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Nouvelle mobilisation gigantesque en Algérie contre le président Bouteflika

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"On voulait des élections sans Boutef, on se retrouve avec Bouteflika sans élections", peut-on lire sur une pancarte à Alger.

OLJ/AFP
15/03/2019

Les Algériens sont à nouveau très massivement descendus dans la rue vendredi, principalement à Alger, pour dire leur refus clair de la prolongation sine die du mandant du président Abdelaziz Bouteflika.

Il s'agit du 4e vendredi consécutif de contestation nationale inédite depuis l'élection il y a 20 ans de M. Bouteflika, 82 ans, affaibli par les séquelles d'un AVC qui l'empêchent de s'adresser aux Algériens depuis 2013 et rendent ses apparitions publiques rares.

A Alger, même si le nombre de manifestants était difficile à établir en l'absence de chiffres officiels, la mobilisation a été au moins similaire à celle du vendredi précédent, jugée exceptionnelle par les médias et analystes algériens. Oran, Constantine et Annaba, les 2e, 3e et 4e villes du pays ont également été le théâtre de mobilisations très importantes, comme la semaine dernière, selon des journalistes de médias locaux sur place. Des sources sécuritaires ont recensé des manifestations dans au moins la moitié des préfectures du pays, du Nord au Sud.

A Alger, autour du carrefour de la Grande-Poste, bâtiment emblématique du cœur de la capitale, hommes, femmes et enfants ont arpenté dans une ambiance festive, avenues et rues, dont une grande partie était désertée par la police. Le carrefour est resté longtemps noir de monde, comme les rues qui y mènent, notamment une large avenue où un cortège compact s'étirait sur plus de deux kilomètres, selon une journaliste de l'AFP sur place. Des habitants ont offert à manger aux manifestants.

"On voulait des élections sans Boutef, on se retrouve avec Bouteflika sans élections", pouvait-on lire sur une pancarte. "Quand on dit +non au 5e mandat+, il (Bouteflika) nous dit +on garde le 4e, alors+", indiquait une autre.



Heurts localisés
Les cortèges se sont déroulés globalement sans incident conformément au mot d'ordre "pacifique" de cette contestation. Seuls des heurts localisés ont été signalés près du centre d'Alger, entre la police et quelques centaines de jeunes lançant des pierres sur un cordon barrant une avenue menant à la présidence de la République. Les affrontements ont fait des blessés, selon une journaliste de l'AFP sur place.

De son côté, la police a fait état de l'interpellation de 75 personnes à Alger pour "faits de violence, vol et dégradation de véhicules et de biens publics et privés". Onze policiers ont été légèrement blessés au moment des arrestations.

A la fin des cortèges à la tombée de la nuit, des dizaines de jeunes, armés de sacs poubelles, ont nettoyé les rues. Dans le centre d'Alger, de nombreux volontaires ont également ramassé les détritus.

La contestation en Algérie, pays membre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), a été déclenchée le 22 février après la décision du chef de l'Etat de briguer un 5e mandat. Face aux manifestations réclamant qu'il renonce à sa candidature, il a annoncé lundi le report de l'élection présidentielle, prévue le 18 avril, jusqu'à l'issue d'une Conférence nationale devant réformer le pays et élaborer une nouvelle Constitution. Cette annonce prolonge de facto son mandat, au-delà de son expiration le 28 avril. La date de la Conférence n'a pas été précisée.

Comme les semaines précédentes, le drapeau national -vert et blanc, frappé du croissant et de l'étoile rouges- a été brandi par les manifestants et déployé aux balcons des immeubles.

"Vous faites semblant de nous comprendre, on fait semblant de vous écouter", ont indiqué des pancartes de manifestants, en réponse aux efforts déployés par le pouvoir pour tenter de convaincre que le chef de l'Etat avait répondu à la colère des Algériens.



(Lire aussi : En Algérie, le pouvoir cherche à convaincre à la veille d'un vendredi test)



"L'Elysée, stop !" 
Toute la semaine, les appels à manifester massivement vendredi ont été relayés par les réseaux sociaux, avec des mots-dièses explicites: "#Ils_partiront_tous", "#Partez!". Et souvent une touche d'humour: une image conjugue le verbe "marcher": "je marche, tu marches (...) ils partent".

Jeudi devant la presse, le nouveau Premier ministre Noureddine Bedoui, qui a remplacé le très impopulaire Ahmed Ouyahia, et le vice-Premier ministre Ramtane Lamamra, diplomate chevronné, ont peiné à convaincre.

Sur Twitter, un internaute a remercié ironiquement MM. Bedoui et Lamamra de leurs "efforts pour maintenir les Algériens mobilisés". Vendredi "c'est la conférence de presse du peuple", a écrit un autre.

Une nouveauté : de nombreuses pancartes à Alger ont fustigé la France, ancienne puissance coloniale, et son président Emmanuel Macron qui a "salué la décision du président Bouteflika", tout en appelant à une "transition d'une durée raisonnable". "C'est le peuple qui choisit, pas la France", proclamait une grande banderole. "L'Elysée, stop! On est en 2019, pas en 1830", date de la conquête de l'Algérie par la France, rappelait une pancarte.



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