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Liban

Malgré la polémique, Gharib pourrait être invité à Bruxelles par Hariri à la dernière minute

Bruxelles III

C’est au gouvernement de décider des membres de la délégation qui assistent à la conférence, explique à « L’OLJ » la délégation de l’Union européenne à Beyrouth.

12/03/2019

La polémique reprend de plus belle sur le dossier des réfugiés syriens, depuis que le ministre d’État pour les Affaires des réfugiés Saleh Gharib (un druze prosyrien relevant du président Michel Aoun) a exprimé son mécontentement dimanche de ne pas avoir été convié à la conférence de Bruxelles III de « Soutien à l’avenir de la Syrie et de la région », suscitant d’une part un ferme soutien, et d’autre part des critiques acerbes. Scindant une fois de plus les Libanais en deux camps distincts : les proches du régime syrien qui réclament « un retour sécurisé » des réfugiés syriens, « sans nécessairement une solution politique en Syrie », et les autres qui abondent dans le sens de la communauté internationale et insistent pour que le retour soit « volontaire et sécurisé », tout en estimant que « les conditions ne sont toujours pas réunies pour un retour massif des réfugiés ». Rappelons que les travaux de cette conférence organisée conjointement par l’Union européenne et les Nations unies se tiendront dès aujourd’hui et jusqu’au 15 mars. Avec pour objectif d’apporter des réponses à la crise des réfugiés syriens, notamment en matière d’éducation, de protection, de santé, de moyens de subsistance et de transparence dans la répartition des aides.


(Lire aussi : Le dossier des déplacés syriens : Aoun mène la bataille du retour)

Bassil retenu... par le dîner du CPL

À la « conférence plénière de cet événement, ont donc été conviés le chef du gouvernement Saad Hariri et le ministre des Affaires étrangères Gebran Bassil », affirme à L’Orient-Le Jour la délégation de l’Union européenne à Beyrouth, interrogée sur la question. Mais ce dernier s’est excusé, « pour cause de dîner du 14 Mars du Courant patriotique libre », note Ola Boutros, conseillère du ministre des AE et chef du CPL. Gebran Bassil sera donc « représenté par le directeur des affaires politiques au ministère, l’ambassadeur Ghadi Khoury ».

« Deux ministres du Liban, de Jordanie et de Turquie ont également été invités à débattre avec la société civile, lors de la Journée de dialogue qui se déroulera les 12 et 13 mars », ajoute l’UE. Représentant le Liban, « les ministres des Affaires sociales Richard Kouyoumjian et de l’Éducation Akram Chehayeb participeront à ce forum », conclut l’UE, précisant que « c’est au gouvernement de décider des membres de la délégation qui assisteront à la conférence ».


(Lire aussi : Grandi : Nous œuvrons en Syrie à créer les conditions d’un retour des réfugiés)

La colère du ministre Gharib

Saleh Gharib, proche du leader druze Talal Arslane, n’a donc pas été invité par l’Union européenne pour les débats. Il n’a pas non plus été convié par le Premier ministre Saad Hariri, pour faire partie de la délégation libanaise qui assistera à la conférence. « Du moins il ne l’avait pas été jusqu’à hier soir à 18 heures », comme l’assure à L’OLJ son attaché de presse, Jad Haïdar. Sauf que selon une source informée, « le ministre chargé du dossier pourrait fort bien être convié à la dernière minute pour faire partie de la délégation du Premier ministre, histoire d’éviter une division nationale ». Mais dans l’attente d’une confirmation ou non de cette information, le ministre Gharib ne cache pas sa colère. « Une réunion se déroule à Bruxelles sur les déplacés. La moindre des choses est que le ministre concerné soit présent. D’autant plus que ce ministère a été créé vu l’importance du dossier », martèle M. Haïdar.

D’aucuns soutiennent que le ministère attribué à Saleh Gharib n’est « qu’un ministère d’État sans prérogatives, sans moyens et sans équipe de travail ». « Ces propos sont inappropriés », réagit l’attaché de presse, soulignant que « le ministre Gharib coopère régulièrement avec le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), qu’il a rencontré le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés Filippo Grandi, en visite à Beyrouth le week-end dernier, de même qu’il œuvre en coordination permanente avec le directeur de la Sûreté générale, le général Abbas Ibrahim ». « Il s’est même rendu en Syrie qui est la première concernée, dans le cadre d’un retour sécurisé des déplacés syriens », rappelle Jad Haïdar.

Une position qui a obtenu le soutien du camp prosyrien, par la voix des ministres de l’Agriculture Hassan Lakkis et d’État pour le commerce extérieur Hassan Mrad. Même soutien de la part du CPL. « Les intérêts du Liban priment », n’a pas manqué d’écrire à ce propos le député Salim Aoun sur son compte Twitter. Et d’ajouter : « Il n’y a pas de mal à attendre une solution politique en Syrie, à la condition que chaque partie internationale héberge les déplacés syriens d’ici là. »


(Lire aussi : Gharib mécontent, Jreissati perplexe)

Une voix discordante, accusent les proches du 14 Mars

Mais les détracteurs du ministre Gharib n’en démordent pas. Ils craignent que celui « qui s’est rendu en Syrie de son propre chef à la mi-février, pour une coopération avec le régime de Bachar el-Assad sur la question du retour des réfugiés syriens », ne réitère à Bruxelles « son initiative unilatérale ». « Non seulement le ministre Gharib n’a aucun titre politique, mais il ne dispose d’aucune prérogative », estime l’ancien ministre de l’Éducation Marwan Hamadé, proche du leader Walid Joumblatt. « Mieux encore, nous n’avons pas intérêt à ce qu’il y ait une voix discordante à Bruxelles, qui s’exprime au nom du régime syrien, ajoute-t-il. Nous voulons juste que soit exprimée la politique libanaise. » Même son de cloche de l’ancien ministre d’État aux Affaires des déplacés Mouïn Merhebi, qui était présent, en 2018 à la conférence de Bruxelles II et qui rappelle d’abord le caractère technique de l’événement. « Chacun de nous était invité à débattre du dossier qui le concernait avec nos homologues de la communauté internationale. Mais lorsque le Premier ministre et chef de la délégation Saad Hariri s’exprimait, sa parole était d’or », assure-t-il. Insistant sur l’importance que la délégation libanaise adopte un discours unifié en concordance avec la communauté internationale, il fait part de ses craintes que le ministre Gharib, s’il est convoqué à la conférence, « ne tienne un langage contraire ». « Il va adopter le même discours que celui de Bachar el-Assad qui a assassiné son peuple et provoqué cette crise de réfugiés que nous subissons aujourd’hui… ».

De son côté, le ministre de l’Éducation Akram Chehayeb a affirmé hier à Beyrouth, lors d’une réunion préparatoire à la conférence de Bruxelles, en présence de diplomates représentant les pays donateurs, que « le retour volontaire et sécurisé des réfugiés syriens n’est encore qu’hypothétique et non applicable ». Quant à la ministre de l’Intérieur Raya el-Hassan, elle a invité « tous les mohafez du pays à coordonner avec le ministère des Affaires sociales avant de prendre la moindre initiative destinée à faire évacuer les camps de réfugiés ».

L’affaire n’est certes pas terminée. Décrite par un observateur comme étant une « tragi-comédie », elle montre encore une fois les divisions qui minent la scène politique libanaise dans le dossier des réfugiés. « Du point de vue institutionnel, le ministre d’État aux Affaires des réfugiés doit nécessairement faire partie de la délégation », assure-t-il. Tout en regrettant que « Saad Hariri n’ait pas organisé de réunion préalable de politique générale libanaise », « ni même convoqué Saleh Gharib suite à sa visite syrienne sans l’aval du chef du gouvernement »...



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AIGLEPERçANT

Ce serait la moindre des choses à faire par respect pour la majorité des libanais.

Et un bon coup sur la nuque des hypocrites du " LIBAN D'ABORD " .

C. F. /////////////////////////////

Vous écrivez :

""Rappelons que les travaux de cette conférence organisée conjointement par l’Union européenne et les Nations unies se tiendront dès aujourd’hui et jusqu’au 15 mars. Avec pour objectif d’apporter des réponses à la crise des réfugiés syriens, notamment en matière d’éducation, de protection, de santé, de moyens de subsistance et de transparence dans la répartition des aides.""

Au-delà des bisbilles des Libanais, (c’est en effet du tragi-comique!), c’est le triste sort de ces hommes, femmes et enfants qui est en jeu, et qui font l’objet de marchandage (je pèse mes mots) dont profite, qui ? Les pays d’accueils ? Ce sera très cynique de le dire.

Avec ces milliards versés pour entretenir le statut quo des réfugiés, que d’aucuns vous diront dans le tonneau des Danaïdes, on aurait pu reconstruire une bonne partie de la Syrie.

Si l’on consulte la presse européenne, une pertinente question revient : secourir les réfugiés d’accord ! Mais ceci revient indirectement à maintenir le régime syrien en place ! Et c’est le cas de le dire, le remède est pire que le mal. Tant qu’un changement politique ne surgit à Damas, point de salut pour les Syriens. (Qui parmi les Syriens est convié à cette conférence ?).

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