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Économie

CEDRE : un an après, où en est-on ?

Réformes

La communauté internationale émet de sérieux doutes quant à la crédibilité des engagements pris par le Liban lors de cette conférence économique.

06/04/2019

Il y a un an jour pour jour, Paris accueillait la Conférence économique pour le développement par les réformes et avec les entreprises (CEDRE). L’événement s’inscrivait dans un cycle de trois conférences (avec Rome II et Bruxelles) programmées lors de la réunion du Groupe international de soutien pour le Liban, suite à la crise de novembre 2017 provoquée par la démission surprise depuis Riyad de Saad Hariri, alors Premier ministre de l’ancien gouvernement. « Nous n’avions aucun intérêt à voir un pays failli dans la région », a expliqué encore ce jeudi Jacques de Lajugie, ministre conseiller pour les affaires économiques à l’ambassade de France.

La CEDRE avait pour objectif de permettre au Liban de lever des fonds afin de financer une partie de la première phase (6 ans) d’un programme d’investissement (Capital Investment Program, CIP) visant à moderniser les infrastructures du pays. Et alors que les organisateurs de la conférence « tablaient sur une enveloppe de 7 milliards de dollars », la communauté internationale s’engagera finalement à mobiliser plus de 11 milliards de dollars de prêts et de dons. « Ce succès plus important que prévu est dû à beaucoup d’efforts et de pédagogie, appuyés et répétitifs, pour mobiliser les pays de l’OCDE et du Golfe », a rappelé Jacques de Lajugie. Résultat, « cela permettra d’assurer le financement de deux des trois phases du CIP, si l’on prend en compte la contribution du secteur privé. Car sur les 270 inclus dans le CIP, 18 projets d’une valeur de 7 milliards de dollars doivent faire l’objet de partenariats public-privé », avait indiqué le mois dernier Ziad Hayek, le désormais ex-secrétaire général du Haut Conseil pour la privatisation et les PPP (HCPP).


(Lire aussi : Réformes : le Liban officiel exaspère les pays occidentaux)


Un soutien conditionné aux réformes et un contrôle accru
La spécificité du processus de la CEDRE par rapport aux précédentes conférences de soutien au Liban (Paris I, II et III) est qu’il prévoit des financements conditionnés à la mise en œuvre de réformes budgétaires et sectorielles sur lesquelles Beyrouth s’était engagé l’an dernier. « Si les réformes ne sont pas réalisées, les fonds seront tout simplement recyclés ailleurs », a prévenu M. de Lajugie. Aussi, ces fonds prennent la forme « de financements de projets et aucunement d’aides budgétaires difficiles à contrôler ». Enfin, deux mécanismes de suivi du processus de la CEDRE sont prévus : un groupe de coordination à Beyrouth, très opérationnel, et un autre qui réunira les donateurs multilatéraux (Banque mondiale, Union européenne, Nations unies) et les pays ayant le plus contribué (Allemagne, France, Arabie saoudite, Koweït) avec une vision plus stratégique. La partie libanaise y sera représentée par la présidence du Conseil, le Conseil pour le développement et la reconstruction, le ministère des Finances, « et nous avons demandé que l’Inspection centrale puisse assister également », a précisé M. de Lajugie. « Si le comité de suivi constate une anomalie dans un des projets financés dans le cadre du programme de la CEDRE, le processus d’appel d’offres sera suspendu, ainsi que le financement. Et l’entité publique responsable de cette anomalie sera mise sur liste noire », a-t-il insisté.


(Lire aussi : CEDRE : Ferid Belhaj évoque la « déception » de la Banque mondiale)


Un contrat de confiance bafoué
Qualifiant le processus de la CEDRE de contrat de confiance entre la communauté internationale et le Liban, Jacques de Lajugie a rappelé que le « processus décisionnel a été gelé pendant des mois en raison du retard dans la formation du gouvernement Hariri III ». « Et même une fois formé, les choses ne se sont pas améliorées. Il existe de sérieux doutes sur la crédibilité des engagements pris par le gouvernement », a-t-il regretté. Un sentiment partagé par le vice-président de la BM pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, Ferid Belhaj, qui a évoqué la semaine dernière « une déception de la communauté internationale ». Dans une interview accordée à Albert Kostanian pour son émission Vision 2030, l’ambassadeur de France Bruno Foucher a également affirmé mardi que le Liban avait « perdu beaucoup de temps » et que « le débat n’était pas à la hauteur des enjeux », compte tenu de la « mauvaise situation » dans laquelle se trouve le pays. Il a toutefois tenté de se montrer rassurant en indiquant que « ce retard ne compromettait pas la CEDRE ».

Signe que les choses n’avancent pas, Pierre Duquesne, le diplomate français chargé par le président Emmanuel Macron du suivi du processus, réitère à chacune de ses visites les mêmes demandes qu’il considère comme « simples » et « réalisables » à court terme. Il s’agit de la nomination des membres vacants des autorités de régulation sectorielle, dans les télécommunications, l’énergie et l’aviation civile. « Il faut le faire, car sans ces nominations, ces autorités ne fonctionnent pas, ces secteurs ne sont pas régulés et il n’y aura pas d’investissements dans ces secteurs », avait-il insisté en mars. De même pour le renforcement des moyens du HCPP : « Il faut donner au HCPP les moyens de réguler les partenariats public-privé au Liban en lui permettant de recruter une quarantaine de personnes supplémentaires et d’avoir un budget indépendant », avait-il demandé. Ziad Hayek, qui était à la tête du HCPP jusqu’au mois dernier, a d’ailleurs fini par démissionner, avant d’affirmer qu’il n’y avait « aucune volonté politique de mettre en œuvre les PPP au Liban ».

MM. de Lajugie et Foucher ont également rappelé au gouvernement cette semaine qu’il devait effectuer « une priorisation des projets inclus dans le CIP ». À la veille de la conférence de Paris, « le gouvernement avait fait appel à des consultants qui ont bâclé ce travail d’évaluation. Or ces projets ont été pour la plupart conçus il y a des décennies et doivent être probablement complètement repensés ou du moins actualisés », avait dénoncé Mona Fawaz, professeure en urbanisme à l’AUB.


(Pour mémoire : CEDRE : la question du contrôle des fonds se pose déjà)


Prochaines semaines déterminantes
Face à cet immobilisme, M. de Lajugie prévient : « Les prochaines semaines seront déterminantes pour la réussite du processus CEDRE : il y a une impatience de tous les acteurs économiques du pays et des donateurs. Le Liban n’a plus le luxe du temps. » Il indique alors que le gouvernement devra donner de sérieux signes d’engagement sur deux dossiers-clés : le budget 2019 et la réforme de l’électricité.

• Sur le budget 2019 : le Liban s’est engagé à Paris à baisser de cinq points de pourcentage le ratio déficit public/PIB sur une durée de cinq années consécutives. Le gouvernement avait présenté à ce moment-là un budget prévisionnel pour 2018, dont le déficit public ne dépassait pas les 9 % du PIB, or le déficit public atteint aujourd’hui 11 % du PIB. « Une copie sincère, crédible et convaincante du budget 2019 doit être rapidement présentée par le gouvernement, avec une réduction du déficit par rapport à 2018, prenant pour base les 9 % (et non 11 %) », a averti M. de Lajugie.

• Sur la réforme du secteur de l’électricité : « Les tarifs de l’électricité doivent être augmentés dès 2019 », a conseillé M. de Lajugie, alors que le plan présenté par la ministre de l’Énergie, Nada Boustani, prévoit cette hausse pour début 2020, en parallèle à une hausse de la production via une solution intérimaire. « Le coût de la production assurée par la solution intérimaire sera beaucoup plus élevé, compte tenu des techniques utilisées et de la quantité de carburant additionnelle nécessaire. Cela conduira à une augmentation massive du déficit d’EDL et le gouvernement ne parviendra donc pas à réaliser des économies », a estimé M. de Lajugie. Il a par ailleurs regretté que le plan Boustani « ne prévoie pas la nomination des membres du conseil d’administration d’EDL et la création d’une instance de régulation sectorielle ». Avant d’insister sur le fait que « le HCPP devait avoir la compétence sur tous les projets PPP, surtout sur l’électricité », alors que le plan Boustani prévoit que le ministère garde la main sur les procédures d’appels d’offres relatives aux projets du secteur de l’électricité.


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M. F.

La clarté de l'intelligence sincère de M. de Lajugie n'a fait que rappeler les raisons et fondements de la CEDRE qui a été applaudie il y a un an par ces mêmes Libanais qui aujourd'hui en disent à toutes les sauces.
M. de Lajugie a même évoqué jeudi dernier 2 mesures simples - toutes de bon sens - pour combattre la corruption ; elles n'ont pas même été évoquées dans cet article.
Enfin, "... « et nous avons demandé que l’Inspection centrale puisse assister également », a précisé M. de Lajugie ...". Il me semble que M. de Lajugie a tenu à préciser "l'inspecteur central et non l'Inspection". Merci de confirmer et corrige le cas échéant.

AIGLEPERçANT

Les emprunteurs sont encore plus pressés de prêter leurs sous empoisonnés que le Liban nouveau de s'en saisir.

Donc qu'ils lâchent la sauce ou alors qu'ils nous lâchent les baskets sans trop nous stresser.

Voilà comment on devrait répondre à ces " bienfaiteurs" dans l'esprit embué des niaiseux.

Irene Said

Parfois on devrait réfléchir avec un cerveau non rouillé avant de balancer des enfantillages sans queue ni tête...
Irène Saïd

AIGLEPERçANT

Mais on s'en tape de cet appât accroché à un hameçon rouillé.

Cette CEDRE pourrait nous refiler le tétanos.

Marionet

M. de Lajugie tient des propos de bon sens même s'il adopte un ton professoral qui peut heurter à juste titre l'amour-propre national. Mais propre, on est bien d'accord?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA OU L,ON EST, GRACE A NOS ABRUTIS CORROMPUS, IGNORANTS, INCOMPETENTS ET M,ENFOUTISTES, C,EST PITOYABLE !
QUAND LES PYROMANES SERAIENT LES POMPIERS DES INCENDIES NOS ABRUTIS SERAIENT LES SAUVEURS DE NOTRE PAYS !

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