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Au Cachemire pakistanais, un air de "cimetière" dans les bunkers

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"C'est la vallée de la peur. La vie est en pause, observe Sardar Javed, un journaliste local. Les gens deviennent nerveux quand ils entendent un bruit. Ils ne savent pas ce qui leur arrivera l'instant d'après."

OLJ/AFP/Sajjad QAYYUM
10/03/2019

A côté de sa jolie maison de Dhanna, au Cachemire pakistanais, Chauhdry Hakam Deen a aménagé un bunker sinistre, où il se réfugie souvent depuis que les hostilités ont repris avec l'Inde. "Passer la nuit à l'intérieur, décrit-il, c'est comme vivre dans un cimetière."

L'abri, creusé dans la terre, date de la bataille de Kargil en 1999, une région montagneuse du Cachemire indien pour laquelle Inde et Pakistan se sont alors affrontés des mois durant. Vingt ans plus tard, les mêmes acteurs sont à nouveau à couteaux tirés. Le bunker est aussi minuscule qu'inconfortable : à peine 2 mètres carrés, une hauteur au plafond inférieure à 1,70 mètre. On doit donc s'y tenir assis ou accroupi sur des cartons ou des tapis, autour d'un poêle artisanal qui fait tousser.

"Quand les frappes ont démarré, on portait nos enfants jusque dans le bunker, car ils n'avaient plus assez de force dans leurs jambes pour y marcher, raconte, le visage abattu, M. Deen, barbe de trois jours et moustache poivre et sel. Ils ne mangeaient rien tellement ils avaient peur."

Les femmes et enfants de la famille ont finalement été évacués dans la ville voisine de Kotli, moins exposée. A Dhanna, la plupart des 2.000 villageois se sont enfuis. Seuls une poignée d'entre eux sont restés pour protéger leurs biens.

Chauhdry Hakam Deen a empilé des sacs de sable devant la porte de son bunker. En cas d'explosion, les murs en pisé ne protègeraient vraisemblablement pas les occupants. Pas plus que le toit, fait de branches et de bâches en plastique. Sa maison, située à dix mètres de l'abri et à quelque 5 kilomètres de la Ligne de contrôle (LOC), frontière de facto séparant l'Inde du Pakistan.

Alors que les tensions diplomatiques semblent s'apaiser entre Inde et Pakistan depuis que leurs aviations se sont combattues le 27 février - une première depuis des décennies -, les tirs de fusils et de mortiers ont à l'inverse redoublé des deux côtés de la LOC.


(Lire aussi : Le Golfe a les yeux braqués sur le Cachemire)

"La vie en pause"

Plusieurs civils et militaires sont morts dans les violences, tant en Inde qu'au Pakistan. A Dhanna, un correspondant de l'AFP a vu une douzaine de maisons, un centre de santé et une station-service touchés par les frappes indiennes. Les habitants craignent pire encore.

"C'est la vallée de la peur. La vie est en pause, observe Sardar Javed, un journaliste local. Les gens deviennent nerveux quand ils entendent un bruit. Ils ne savent pas ce qui leur arrivera l'instant d'après."

Les murs blancs et bleus de la demeure de Chauhdry Hakam Deen sont constellés de trous, certains de la grosseur du poing. Un obus a atterri dans sa cuisine, un autre a enfoncé une porte extérieure.

"Quand nous allons à l'intérieur du bunker, durant un bombardement, nous avons l'impression d'être dans une tombe", commente le frère aîné du propriétaire, Chaudhry Maqbool, 60 ans, qui s'y réfugie aussi. "Personne ne s'intéresse à nous", poursuit cet homme au physique puissant. "Personne du gouvernement n'est venu voir comment nous survivions."

Quand les armes se taisent, les deux frères s'activent, avec d'autres proches, à bâtir un nouveau bunker, plus grand et confortable.

Ulfat Bibi a de son côté aménagé un abri fortifié à l'intérieur même de sa maison, renforçant l'épaisseur des murs et du plafond. Ce qui n'empêche pas cette quinquagénaire de vivre "la fin du monde" à chaque frappe indienne. "On a peur d'être touché par un obus de mortier." Impossible toutefois de fuir, par peur de perdre ses deux buffles, la seule richesse de la famille, dit-elle.

A ses côtés, sa belle-fille Jameela Akhtar, 35 ans, tient ses deux enfants, 2 et 5 ans, près d'elle. Leur regard est éteint, leur comportement apeuré. "Ils sont si terrifiés qu'ils sont devenus psychotiques", s'émeut leur mère.



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