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Liban

À Nantes, la construction en bois prend de la hauteur avec des architectes libanais

Architecture

Une des rares tours entièrement en bois sera conçue par le cabinet YTAA, en France.

May MAKAREM | OLJ
25/03/2017

L'agence libanaise YTAA a été sélectionnée à Nantes pour concevoir un îlot de 120 logements, dont une tour en bois de 11 étages. Les travaux seront exécutés par Vinci construction France, promoteur de l'opération.

À peine Youssef Tohmé et son associée Anastasia Elrouss ont-ils terminé le MARe Museum for Modern and Contemporary Romania Art, à Bucarest, dont l'inauguration est prévue en octobre 2017, et la tour résidentielle du Crédit agricole immobilier dans le quartier de Brazza à Bordeaux, qu'ils démarrent un nouveau projet. Ils investissent Nantes, la capitale du Grand Ouest, où ils ont remporté le concours pour la réalisation de 120 logements sociaux, dans le quartier Prairie-au-Duc. Consacré autrefois à l'industrie et au chantier naval, ce secteur va devenir d'ici à 2022 un quartier de logements et de bureaux. De nombreux chantiers urbains sont déjà lancés. À 2h30 de Paris par TGV et à une heure de l'océan Atlantique par la route, la ville de Jules Verne est régulièrement classée en tête du palmarès des cités où il fait bon vivre. L'éclectisme de son paysage, qui s'étend sur les rives de la Loire, ses parcs et jardins lui ont souvent valu le titre de capitale verte de l'Europe.

Les logements, aux typologies différentes, sont répartis sur trois bâtiments de quatre et cinq étages, et occuperont une surface de 16 625 m2, parking inclus. Ils se démarquent des logements sociaux habituels par leur apparence extérieure, mais aussi par la variété de leur agencement intérieur, qui offre un volume important aux usagers. « On a fixé des objectifs de conception nouveaux qui permettent de dépasser les fonctionnalités programmatiques standardisées pour atteindre un réel bénéfice d'usage des lieux », souligne Youssef Tohmé, interrogé par L'Orient-Le Jour. « Nos maisons sont spacieuses, fluides, flexibles, jamais génériques, et dégagent une atmosphère de bien-être. » À travers des loggias de grande hauteur, des terrasses en jardin et des balcons tantôt filants, tantôt évolutifs, les habitations proposées sont « qualitatives, offrent un bel ensoleillement et sont ouvertes sur le paysage continu de la ville. Dans nos projets, il y a toujours une valeur ajoutée, résolument orientée sur l'utilisateur. L'homme est au centre. C'est notre acte politique. On ne fait pas de concessions », ajoute l'architecte-urbaniste.

Offrant des superficies habitables allant de 48 m2 à 156 m2, les logements s'installeront également dans une tour de 11 étages qui sera « structurellement en bois. C'est une des premières en France », indique l'architecte directrice générale de l'agence YTAA, Anastasia Elrouss. Elle précise que « seuls les quatre murs du noyau central sont en béton » et qu'« à partir du cinquième niveau (R+5), la tour s'élance et se détache de son socle à l'image d'un arbre qui se déploie ». La construction, ceinturée par des balcons comportant des « volets papillons en extrémité », n'est pas un objet générique parachuté. « Elle prend naturellement essence dans le climat nantais, au sens culturel, social, thermique et relationnel », ajoute l'architecte, expliquant que « l'enveloppe en bois et la structure en béton assurent la gestion climatique des espaces intérieurs à travers le système flexible des volets, qui permettent d'isoler du vent, d'ombrager et de ventiler. Ils fonctionnent comme un dispositif énergétique très efficace ».

La tour, dite « volume signal », et les bâtiments en béton blanc teinté dans la masse sont superposés pour mettre en valeur la différence d'échelle. Mais les deux entités sont reliées par une trame paysagère composée d'espaces de jeu et de cheminements piétonniers. De même, chaque bâtiment sera équipé au rez-de-chaussée d'« un espace participatif supplémentaire », où jardin, cuisine, bar et atelier pour enfants seront partagés. « Ce sont des espaces créateurs de lien. »

 

Fabriquer une nouvelle ville
Pour rappel, l'agence est la figure de proue du projet Bordeaux Brazza dont elle pilote l'aménagement urbain avec Michèle Laruë-Charlus (directrice générale du développement de la métropole bordelaise), en association avec le paysagiste Michel Desvignes : un grand chantier d'environ 500 000 m2 de plancher et de 4 950 logements, répondant à une nouvelle donne sociale et environnementale. Quarante architectes ont déposé le permis de construire et plusieurs opérations vont démarrer cette année, sur 50 % de la surface proposée, annonce Youssef Tohmé.

Il relève que le nouveau concept de plancher et volume capables, dont la souplesse d'utilisation doit permettre « de construire des bâtiments réversibles et de changer de fonction sans aucun problème technique, a nécessité une modification juridique. Ce qui a pris du temps ». Mais ça y est, c'est parti, « Bordeaux est désormais l'incarnation avant-gardiste du "volume capable" introduit par YTAA. Une notion reprise par tout le monde, architectes et politiques. C'est devenu un projet social possible », fait observer Anastasia Elrouss.

« En introduisant le" volume capable", c'est-à-dire un volume évolutif qui permettra à l'usager de combler les manques, comme une pièce en mezzanine quand la famille s'agrandit, on a donné une autre vision du logement social. L'homme est ainsi en contrôle de son espace intérieur », souligne Youssef Tohmé.
Il ajoute d'autre part que le paysage est « le grand lien entre les activités sociales et le logement, entre Bordeaux centre et sa rive droite ». On a introduit la relation du grand paysage même dans les zones commerciales. Parce que la ville manque de plus en plus de ce que Nietzsche appelle des pensoirs silencieux, de vastes endroits où le bruit des voitures ne pénètre pas, où nous puissions méditer nos pensées, sans être happés par les infos, les pubs, etc. Ça va devenir un paradis. Tout a été pensé sur mesure : ambiance, morphologie, programmes vont définir la nouvelle identité de la ville. Brazza ne sera pas un quartier générique. Mais un paradis !

Par ailleurs, en offrant des logements pour toutes les catégories sociales, « on a donné aux gens la possibilité d'y vivre et de travailler sur place, sans faire des kilomètres de route. Brazza réussira ainsi à garder sa population ».
L'architecte Elrouss rappelle également qu'à Brazza, YTAA construit pour le compte de quatre clients sept immeubles de typologies différentes, qui seront le landmark du quartier : ADIM Sud-Ouest, Crédit agricole immobilier, Point P (Saint-Gobain) et Eiffage.
Voilà, en bref, comment les deux spécialistes fabriquent la ville de demain. « Une ville où la qualité de vie et la mixité sociale font l'objet d'une attention particulière. Pour nous, c'est fondamental », ajoutent-ils en écho.

 

Pour mémoire 

Youssef Tohmé, l’architecte des possibles

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