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Budget et austérité : Hariri "confiant" du soutien de Aoun et de Berry

Liban Ali Hassan Khalil transmet au secrétariat général du Conseil des ministres une version modifiée du projet de budget pour l'exercice 2019.
OLJ
23/04/2019

Le Premier ministre libanais, Saad Hariri, s'est dit mardi "confiant" que le chef de l’État, Michel Aoun, et le président du Parlement, Nabih Berry, "se montreront soucieux de mener une politique monétaire d'austérité afin d'assainir les finances de l’État". Il a exprimé l'espoir de présenter l'avant projet de budget en Conseil des ministres dans les prochains jours, au moment où le Liban est pressé par ses bailleurs de fonds de mettre en place des réformes économiques et financières.

Ces déclarations interviennent alors que le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil, a transmis au secrétariat général du Conseil des ministres une version modifiée du projet de budget pour l'exercice 2019. Ce nouveau texte, qui se base sur le projet développé par le ministère des Finances en août 2018, contient des mesures d'austérité, souligne le communiqué publié par le ministère sans plus de précisions.

"Nous espérons présenter l'avant-projet de budget en Conseil des ministres dans les prochains jours, et je suis confiant que le président de la République, Michel Aoun, et le président du Parlement, Nabih Berry, se montreront soucieux de mener une une politique d'austérité et à la lutte contre la dilapidation des fonds publics", a dit le chef du gouvernement, lors d'un discours prononcé dans le cadre du Congrès bancaire arabe qui se tient à l'hôtel Phoenicia de Beyrouth. "Nous voulons mettre en œuvre des réformes dans l'intérêt des citoyens et des finances libanaises, et je suis confiant que les banques, ainsi que le gouverneur de la BDL seront à nos côtés pour nous aider", a encore dit M. Hariri. "Les banques qui ont protégé le Liban n'ont pas failli (à leurs responsabilités). Le problème réside dans le fait que l’État n'a pas mis en place les réformes qu'il aurait dû appliquer. A l'issue de la Conférence de Paris II, les banques ont fourni les liquidités nécessaires, mais l’État a dépensé ces sommes sans se réformer", a déploré le Premier ministre. "Ce qui m'importe, c'est que les réformes soient mises en place, il m'importe peu de savoir qui s'attribuera ce succès, car le Liban ne peut plus continuer à fonctionner avec des lois obsolètes", a ajouté M. Hariri.


"Industrie du désespoir"
Le gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, qui a été désigné par le Congrès des Banques arabes meilleur gouverneur de banque centrale dans le monde arabe, a pour sa part dénoncé une "industrie du désespoir" qu'il a accusé de vouloir "détruire la stabilité monétaire et l'économie" du pays. "Ces tentatives ont échoué, mais il y a une nouvelle campagne en cours, qui elle aussi va échouer", a-t-il affirmé, exprimant son optimisme quant à la situation du pays.

Mercredi dernier, lors d'une séance parlementaire, le chef du gouvernement avait laissé entendre que le gouvernement préparait des mesures "d'austérité sans précédent" dans l'histoire du pays pour empêcher une détérioration de l'économie, tout en promettant de ne pas porter atteinte aux personnes à revenus limités, sans donner plus de précisions sur les mesures prévues par son cabinet dans le projet de budget qu'il est censé présenter dans les jours qui viennent. Depuis, de nombreux responsables appellent à ne pas faire payer les classes défavorisées.

Un article d'al-Akhbar (proche du Hezbollah) paru mardi évoque une "feuille de route" préparée par Saad Hariri proposant notamment une réduction des salaires des fonctionnaires et des aides sociales, de même que des hausses des taxes sur les intérêts et de la TVA, de 11 à 15%, ainsi que la privatisation des télécommunications, de la MEA et autres afin de réduire de déficit budgétaire pour l'exercice 2019. Des informations démenties par le bureau de presse du Premier ministre qui a qualifié le contenu de cet article "d'inventions".

Dimanche, le président libanais a affirmé depuis Bkerké qu'aucun nouvel impôt ou taxe ne serait imposé aux "pauvres et aux personnes dans le besoin". M. Aoun a également appelé "ceux qui n'ont pas l'expérience nécessaire pour résoudre cette crise rapidement à venir à Baabda".  Répondant aux questions des journalistes, Michel Aoun a soigneusement entouré de flou l’identité de ceux qu’il a accusés de "manque d’expérience". "Je ne nomme personne. Ceux qui n’ont pas d’expérience se sentiront concernés, et ceux qui en ont considéreront que je n’ai rien dit", a-t-il lancé. Il n’en reste pas moins qu’au vu de leur timing, les déclarations de M. Aoun ne laissent à certains observateurs contactés par L’Orient-Le Jour que le choix de les placer dans le cadre d’une attaque contre le Premier ministre Saad Hariri, en dépit de leur partenariat, en vigueur depuis octobre 2016.



(Lire aussi : Budget 2019 : la flèche de Aoun à Hariri)



L'armée et les mesures d'austérité
Plus tôt dans la journée, le ministre libanais de la Défense, Élias Bou Saab, a affirmé que l'armée libanaise s'engageait à fonctionner pour l'année 2019 avec un budget contenant des mesures d'austérité, mais défendu le maintien pour le moment de la "Mesure numéro 3", un niveau d'alerte auquel sont soumis les forces de sécurité et qui implique des compensations financières.

"Certains essaient de prouver que l'armée est responsable du problème économique que connaît le Liban. Mais ce sont les politiques économiques précédentes, et non le budget du ministère de la Défense, qui nous ont menés" à la situation actuelle, a lancé M. Bou Saab lors d'une conférence de presse. Il a affirmé que "le budget de l'armée est juste et se base sur les missions confiées à la troupe, le long de la frontière et à l'intérieur du pays". Il a dans ce contexte souligné que l'armée "fait des sacrifices, notamment matériels, qui apparaîtront lorsque le projet de budget sera présenté", indiquant que le budget des forces armées libanaises s'élève actuellement à 3.047 milliards de livres libanaises (un peu plus de deux milliards USD, alors que les dépenses publiques totalisent environ 16 milliards USD). Il a précisé que cette somme est principalement destinée à payer les salaires des militaires. 

"Il est injuste de dire que l'armée n'est pas concernée par les mesures d'austérité alors qu'elle cherche des façons d'appliquer de telles mesures au niveau interne", a ajouté M. Bou Saab, soulignant que la troupe "s'engage à fonctionner avec un budget qui comprend des mesures d'austérité, comme le requiert le gouvernement". "Nous pourrons alors probablement atteindre des chiffres plus ambitieux, sans avoir à toucher aux salaires", a-t-il indiqué. 

Élias Bou Saab a concédé que "des erreurs ont été faites", soulignant notamment qu'à l'heure actuelle, il y a "plus de généraux que nécessaire". Et de poursuivre : "Le taux de passage à la retraite dans les forces armées était élevé pendant une certaine période en raison du report de la démobilisation des militaires lors des événements de Ersal (lorsque les forces armées devaient faire face aux groupes jihadistes installés le long de la frontière avec la Syrie, ndlr), et de Tripoli (où des affrontements armés avaient régulièrement lieu entre les différentes communautés)". Il a annoncé que l'école militaire n'engagerait, cette année, aucune nouvelle recrue. 


(Lire aussi : Cap sur l’austérité, confirme Hariri)



La "mesure numéro 3"
Le ministre de la Défense a encore abordé la question de la "mesure numéro 3", qui fait polémique dans le cadre des discussions autour du budget. Cette mesure correspond à un niveau maximum d'alerte imposé aux forces armées et à tous les appareils sécuritaires de l’État. Lors de la mise en application de ce niveau d'alerte, les militaires et tous les membres des forces de l'ordre, déployés ou assignés à des tâches administratives, reçoivent une somme compensatoire mensuelle pouvant aller de 70 à 200.000 livres libanaises et des indemnisations de fin de carrière gonflées. Ce niveau d'alerte avait été mis en application depuis le début de la guerre civile, en 1975, jusqu'en 2001, puis à nouveau en 2006, lors de la guerre de juillet opposant le Hezbollah à Israël, jusqu'à aujourd'hui.

"Lorsque nous considérerons que nous pouvons alléger les missions de l'armée, nous pourrons réviser la mise en application de la "Mesure numéro 3", a affirmé M. Bou Saab, soulignant toutefois les conditions ne sont, selon lui, pas encore réunies" pour une telle décision. 

Selon des sources citées par certains médias, les remarques voilées lancées dimanche par le président visaient à mettre M. Hariri en garde contre toute velléité de proposer un amendement de cette mesure dans le projet de budget. 

"Les mises en gardes lancées par le chef de l’État visaient à exhorter l'ensemble des parties à approuver rapidement le budget et soulignaient surtout la nécessité de discuter de ce projet lors du Conseil des ministres à Baabda", s'est contenté de souligner le ministre de la Défense qui a été reçu aujourd'hui par M. Hariri, peu avant sa conférence de presse.

La ministre de l'Intérieur, Raya el-Hassan, a pour sa part estimé que "le pays passe par de grandes difficultés économiques". "Nous devons tous réduire les dépenses, et tout le monde va devoir faire des sacrifices", a-t-elle souligné, lors d'un déplacement au siège de la direction générale de la Sûreté générale.



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Irene Said

Ben oui, les caisses de l'Etat se rempliront par miracle divin...
"Là-haut" on est en train d'élaborer un budget spécial-Liban...
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

BUDGET D,AUSTERITE NE VEUT PAS DIRE MOINS D,ACHAT D,ARMEMENTS MAIS AUSSI RESTRICTION SUR LES DEPENSES ET LES SALAIRES ET RETRAITES COMME IL EN FUT EN GRECE.

AIGLEPERçANT

C'est pas grave Elias, don't worry Ya Bou Saab, un parti résistant trouve tous les jours des recrues qui défendront le pays en attendant que les caisses de l'état se renflouent.

Pourquoi en faîtes vous une affaire sa3abeh, Y'a Bou Sa3ab.

Bustros Mitri

Et les deputes et ministres, et autres responsables politiques, s' engagent-ils à s' appliquer des mesures d' austérité...( nous ne parlons pas de la consommation de havanes ici, mais bien plus..!)?

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