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Économie

Dette publique : pas de restructuration en vue, insistent des banquiers

Rapport

Le récent scénario élaboré par un économiste de Goldman Sachs s’inscrit dans le cadre d’un « exercice théorique ».

09/01/2019

L’endettement du Liban continue d’interpeller Farouk Soussa, économiste pour la zone MENA au sein de la banque d’investissement américaine Goldman Sachs (GS), qui vient de lui consacrer une nouvelle note de recherche – que L’Orient-Le Jour a pu consulter –, un mois après la dernière en date consacrée à la pérennité du système financier du pays.

Datée du 4 janvier, cette note de recherche destinée aux clients de GS rebondit sur un discours prononcé fin décembre par le ministre sortant des Finances Ali Hassan Khalil à Touline (Nabatiyé), dans lequel ce dernier évoquait, sans donner de détails, le risque que faisait peser le blocage de la formation du gouvernement depuis mai dernier sur la stabilité financière du pays. Dans son analyse, relayée depuis sa publication par plusieurs titres de presse, locaux et internationaux, Farouk Soussa décrit un cas de figure, fondé sur un certain nombre d’hypothèses, dans lequel le Liban se retrouverait forcé de restructurer sa dette publique, faute d’être en mesure de lancer les réformes budgétaires nécessaires pour réduire son poids.

Ce scénario est toutefois écarté par plusieurs banquiers locaux interrogés par L’Orient-Le Jour, tandis que Farouk Soussa a indiqué, de son côté, avoir publié cette note pour répondre aux préoccupations de certains investisseurs concernant la « pérennité à long terme » du système financier libanais.


(Lire aussi : L’économie libanaise au bout du rouleau en 2018)


Taux de recouvrement

Farouk Soussa part du postulat qu’il sera difficile pour les responsables libanais de « stabiliser le niveau d’endettement actuel » dans une conjoncture marquée par une hausse des taux d’intérêt – poussée par l’augmentation des taux directeurs de la Fed sur le dollar, auquel la livre est arrimée depuis 1997 – et une croissance pénalisée par une situation politico-sécuritaire encore instable. Selon les paramètres retenus par l’étude (un taux d’intérêt réel de 8 % sur le dollar et une croissance moyenne de 2,1 % selon GS), le Liban ne pourra pas assainir ses finances publiques en cinq ans à moins de parvenir à dégager un surplus primaire – hors service de la dette – dans son budget annuel équivalent à plus de 8 % du PIB.

Un niveau qui semble difficile à atteindre vu les circonstances actuelles, poursuit l’économiste, qui mise sur un excédent primaire équivalent à 0,3 % en 2018, tandis que les prévisions de croissance pour le pays devraient se situer entre 1 et 2 % selon les estimations respectives de la Banque mondiale et de la Banque du Liban, et qu’aucune baisse des taux américains n’est attendue à court ou moyen terme. L’économiste de GS estime ensuite que dans le cas d’une restructuration de la dette, le taux de recouvrement – les montants que les investisseurs pourront récupérer –

s’élèvera à 35 %, pour une décote de 65 %. Le montant de ce taux pourra néanmoins varier en fonction de plusieurs paramètres pour grimper dans le meilleur des cas à 53 % (scénario de base) ou 27 % dans le pire (scénario d’une hypothétique dévaluation de la livre libanaise envisagée dans la note).

L’auteur émet enfin deux « réserves » concernant le scénario d’une restructuration selon les modalités fixées. D’abord, le fait qu’elle se base sur des « hypothèses (…) hautement subjectives » ; ensuite le fait que tout projet de restructuration de la dette doit faire l’objet d’une négociation entre l’État et ses créanciers. Or la dette publique, qui a atteint 84 milliards de dollars à fin octobre (+7,1 % en un an), est détenue dans sa grande majorité par la BDL et les banques locales. Pour Farouk Soussa, la « relation symbiotique entre le gouvernement libanais et le secteur bancaire » devrait ainsi « influencer » le choix des modalités d’une éventuelle restructuration de façon à minimiser les répercussions sur les banques. « GS souligne bien que le secteur bancaire serait confronté à un problème de solvabilité en cas de restructuration débouchant sur une décote de 65 %, pour ensuite conclure que son scénario est hautement improbable », analyse un banquier sous couvert d’anonymat.


(Lire aussi : Stabilité financière : la mise en garde de Ali Hassan Khalil est un « rappel »)


Deux ans de réserves

Pour lui, la possibilité d’une restructuration de la dette n’est « pas crédible ». Il rappelle que l’économiste de GS avait évoqué un scénario autrement plus optimiste dans sa dernière note, dans laquelle il avait estimé que la formation rapide d’un gouvernement capable de lancer les réformes convenues dans le cadre de la Conférence de Paris (dite CEDRE), en avril dernier, pourrait doper la croissance des dépôts bancaires à 6 %, un niveau suffisant pour financer les déficits.

Même son de cloche pour les autres banquiers interrogés. « Le scénario de GS s’inscrit dans le cadre d’un exercice théorique dont le point de départ est la déclaration à connotation plutôt politique faite par le ministre sortant des Finances fin décembre en plein contexte de blocage du processus de formation du gouvernement », insiste le chef du département des recherches à Byblos Bank, Nassib Ghobril. « Les défis du Liban sont connus, et Farouk Soussa affirmait lui-même il y a un mois que le pays avait encore de la marge, malgré la gravité de sa situation, avant de devoir commencer à parler de restructuration », ajoute-t-il. Une précision réitérée par l’auteur de la note de recherche qui a souligné en introduction que « le Liban avait suffisamment de réserves de liquidités en devises pour financer les déficits publics dans les circonstances actuelles pour les deux prochaines années », avant de faire directement référence au discours du ministre.

Un troisième banquier, lui aussi anonyme, juge pour sa part que le choix de la restructuration fera plus de tort que de bien au pays, dans la mesure où elle « causera des dégâts probablement irrémédiables au secteur bancaire libanais, qui est un des piliers de l’économie ». Il estime en outre qu’un « scénario chypriote, dans lequel les dépôts seraient taxés, voire bloqués en marge d’une restructuration, tarirait à terme les transferts de la diaspora dont dépend l’économie du pays », un point également relevé par Farouk Soussa. Le Liban absorbe chaque année plus de 7 milliards de dollars de remises de l’étranger (voir encadré).

Moody’s et Fitch ont récemment maintenu la note souveraine du Liban à respectivement « B3 » et « B- », en dégradant sa perspective de « stable » à « négative ». La troisième principale agence américaine, Standard & Poor’s, a maintenu sa notation (« B- » avec perspective « stable »).


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TousAuPoteau

Pas de collision on vue, insistait le capitaine du Titanic

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

PRIERE LIRE L,Y POUSSENT ETC... MERCI.

Gros Gnon

Y’a du Norma dans l’air...

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE LIBAN GLISSE DANS L,ABYSSE ET NOS ABRUTIS IGNORANTS ET INCAPABLES/IRRESPONSABLES L,Y POUSSE CHAQUE JOUR UN PEU PLUS. LE SENTIMENT DE PATRIOTISME MANQUE ENORMEMENT CHEZ CES ENERGUMENES ET SURTOUT CHEZ LES DEUX MILICES RESPONSABLES EN PREMIER DEGRE DE CE CRIME !

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