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La Dernière

Maison Rabih Kayrouz officiellement labellisée haute couture

Mode
14/01/2019

Première d’atelier, modélistes, petites mains, les 30 membres de l’équipage Maison Rabih Kayrouz sont sur le pont où le champagne impose une brève interruption – on célèbrera dûment plus tard. Pour l’heure, des larmes de joie et de fierté légitime accueillent la pluie de messages de félicitation. La nouvelle s’est répandue comme une traînée de paillettes, salutaire en ces temps de marasme, et le Liban tout entier s’est déjà donné le mot : Ralph Toledano, le président de la chambre syndicale de la haute couture de Paris, a appelé Rabih Kayrouz en personne pour lui souhaiter la bienvenue au sein de la prestigieuse institution dédiée à la perpétuation du savoir-faire parisien. Kayrouz rejoint ainsi l’élite restreinte des décideurs de cette institution, poétique entre toutes, qui contribue à travers le vêtement à la pérennité des grands artisans et à travers eux à la beauté du monde. Sa maison fera désormais partie du calendrier officiel des défilés des semaines parisiennes de la haute couture, au même titre que Chanel, Christian Dior, Balenciaga, Azzedine Alaïa, Balmain ou Alexander McQueen.


L’âme d’un lieu
Pour Rabih Kayrouz, le moment est venu d’évaluer le chemin parcouru, non seulement depuis ses débuts où il était simple apprenti à la maison Christian Dior, sous la férule de l’architetto Gianfranco Ferre, ou la fondation de sa griffe il y a vingt ans, mais aussi depuis ce jour de janvier 2009 où, avec deux assistantes et amies auxquelles se réduisait son équipe, il découvrait l’épave dont il allait faire son navire amiral. Le Petit Théâtre de Babylone avait vu les débuts de Samuel Beckett. Il avait accueilli sous sa haute verrière les premières représentations de Oh les Beaux Jours et d’En attendant Godot. Kayrouz avait aussitôt saisi l’âme du lieu, y plantant le décor de sa propre programmation qui, elle, s’appellerait sans transition En attendant les beaux jours. Dix ans plus tard, en ce janvier 2019, voilà les beaux jours qui arrivent au milieu du frimas parisien. L’équipe compte désormais 30 personnes, y compris la chef d’atelier recrutée en plein chantier.


(Lire aussi : Les 16 artistes libanais qui ont fait 2018)


« Chaque saison, depuis que nous sommes installés à Paris, je déposais une demande auprès de la chambre syndicale pour être membre invité », témoigne Rabih Kayrouz. C’est en mai 2009, quelques mois à peine après l’ouverture de l’atelier-showroom-cuisine-boîte de Pétri de la rue de Babylone, que Maison Rabih Kayrouz reçoit cette première consécration. Elle défilera désormais en tant que membre invité. « En novembre dernier, poursuit le créateur, la chambre syndicale a envoyé des experts visiter l’atelier. Ils ont rencontré l’équipe, constaté avec quelle dévotion, dans cet atelier parisien, chacun s’attelle à perpétuer l’excellence du savoir-faire de chaque métier de la mode. En décembre, une grande réunion s’est tenue avec tous les membres de la chambre syndicale, des représentants des grandes maisons ainsi que du ministère de l’Industrie dont relève la mode, ainsi que de grands agents culturels. La décision prise de conférer l’appellation officielle de haute couture à Maison Rabih Kayrouz ne m’a été annoncée qu’il y a trois jours. Je n’ai pas de mots pour dire mon émotion et ma gratitude. C’est surtout mon équipe que cette appellation récompense et qui s’en trouve qualifiée et reconnue. On ne travaille pas seul dans cette industrie. Ce qui pourrait prêter à confusion, c’est que je fais défiler du prêt-à-porter, mais avec toutes les qualités et le savoir-faire de la haute couture. La haute couture n’est pas un style, c’est un ensemble de critères qui obéissent à des exigences d’excellence que nous respectons religieusement. »


Plus de vigilance
À la question de savoir ce qui va changer pour son label avec ce nouveau statut, Rabih Kayrouz souligne qu’il n’y aura pas de changement, simplement un peu plus de vigilance et un effort soutenu pour ne jamais en démériter. Le logo de la griffe s’offre un nouveau graphisme et affirme son identité en trois lettres architecturales en or froissé comme un tissu, « faites de cercles et de lignes, comme le travail du couturier qui depuis plus de deux décennies jongle avec les rondes et les droites, la fluidité et les tracés graphiques ». Le prochain défilé programmé pour la semaine de la mode de Paris sera un défilé de remerciement, un déploiement du savoir-faire signature au service du vêtement et, comme toujours, un beau récit qui laisse transparaître l’esprit et l’âme de quelque chose qui est au-delà d’un dessin et d’un assemblage de tissus : une manière d’enchanter l’époque en la traversant.



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Le point

Bravo, quel exploit, quelle fierté !

J'espère par équité, que Liban post émettra un timbre-poste à son effigie comme ils ont fait pour M. Elie Saab.

Agenor

Bravo à Rabih Kayrouz, un autre artiste libanais qui a dû plier bagage, comme tant d'autres, et aller démontrer son talent créatif dans la capitale mondiale de la mode, Paris, en surmontant de multiples obstacles et en faisant la concurrence à de nombreux autres artistes couturiers venus de tous les coins de la terre.

Nous sommes fiers de vous et de votre beau talent Rabih Kayrouz.

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