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Moyen Orient et Monde

Le Golfe a les yeux braqués sur le Cachemire

Conflit

Abou Dhabi et Riyad ont appelé à la désescalade et au dialogue entre New Delhi et Islamabad.

Julie KEBBI | OLJ
02/03/2019

Les pays du Golfe tentent d’apaiser les tensions entre l’Inde et le Pakistan alors que les deux voisins semblent être au bord de la confrontation dans la région du Cachemire, zone qu’ils se disputent. Le prince héritier d’Abou Dhabi, Mohammad ben Zayed al-Nahyane, s’est entretenu au téléphone jeudi avec le Premier ministre indien et son homologue pakistanais, Narendra Modi et Imran Khan. Selon l’agence de presse émiratie WAM, ils ont « échangé des pourparlers sur les récents développements sur la scène Inde-Pakistan » au cours desquels « cheikh Mohammad a souligné l’importance de faire face à ces développements inquiétants et d’œuvrer à l’atténuation des tensions entre les deux pays, en accordant la priorité au dialogue et à la communication entre les parties ».

Les relations entre New Delhi et Islamabad se sont encore plus détériorées qu’elles ne l’étaient déjà suite à un attentat-suicide perpétré par le groupe islamiste Jaish-e-Mohammad à la mi-février en Inde. Le gouvernement indien accuse le Pakistan de soutenir les rebelles musulmans et menace depuis de riposter à l’attaque. Quelques jours plus tard, le prince héritier saoudien, Mohammad ben Salmane, a appelé à la désescalade lors de sa tournée en Asie au cours de laquelle il s’est notamment arrêté au Pakistan, puis en Inde.

Accompagnant le prince héritier lors de ses déplacements, le ministre d’État saoudien aux Affaires étrangères, Adel al-Jubeir, avait déclaré au sujet des tensions entre Islamabad et New Delhi que l’objectif de Riyad « est d’essayer de faire décroître les tensions entre les deux pays voisins et de voir s’il existe une voie pour résoudre ces différents pacifiquement ». M. Jubeir a effectué un second voyage en direction du Pakistan jeudi dernier pour porter un message de la part du prince héritier saoudien, a indiqué le ministre pakistanais des Affaires étrangères, Shah Mahmoud Qureshi.


(Lire aussi : Trump espère une résolution de la crise indo-pakistanaise)


Liens étroits

Si les pays de la péninsule Arabique prêtent attention aux développements dans la région du Cachemire, c’est qu’« en grande partie du fait d’une religion commune, les États du Golfe, en particulier l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, entretiennent des relations historiques avec le Pakistan qui s’étendent aux sphères économiques et de la sécurité », rappelle à L’Orient-Le Jour Miriam Eps, directrice de l’équipe d’analystes en sécurité de LeBeck International, un think tank basé à Bahreïn. « L’Arabie saoudite, par exemple, a fourni à Islamabad un financement non négligeable qui l’a aidé à surmonter les sanctions imposées à la fin des années 1990 à la suite de son essai d’arme nucléaire, et cet appui financier n’a pas diminué ces dernières années », souligne-t-elle. Signe des liens économiques et commerciaux étroits entre Riyad et Islamabad, MBS a signé des protocoles d’entente s’élevant à vingt milliards de dollars avec Islamabad le mois dernier.

Une relation qui n’a pas entaché celle entretenue entre Riyad et New Delhi alors que leurs liens commerciaux ont particulièrement augmenté ces dernières années. L’Arabie saoudite était notamment la 3e source d’approvisionnement pour les importations mondiales de l’Inde tandis que New Delhi s’était hissé à la 7e place sur le marché des importations saoudiennes pour l’année 2017, indique le site de l’ambassade de l’Inde en Arabie saoudite. Il en va de même pour la relation commerciale entre l’Inde et les EAU alors que leurs échanges bilatéraux devraient dépasser les 100 milliards de dollars d’ici à 2020 tandis qu’Abou Dhabi est le troisième partenaire commercial d’Islamabad.

(Lire aussi : Ni l’Inde ni le Pakistan n’ont « intérêt à transformer l’accrochage en véritable guerre »)

Médiateurs

Autant d’éléments qui placent les pays du Golfe au premier rang diplomatique dans la résolution de la crise entre les deux voisins dont les effets pourraient directement les toucher. « Au-delà du risque mondial que représente un conflit entre deux puissances nucléaires, les pays du Conseil de coopération du Golfe (CGG) pourraient devoir choisir entre deux partenaires importants, ce qui pourrait avoir des répercussions sur les plans diplomatique et économique », note Mme Eps. « En plus d’affecter le commerce, cela pourrait également toucher les centaines de milliers d’expatriés indiens et pakistanais travaillant dans le CCG », poursuit-elle.

Signe de ces inquiétudes, le prince héritier d’Abou Dhabi « a souligné le souci des EAU de garantir la paix et la stabilité dans les relations indo-pakistanaises, exprimant sa grande confiance dans les dirigeants des deux pays » et en insistant sur la nécessité de dialoguer lors de ses conversations avec les dirigeants indien et pakistanais, a rapporté WAM. MBS a pour sa part insisté, lors de son déplacement à New Delhi, « sur la question de l’extrémisme et du terrorisme, qui sont une préoccupation commune ; nous voulons dire à l’Inde que nous coopérerons de toutes les manières possibles, y compris par le partage des renseignements ». Selon Mme Eps, « la détérioration des conditions de sécurité au Pakistan à la suite d’un conflit pourrait compliquer la lutte contre les groupes jihadistes qui y opèrent ou même les renforcer, ces groupes constituant de plus en plus une menace pour les États du Golfe ».Du fait de leurs liens privilégiés avec Islamabad et New Delhi, les monarchies du Golfe souhaitent tabler sur leur influence pour tenter de se positionner en tant que médiateurs dans la crise. La tâche s’avère cependant difficile alors que les différends entre les deux pays sur la question du Cachemire persistent depuis 1947, qui avaient alors donné lieu à la première guerre indo-pakistanaise.

La tension est toutefois légèrement retombée hier avec la libération d’un pilote indien capturé mercredi par les autorités pakistanaises après que son avion a été abattu dans la partie du Cachemire contrôlée par Islamabad. Un climat qui pourrait permettre aux EAU ou à l’Arabie saoudite de tenter d’amener les parties à dialoguer. Les liens plus proches entretenus par Abou Dhabi avec New Delhi pourraient toutefois lui porter préjudice pour pouvoir jouer le rôle d’intermédiaire. L’Arabie saoudite pourrait quant à elle jouer le rôle de médiateur, « d’autant plus qu’elle peut être ainsi considérée comme plus objective que les EAU », estime Mme Eps. « Cependant, à l’instar d’Abou Dhabi et contrairement aux États-Unis, il n’est pas clair qu’elle aurait suffisamment de poids pour exercer des pressions sur chacune des parties », conclut-elle.




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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES DEUX TETES CHAUDES ONT BESOIN DES GLACIERS DU CACHEMIRE POUR PENSER EN COOL !...

MIROIR ET ALOUETTE

En quoi les BENSAOUDS pourraient intervenir par des moyens diplomatiques dans ce conflit qui les dépasse ?

Il faut beaucoup d'intelligence pour ça, eux n'ont que du fric à proposer.

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