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Anastasia Elrouss inscrit à son palmarès quatre Awards

Architecture

En l’espace d’un an et demi, trois de ses œuvres ont été récompensées. L’architecte libanaise s’est distinguée en Allemagne par ses projets avant-gardistes et fonctionnels.

May MAKAREM | OLJ
18/04/2019

« L’architecture est le grand livre de l’humanité, l’expression principale de l’homme à ses divers états de développement (…) »

(Victor HUGO Extrait de Notre-Dame de Paris)


Quinze ans d’expériences et de compétences acquises dans trois agences lui ont permis d’enrichir son processus de conception architecturale et de promouvoir une architecture centrée sur l’usager. Anastasia Elrouss démontre dans ses œuvres que l’architecture est un tout qui compose avec le paysage, mais aussi l’histoire et la mémoire des lieux. Pour elle, les enjeux architecturaux, urbains, paysagers et culturels sont indissociables. Diplômée de l’Université américaine de Beyrouth, Anastasia Elrouss a fait ses premiers pas à l’agence Samir Khairallah et Associés, puis chez Jean Nouvel à Paris. En 2008, elle prend la direction de l’agence Youssef Tohmé Architects and Associates (YTAA) et devient son associée, contribuant de facto à l’aménagement du quartier de Brazza, à Bordeaux, à la conception d’une tour en bois de 11 étages et d’un îlot de 120 logements à Nantes, et du nouveau musée MARe (Musée d’art récent) en Roumanie, pour ne citer que ces projets. Une position que beaucoup envieraient ! Or voilà qu’en novembre 2017, son besoin viscéral d’indépendance prend le dessus. Convaincue de ses capacités professionnelles, elle quitte YTAA et crée son propre cabinet, ANA-Anastasia Elrouss Architects, à Gemmayzé. C’est là qu’elle réalise désormais « des lieux réfléchis et fonctionnels » pour ses clients.

Capturer les différentes saisons
Tel un capitaine menant son navire, elle avance à grands pas lançant ses projets au Liban, en France et au Canada. En l’espace de 18 mois, elle récolte quatre prix.

Les German Design Awards, avec mention spéciale dans la catégorie architecture, reçu le 8 février 2019 à Francfort pour la villa Patio à Rabieh. Évalué en fonction de son concept général, sa durabilité, son esthétique et sa fonctionnalité, le projet a été présenté à l’Ambiente Frankfurt et exposé au musée Angewandte Kunst (Musée des arts appliqués). La même villa s’était vue attribuer, en octobre 2018, le Iconic Award, Best of Best, dans la catégorie conception innovante qui distingue une architecture avant-gardiste. La cérémonie organisée par le German Design Council s’était déroulée à la Pinakothek der Moderne de Munich. Le projet a été ensuite présenté au Die Neue Sammlung-The Design Museum.

En cours de construction, la villa Patio est située sur une des collines au milieu d’une forêt de pins. Suspendue entre terre et ciel par un double porte-à-faux de 16 x 18 mètres, elle permet au paysage environnant de s’infiltrer dans l’espace vital. Les salles de réception se trouvent au rez-de-chaussée ; une piscine extérieure et un jardin intérieur à double hauteur occupant la moitié de la surface. Ce niveau fonctionne comme une ancre sociale et structurelle, se connectant au parking du sous-sol par une série d’espaces verts, et aux chambres installées dans les deux étages supérieurs, où la nature est la plus présente. Là, en effet, « l’espace se transforme en microvillas privées avec des jardins secrets qui communiquent de manière transparente avec la forêt environnante. La frontière entre la nature et le bâti s’estompe, donnant aux résidents de la maison une flexibilité adaptive à leurs besoins personnels et aux changements de saison », indique l’architecte.

Tout récemment en mars 2019, deux autres de ses projets remportent, avec mention honorable, le prix Design that Educates, qui récompense des projets à la dimension et à l’impact social importants. Il s’agit du complexe Haddad dans les Laurentides, au Canada, ainsi que The Haven House au Mont-Liban, dont la construction est abritée entre les rochers et les arbres avec un toit en porte-à-faux placé dans le prolongement de la pente montagneuse. Les prix ont été remis à Anastasia Elrouss à Melle, ville de Basse-Saxe en Allemagne, au cours de l’événement Architecture in Foyer initié par la Fondation Laka et Solarlux GmbH. Les deux projets seront l’objet d’une exposition qui se tiendra au campus de Solarlux et d’une conférence donnée par la lauréate.

Comme une musique figée
Dans la région des Laurentides, cette contrée fascinante tant par son histoire que par ses grands espaces imprime le projet complexe Haddad. Autour de la maison principale, des pavillons autonomes ont été commandités pour loger enfants et amis au milieu d’une propriété de 40 000 mètres carrés de forêts. Ces petites villas sont conçues de manière « à capturer les diverses expériences d’habitation dans une forêt », explique Anastasia Elrouss. Elle donne à titre d’exemple la maison d’Élias qui se caractérise par une haute silhouette, et un puits de lumière spectaculaire qui se déverse du toit et fonctionne comme une sorte de cathédrale rendant hommage aux arbres qui trouent le ciel. Ou encore, les trois cabanes logées dans les arbres pour les voyageurs désirant s’immerger dans la nature. Chaque structure en suspens entre ciel et terre représente un arbre qui se fond dans son environnement naturel. « Mon objectif est de réinventer la manière de se connecter à l’environnement dans lequel on vit, et pour ce faire, créer des structures qui aboutissent à des espaces de liberté permettant une marge d’appropriation », dit l’architecte, ajoutant que son agence travaille avec une équipe de consultants internationaux qui partage sa façon de penser et de voir.

Partisane de la fluidité spatiale, elle met un accent particulier sur les détails et les objets transitoires. « Qu’il s’agisse de concevoir une ville, un immeuble ou une maison, les mêmes règles s’appliquent, bien qu’à une échelle différente. Le travail de notre entreprise est identifié par son accessibilité et sa flexibilité, permettant ainsi à l’utilisateur d’avoir son mot à dire dans l’espace créé. »

Une fois que l’entreprise a terminé ses travaux sur un site spécifique, « le projet doit toujours pouvoir évoluer en fonction des besoins de l’utilisateur final. Car chaque lieu peut être habité différemment, permettant ainsi à un tout nouveau bâtiment – et à un nouveau mode de vie – de voir le jour ». Elle porte son discours aux conférences données lors des symposiums internationaux, notamment à Milan en 2016 pour Archmarathon, à l’université de Montréal en 2016 et à l’université d’architecture et d’urbanisme Ion Mincu à Bucarest, ou encore à Bordeaux en 2017 quand elle a exposé son rôle dans le développement du quartier Brazza, d’une superficie de 60 hectares. Membre du jury du prix Appel à idées de la Biennale de Bordeaux Metropole édition 2017, Anastasia Elrouss a fondé l’ONG Warché qui prône l’égalité des sexes sur le lieu du travail.



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