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Liban

« C’était le cauchemar à Antélias, l’eau nous arrivait jusqu’à la taille... »

Jusqu’à hier matin, les habitants de la région, touchés par les inondations, s’employaient à nettoyer leurs commerces, leurs maisons et leurs biens.

12/01/2019

Certains secteurs d’Antélias et de Naccache ont subi mardi et mercredi derniers, sous les coups de la tempête Norma, des dégâts considérables et de graves inondations, à l’instar d’une partie de l’autoroute voisine de Dbayé et d’autres régions périphériques du pays. Une rapide tournée dans les régions sinistrées a permis de réaliser l’ampleur des dégâts. Le président du conseil municipal d’Antélias et de Naccache, Élie Abou Jaoudé, a fait le point de la situation sur ce plan à L’Orient-Le Jour, soulignant notamment que « les endroits touchés par les intempéries à Antélias et à Naccache sont à la base des terrains agricoles, que ce soit du côté du fleuve ou sur les hauteurs du vieux Naccache où le sol est très mobile ». En effet, plusieurs quartiers d’Antélias, qui étaient connus jusqu’aux années quatre-vingt pour leurs orangeraies, ont été construits au cours de ces 25 dernières années.

Dans le vieux Naccache, une coulée de boue a eu raison d’un mur de soutènement pour terminer sa course contre un immeuble, occasionnant des dégâts matériels. « Nous œuvrons actuellement à nettoyer les lieux et à renforcer le terrain qui s’est effondré », explique M. Abou Jaoudé.

« En ce qui concerne le fleuve d’Antélias, il faut prendre en considération tous les chantiers de construction de la région, à commencer par Tarchiche (à 1 400 mètres d’altitude) et tous les villages sur les hauteurs du Metn, jusqu’à Nabay, souligne-t-il. Ces chantiers jettent leurs gravats dans les vallées et les fleuves… Les pierres finissent par se déposer dans le lit du fleuve d’Antélias car la ville est sur le littoral. De plus, les pluies torrentielles cette année ont provoqué des inondations dans divers terrains agricoles, notamment à Nabay, à 400 mètres d’altitude au-dessus d’Antélias. L’eau a été évacuée par les cours d’eau et les rivières pour arriver au fleuve d’Antélias, qui est sorti de son lit, poursuit-il. Le niveau du fleuve est monté à quatre heures du matin mercredi. Nous étions présents avec les pelleteuses dès l’aube. Mais il a fallu de longues heures pour évacuer l’eau », souligne encore le président du conseil municipal.

De mémoire d’homme, chaque deux ou trois ans, selon l’intensité de la pluie en hiver, le fleuve d’Antélias sort de son lit. Mais cette année, la crue était très importante.

Au « projet des Antonins » qui donne sur le fleuve, jusqu’à hier matin dans une ruelle reliant les immeubles, l’asphalte était encore recouverte d’une épaisse couche de boue rouge. On pouvait voir également des monticules de grosses pierres que les pelleteuses de la municipalité ont extraites du fleuve pour accélérer sa décrue.


(Lire aussi : Réunion ministérielle pour constater les dégâts de Norma et prendre les mesures nécessaires)


L’eau jusqu’à la taille

Georgette, concierge, a mis ses meubles à sécher au soleil. « La crue a commencé mercredi à l’aube. L’entrée des immeubles a été inondée, bloquant l’accès aux appartements. Les ascenseurs et les chambres qui abritent les tableaux électriques ont été touchés. Il fallait tout débrancher pour éviter la catastrophe. Nous sommes restés plus de 12 heures avec la crue. J’ai tenté de garder l’eau hors de mon petit appartement, en vain. C’est comme si je me battais contre des géants. Tout a pris l’eau chez nous. Le premier soir après la décrue, nous avons dormi à même le sol. Hier, des habitants des immeubles alentour nous ont donné couvertures et matelas », raconte-t-elle.

Tony, ingénieur, ouvre toutes les portes de sa BMW. « C’était le cauchemar mercredi matin. Nous étions une dizaine à descendre en short de nos appartements, tentant de déplacer nos voitures, mais elles n’ont pas démarré. L’eau nous arrivait jusqu’à la taille », dit-il. Tony attendait hier un remorqueur pour transporter son véhicule chez le garagiste.

« Nous sommes plus d’une dizaine dans l’immeuble à être dans cette situation », ajoute-t-il, notant que « ce n’est pas la première fois que j’essuie des dégâts à cause du fleuve. Il y a deux ans, je conduisais une autre voiture, j’avais aussi appelé un remorqueur après l’inondation. Mais la crue de 2017 était moins importante que celle-ci ».


(Lire aussi : Après la tempête Norma, l’heure est au bilan)

À Naccache sur la vieille route reliant Antélias à Dbayé, de nombreux commerces, notamment des restaurants et des supermarchés, ont été inondés.

Hier encore, dans un supermarché cossu qui abrite un traiteur et une terrasse transformée en restaurant, les employés s’appliquaient à remettre en place la pelouse artificielle ainsi que les éléments de décoration. Ici, il n’y a ni un fleuve qui est sorti de son lit ni un mur de soutènement qui a lâché. C’est l’anarchie des nouvelles constructions qui était la cause. « Ce n’est pas l’eau de pluie qui a inondé les lieux, mais les petites conduites d’eau des parkings des immeubles, qui sont un peu plus élevées que nous », raconte Charbel, un employé, remettant de grosses pierres autour d’un palmier.

Habitant à proximité du fleuve, Samir affiche son ras-le-bol. Il s’insurge : « Tout le monde est venu nous voir. Le président du conseil municipal, le directeur du Haut Comité de secours et je ne sais plus encore quels officiels. La municipalité dit que c’est au ministère des Travaux publics de nettoyer le fleuve ; ce dernier affirme que ceci est du ressort du ministère de l’Énergie et de l’Eau… Chacun rejette la faute à l’autre. La chose à retenir est que le lit du fleuve n’a pas été nettoyé et que les directeurs des chantiers de construction exécutent leurs projets dans l’esprit “après moi, le déluge”. » À Antélias, avec les intempéries et les pluies torrentielles, cette expression pouvait être prise au sens propre…



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Eleni Caridopoulou

Et il n'y a pas de gouvernement , merci Hezbollah

Cherif Bedran

C’est pour cela qu’il s’appelle « Fawwar Antelias » . Il « bout » et déborde.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVEC LES GRANDES INONDATIONS DES FLEUVES LES SALETES QUI LES JONCHENT ONT PROBABLEMENT FINI DANS LA MER !

M.E

Désastreux de voir Machnouk expliquer que tout ça c'est de la faute de ceux qui ont balancé des remblais dans le lit du fleuve. Deux minutes Monsieur en charge de sanctionner ceux qui contreviennent aux lois: Vous faites quoi pour faire respecter l'ordre sur les routes et rendre prohibitive la folie généralisée? Rien. Vous faites quoi pour sanctionner les motos et scooters en sens interdit? Rien. Vous faites quoi pour faire respecter l'ordre par ceux dont c'est le métier, et avec notre argent et qui participent plutôt à la corrida sur les routes? Rien. Vous faites quoi en général pour que l'impunité du libanais lambda cesse? Rien. Avec ce sentiment d'impunité généralisé, il faut s'attendre à tout, et ce sentiment-là vous en êtes entièrement responsable.

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