaste col V se portent au-dessus de chemises qui les dépassent. Les robes à fleurs se superposent avec des chemisiers à rayures, des ensembles tout aussi fleuris jouent le total look pantalon-paletot ou saharienne pour mieux faire contraste avec des sandales de couleurs vives toujours portées avec de grosses chaussettes. Une écharpe joue les contrepoints, ajoutant une touche de couleur vive à un stylisme déjà dodécaphonique. La palette, pour sa part, fait des gammes entre Bauhaus et pop. Dans ce défilé troublant, le sac Bowling créé en 1999 s’offre une consécration de grand classique en célébrant en force son 20e anniversaire.

Au final, cette collection croisière Prada 2020 laisse à la fois une impression de déjà-vu et d’inédit. La superposition en est le mot-clé, ainsi que cette invitation à la légèreté, à la joie, à la recréation qui ne laissera pas indifférente une nouvelle génération d’acheteuses qui rejettent les diktats et n’ont envie de ressembler à personne. Sachant que les collections croisière traversent les saisons et restent le plus longtemps en boutique, on peut gager que la créatrice Miuccia Prada a mis dans ce défilé tous ses trésors de créativité décontractée et son sens absolu du Zeitgeist.


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