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Liban

Congrès Kataëb : de très grosses tensions internes, mais un scrutin « calme et démocratique »

partis

Samy Gemayel réélu d’office à la tête de la formation, Nadim Gemayel entend présenter un recours en invalidation.

Yara ABI AKL | OLJ
18/02/2019

C’est dans un climat particulièrement calme et démocratique que se sont déroulées les élections interpartisanes Kataëb hier, au Biel, à Furn el-Chebback, malgré le discours incendiaire, la veille, du député Nadim Gemayel. L’occasion pour les 395 délégués (élus en janvier dernier par les chefs de section et de département au sien de la formation) d’élire le nouveau directoire du parti. Sauf que le chef des Kataëb, Samy Gemayel, a été reconduit d’office à la tête de ce parti, dans la mesure où il a été seul à se porter candidat pour un second mandat. De même, seuls Joseph Abou Khalil et Salim Sayegh, vice-présidents du parti, ont été reconduits d’office à ce poste.

La journée d’hier – la troisième du congrès général du parti – a donc été consacrée à l’élection de seize nouveaux membres du bureau politique Kataëb, organe décisionnel de la formation. Le nouveau bureau profitera de sa toute première séance pour élire six autres membres, sachant que 29 candidats avaient pris part à la compétition. L’atmosphère calme du scrutin ainsi que la reconduite sans surprise de Samy Gemayel à la tête des Kataëb n’éclipsent pas pour autant l’importance de ces élections. Et pour cause : sur le plan national, cette échéance intervient à l’heure où le parti est perçu comme le fer de lance de l’opposition, quelques mois après les législatives de mai dernier, au terme desquelles le groupe parlementaire est passé de cinq à trois députés.

(Lire aussi : Nadim Gemayel : J’appelle les Kataëb à fédérer les forces souverainistes)


Le discours incendiaire de Nadim Gemayel
Perçue sous un angle strictement partisan, la bataille électorale d’hier coïncide avec ce que les observateurs appellent « des divergences de points de vue » entre Nadim Gemayel, député de Beyrouth, et son parti autour de questions liées à la gestion des affaires intérieures et des échéances de la formation. Et à la veille de ces élections interpartisanes, Nadim Gemayel n’a pas mâché ses mots. Prenant la parole devant le congrès général, le député de Beyrouth a prononcé un discours virulent dans lequel il n’a pas manqué de critiquer les choix politiques du parti ainsi que son positionnement sur l’échiquier national et ses échéances internes, comme le montre une vidéo ayant fuité et circulé sur les réseaux sociaux durant le week-end écoulé. « Quelle est la position des Kataëb par rapport à l’arsenal du Hezbollah, à l’hégémonie iranienne, aux autres formations politiques, à l’implantation des réfugiés palestiniens et la présence d’un million et demi de réfugiés syriens », s’est interrogé Nadim Gemayel, soulignant que « le parti a besoin d’être sauvé ». Selon lui, « l’écrasante majorité des partisans Kataëb n’est pas d’accord avec les choix pour lesquels opte le directoire du parti ». Et Nadim Gemayel d’ajouter : « Il est bien de mener les batailles à caractère social comme celles articulées autour des déchets, mais nous sommes un parti éminemment politique. »

Sur un plan strictement interne, M. Gemayel s’en est aussi pris au directoire du parti, notamment pour ce qui est de la décision de tenir le congrès en février (au lieu de mai), allant même jusqu’à déclarer qu’il entend présenter un recours en invalidation devant l’instance partisane concernée, ainsi que devant la base populaire Kataëb. « Il y a beaucoup d’éléments qui rendent ce congrès susceptible de recours en invalidation, notamment les élections d’office, les rapports financiers incomplets ainsi que le non-respect des délais impartis », a-t-il lancé, estimant que « le congrès vise principalement à échapper à la reddition de comptes et que le directoire veut contrôler le parti ».


(Lire aussi : Samy Gemayel assuré de la présidence des Kataëb, compétition fiévreuse pour le bureau politique)


« Preuve » de démocratie...
En face, et dans une volonté manifeste de ne pas alimenter la polémique, les milieux de Samy Gemayel préfèrent interpréter la position de Nadim Gemayel comme une preuve de la démocratie au sein du parti. C’est ce point de vue que présente à L’Orient-Le Jour Salim Sayegh, interrogé en marge du scrutin. « Il faut s’habituer à l’exercice de la démocratie au sein des formations politiques », souligne-t-il. M. Sayegh s’empresse toutefois de préciser qu’il n’y a pas « deux projets au sein des Kataëb ». Il en veut pour preuve l’absence de la compétition pour les postes-clés du directoire, notamment la présidence du parti, ainsi que les deux vice-présidents. Il souligne aussi que toutes les préparations pour la tenue du congrès ont été approuvées par le bureau politique (sortant) à l’unanimité.

De même, Nizar Najarian, secrétaire général des Kataëb, se félicite, via L’OLJ, du caractère « démocratique » du meeting de son parti. « Nous avons prouvé, par des actes concrets, que nous sommes un parti démocratique où tout le monde peut s’exprimer librement », dit-il, mettant l’accent sur l’importance de « comprendre les critiques, afin de pouvoir y remédier ». « Le congrès a fait tomber quelques modifications au règlement interne que le bureau politique et les instances partisanes concernées avaient approuvées », a ajouté le secrétaire général des Kataëb, dans ce qu’il interprète comme « une éclatante preuve de la démocratie au sein de ce parti ».

À leur tour, les candidats en lice pour le bureau politique soulignent l’importance du scrutin en tant qu’échéance démocratique. « Nous n’approuvons pas les propos de Nadim Gemayel, mais il a le droit de s’exprimer », déclare sur ce plan Serge Dagher à L’OLJ. Quant à Rita Boulos, elle souligne que sa candidature vise surtout à affirmer que les femmes ont un rôle à jouer sur le plan politique, promettant de brandir la question du respect des droits de la femme au sein de l’organisme de décision des Kataëb.

À la fin de la journée électorale (qui a témoigné de l’absence de Nadim Gemayel), Nizar Najarian a annoncé les seize candidats gagnants, dont sept nouveaux membres du bureau politique : Majid el-Aïly, Joëlle Bou Abboud, Rita Boulos, Jean Zaïlah, Nagi Sfeir, Samir Khalaf, Léna Jalkh, Fady Habre, Georges Jamhouri, Serge Dagher, Fady Ardo, Pierre Jalkh, Serge Bou Halka, Élie Marouni, Charles Saba et Roger Abi Rached.


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QUAND AU DEMOCRATIQUE... J,EN DOUTE !

Tina Chamoun

Avec un seul candidat en lice élu d'office, de père en fils,en effet très démocratique. J'en vois qui tiquent!


Bery tus

Ou as t on vue un désordre chez les Kataëb?! La démocratie est elle devenue une preuve de désordre?

AIGLEPERçANT

Si mettre de l'ordre en interne dans leur parti est un gros problème, comment compte faire les kataeb pour en mettre dans notre pays ?

Samy n'a pas à crier victoire trop tôt, il risquerait de s'enrouer la voix , grave .

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